Boulevard de la croissance.

Mardi 10 avril 2007, par Paul Vaurs // La France

Ce n’est ni sur la VI° République, ni sur le réchauffement climatique, ni même sur la sécurité que va se jouer cette présidentielle, mais sur le travail. Et pour la première fois depuis longtemps. Le grand retour du travail comme source de croissance et de richesses, comme réponse aux défis de la mondialisation, du vieillissement, de l’environnement. Depuis cinquante ans qu’elle existe, 1’Europe a fini par s’occuper de tout, mais elle nous a laissé la liberté de travailler comme on veut. C’est là qu’un pays peut faire la différence, dans un sens ou dans l’autre. Nous français ne pouvons pas durablement travailler 400 heures de moins par an que les Américains (ce qui fait tout de même deux mois et demi à 40 heures par
semaine) ou 200 heures de moins (cinq semaines) que les Britanniques, sans en subir les conséquences.

En 1970, à la fin de nos « Trente Glorieuses », glorieuses par notre croissance qui dépassait à l’époque celle des États-Unis, les Français passaient 65 de leur vie au travail. On partait à la retraite à 64 ans en moyenne et les jeunes trouvaient du travail à la sortie de leurs études.
Aujourd’hui, remarque Thierry Breton dans sa leçon de pédagogie économique à l’usage de l’électeur, on ne passe plus que 45 % de sa vie au travail et on part à la retraite à 57ans... Mais nous avons 1,2 million de RMistes, 7 millions de salariés pauvres et un jeune sur quatre sans travail... Si l’on veut financer à la fois la solidarité, les retraites, la santé, et préparer l’avenir, nous n’avons pas le choix ; il faudra bien « travailler tous, travailler plus, et plus longtemps, dit Thierry Breton. Mais comment ?
Chacun des trois favoris à l’élection présidentielle est ici placé devant la réalité. Plus question de phrases creuses, l’institut d’études économiques Rexecode a passé au crible de ses logiciels. Nous voici dans le concret.

Nicolas Sarkozy fait depuis un an campagne sur le thème de la rupture avec un modèle économique et social épuisé, finance à crédit au prix d’une dette qui consomme chaque année en intérêts, la quasi-totalité de notre impôt sur le revenu. Il fonde donc son programme sur une idée et une seule ; libérer le travail, travailler plus pour gagner plus. Le contraire de la philosophie des 35 heures et du partage du travail que la gauche a répandue depuis l981. Sarkozy considère les 35 heures comme un plancher tout doit être fait pour encourager les heures supplémentaires. Donc il les détaxe. Totalement.
Le salarié profite de 45% de hausse de son pouvoir d’achat sur ces heures-là, le chef d’entreprise de 26 % de baisse du coût du travail supplémentaire. Rexecode calcule que cela fait 60 000emplois consolidés ou prolongés puis 120 000 emplois nouveaux. Mais surtout, ce retour au travail ouvre un boulevard à la croissance, en restaurant une compétitivité perdue.
Cela fait passer la croissance de 2 à 3% par an tout change. Une seule mesure, grands effets.

Conformément à son discours, François Bayrou fait dans le « raisonnable » et la « prudence ». Résultat : une demi-mesure. Un coup à droite, il baisse les charges pour les heures supplémentaires (mais ne les supprime pas),un coup à gauche, il concentre, les allégements de charges (donc il les réduit), ce qui pénalise les entreprises. Malgré ses « emplois francs », il détruit autant d’emplois que Sarkozy en crée. logique : le modèle Bayrou est conforme à ce qui s’est fait depuis vingt-cinq ans, le « ninisme » (ni trop à droite ni trop à gauche) qui a abouti à la paralysie, au chômage et à la pauvreté qu’il dénonce.

Quant à Ségolène Royal soi-disant libérée du parti socialiste, son projet en reprend le programme sans amendement. Hausse du Smic réduction du temps de travail, création d’emplois publics, gel du code du travail, on se croirait revenu au programme Jospin de 1997. Elle généralise les 35 heures là où elles ne l’étaient pas, supprime le CNE-malgré les 800 000 contrats signés, créé des » emplois tremplin » comme Jospin des « emplois jeunes » sur le même argent public et porte le Smic à 1 500 euros, alourdissant encore les coûts du travail. À court terme, disent les experts de Rexecode, cela se traduit par 150 000 emplois de moins et des impôts en plus. Elle relance le cercle vicieux bien connu. Recul de la compétitivité, du pouvoir d’achat et de la création d’emplois...

L’enjeu de la présidentielle revient finalement à ceci, ou bien les Français auront envie de se « bousculer » et de créer à nouveau plus de richesses pour financer leur niveau de vie et donner un avenir à leur jeunesse. Ou bien ils préféreront « continuer comme ça » et ce sera l’engourdissement Le bon sens plaide pour le mouvement. Il n’est pas sûr de l’emporter.

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