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CHRÉTIENS D’IRAK : Une tragédie silencieuse.

Mercredi 30 avril 2008 // La Religion

L’odieux assassinat de Mgr Paulos Faraj Rahho, archevêque chaldéen de Mossoul, prélat respecté et la plus haute personnalité de cette Église fidèle à Rome résonne, comme a pu le dire Mgr Georges Casmoussa, archevêque syrien-catholique de Mossoul, « comme une fracture dans la société irakienne et risque de mettre en péril la présence chrétienne ». Jamais les terroristes islamistes n’avaient osé frapper si haut.

L’invasion américaine de l’Irak en 2003 qui a entraîné cette atroce guerre civile dont nous constatons chaque jour les ravages a déclenché une vague de persécutions contre les chrétiens accusés à tort de pactiser avec les « croisés américains », un prétexte commode pour les fanatiques bien décidés à éradiquer la présence des Églises chrétiennes du pays. On assiste à une véritable escalade de violences et les chrétiens sont la cible privilégiée des terroristes ou des simples voyous

Une mosaïque.

L’Irak est un pays où s’entremêlent des diversités tout à la fois ethniques (avec des Arabes, des Assyro-chaldéens, des Kurdes, des Turkmènes) et religieuses (avec des musulmans sunnites, chiites, des alevis et des chrétiens). Pour ce qui est des chrétiens, Assyrochaldéens ou Arabes, ils se caractérisent par une grande pluralité, au moins douze dénominations : un produit de l’histoire religieuse et migratoire du pays.

Mais ce que l’on oublie un peu facilement c’est que ces communautés chrétiennes d’Orient sont sur place depuis deux mille ans et héritières d’une implantation antérieure à la naissance de l’islam qui n’est arrivé que bien plus tard en Mésopotamie, au moins quatre siècles. Cette terre n’est donc aucunement « terre d’Islam » comme veulent le faire croire les fanatiques mais terre du pluralisme religieux. Devenus depuis minoritaires, les chrétiens ont survécu jusqu’ici à toutes les invasions et tous les régimes dans cette région du monde si troublée.

On peut trouver détestable le régime de Saddam Hussein. Sous son règne, le pays a connu une première vague de départs, les Chrétiens ne représentant plus que 10 % de la population contre 20 % en 1932. Reste que le Raïs respectait l’existence des Églises chrétiennes tout en les protégeant parfois. Aujourd’hui, la place des chrétiens est contestée et une persécution sournoise, violente et programmée s’est abattue sur eux. Intimidations, menaces, enlèvements, demandes de rançon, attentats, meurtres, incendies d’églises, tentatives d’imposition du voile et de la charia sont leur lot quotidien. Les chrétiens ont dû fuir en masse Bagdad et Mossoul. Beaucoup se sont réfugiés au Kurdistan où ils sont plutôt bien accueillis, d’autres ont trouvé un refuge précaire en Syrie, en Jordanie, au Liban et même en Turquie où leurs conditions de vie sont éprouvantes : logement, travail, scolarisation des enfants, tout est problématique.

Les évêques et la plupart des prêtres ont choisi de ne pas céder devant la persécution et entendent rester jusqu’à offrir leur vie comme Mgr Rahho. Quant aux fidèles, encore près de 800 000 en 2003 (environ 3 % de la population totale), ils ne seraient plus qu’environ 400 000, en majorité chaldéens, catholiques « de rite oriental fidèles à Rome », une Église fondée selon la tradition par saint Thomas il y a deux mille ans, ce qui mériterait à tout le moins le respect.

Qu’as-tu fais de ton frère ?

Face à la gravité de la situation le Saint-Siège a manifesté son émotion. Avec Pax Christi, l’évêque de Troyes, Mgr Marc Stenger tente courageusement de mobiliser l’aide de la communauté chrétienne tout entière. Quelques voix se sont élevées, dont celle de Jean d’Ormesson et de Régis Debray. On ne sache pas que les grandes consciences autoproclamées habituelles aient manifesté leur indignation devant une telle barbarie. On comprend que les chrétiens d’Irak puissent se sentir abandonnés. Devant une situation aussi scandaleuse, il conviendrait d’affirmer hautement le droit des chrétiens à vivre en toute liberté et sécurité chez eux en Orient, comme sont libres les musulmans qui vivent en Occident.

Caïn, qu’as-tu fait de ton frère ? demande le Seigneur au Livre de la Genèse. Il pourrait poser la même question aux grandes puissances qui se défilent et se contentent de déplorer. Un chrétien vaudrait-il moins qu’un juif ou un musulman ? Pourquoi se taire devant les persécutions dont sont victimes trop de chrétiens en terres musulmanes, hindouistes ou communistes ? Avons-nous à ce point renier nos origines et notre foi pour que de tels crimes semblent nous laisser indifférents ? La présence en Orient des chrétiens se justifie par l’histoire, par la foi et l’équité. De surcroît, seule celle-ci peut encore faire obstacle à la tentation suicidaire du repli sur soi et des communautarismes à l’oeuvre dans cette région du monde. La fin du christianisme en Orient serait une tragédie pour la culture et la civilisation.

En avons-nous conscience ?

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