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Birmanie, la politique de gribouille.

Mercredi 16 mars 2011 // Le Monde

Que faut-il attendre du projet de « feuille de route vers une démocratie florissante et disciplinée » poursuivie par les militaires au pouvoir en Birmanie ? Pas grand-chose si l’on en croit l’Union européenne.

Dès avril 2010, elle reconduisait les sanctions à l’encontre de ce pays vers lequel les projecteurs de l’actualité se tournent rarement sinon à l’occasion des gigantesques manifestations populaires qui l’agitent périodiquement puis de la féroce répression qui les suit. La dernière fois que la Birmanie faisait les gros titres de la presse internationale, en 2007, des milliers de bonzes se rassemblaient dans les rues de Rangoon, l’ancienne capitale, une « révolution de safran » pacifique mais brutalement réprimée par la junte militaire au pouvoir. Triste réalité de ce pays sinistré.

Jadis prospère, jouissant d’une géographie idéale entre le sous-continent indien et la Chine méridionale, l’actuel Myanmar fut longtemps le grenier à riz de l’Asie du Sud-Est. Lors de son accession à l’indépendance, en 1948, toutes les conditions étaient réunies pour un retour rapide à la prospérité après les années de destruction de la Seconde guerre mondiale. Mais le régime parlementaire mis sur pied par le Premier ministre U nu ne résistera pas à la cupidité de la caste militaire.

A la faveur d’un putch sanglant, au début des années 60, elle portait son commandant en Chef, le général Ne win, à la tête de l’Etat. Au nom d’une ubuesque « voie birmane vers le socialisme », celui-ci allait rapidement transformer le pays en une immense prison. Ce pouvoir, la hiérarchie militaire le conserve depuis farouchement, en dépit d’un bilan économique catastrophique. La stratégie de « développement auto-centré » poursuivie par les successeurs de Ne win les a conduit à refermer la Birmanie sur elle-même et à faire de ses 56 millions d’habitants, l’une des populations les plus misérables du monde.

Guidés par l’émotivité de leurs opinions publiques, les pays européens sont obnubilés par le sort de « l’icône de la démocratie », Aung San Suu Kyi, assignée à résidence pendant plus de vingt ans. Pas question, donc, de discuter avec le régime birman qui a pourtant fait une concession symbolique à la communauté internationale en organisant des élections le 11 novembre dernier.

Certes, la junte avait verrouillé le jeu pour s’éviter le précédent de 1990, quand la Ligue Nationale pour la Démocratie avait triomphé avec 80% des suffrages. A l’époque, les militaires avaient ignoré le résultat du scrutin pour s’arroger tous les pouvoirs. Ils se sont cette fois évité toute mauvaise surprise grâce à une série d’articles constitutionnels et de lois électorales : restrictions à la liberté d’expression, un quart des sièges du Parlement d’emblée réservé à l’armée, interdiction de se présenter pour les personnes ayant été condamnée ou mariée à un étranger, ce qui visait doublement Aung San Suu Kyi. Des élections sur mesure qui ont vu les candidats de la junte rafler 80% des sièges législatifs.

Peu de temps après, elle relâchait Aung Sann Suu Kyi, dissimulant sous une habile opération médiatique ce « putsch démocratique ». La fille du libérateur de la Birmanie s’est aussitôt dite prête à discuter avec la junte comme avec les pays occidentaux d’une éventuelle levée des sanctions si tel était le « souhait véritable du peuple birman ». Voila la diplomatie bruxelloise prise à son propre piège. Car à force de vouloir « isoler » la junte, c’est justement Aung san Suu Kyi qui paraît désormais isolée. Dans ce pays où la démocratie n’est le plus souvent qu’un mot creux jeté à la face de l’adversaire, les Occidentaux apprennent à leur dépens combien il est hasardeux de s’aliéner le seul interlocuteur possible à l’heure où les sujets sensibles se multiplient, notamment le risque de prolifération nucléaire. Le « généralissime » Than Shwe financerait en effet, avec la complicité de la Corée du Nord, un ambitieux programme d’armement.

L’administration Obama l’a bien compris qui a reconnu qu’il fallait tendre des mains « sélectives » à la Birmanie. Vingt ans d’une politique de sanctions n’est pas parvenu à déstabiliser un tel régime et a laissé libre cours à la Chine dans la région. Pékin tient à la stabilité du régime birman, en particulier à cause des minorités ethniques près de leurs frontières communes dont elle craint un afflux de réfugiés en cas de troubles graves. S’il semble acquis que la junte est encore pour de longues années au pouvoir, les Européens se contenteront de compter les points dans la compétition que se livrent Américains et Chinois dans cette partie du monde.

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