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Bien mieux qu’une chanson...

Lundi 7 décembre 2009 // La France

Idyllique diront certains. De « La place de la femme dans l’identité française »...

Le beau texte de Jacques Trémolet de Villers n’a pas échappé à notre amie Anne-Lys...

Qui n’a pas manqué de nous préciser : « je dois dire que je suis - à quelques nuances près évidemment - d’accord avec maître Trémolet de Villers et en particulier avec sa conclusion. »

Rien à retrancher, rien à rajouter !

Portemont, le 26 novembre 2009

La place de la femme dans l’identité française, par Jacques Trémolet de Villers (Présent du18 novembre 2009)

L’identité nationale inonde nos chaînes, nos carrefours et nos colloques mais, curieusement, la nation prend le pas sur la France et la République sur la nation. On dirait un défilé qui, partant de l’île de la Cité ou du Louvre, perdrait l’essence même de sa raison d’être à la Nation et reviendrait, nourri de nouveaux bataillons, à la République.

Entre temps, la France s’est volatilisée.

Le refrain entendu, comme une rengaine répétée jusqu’à la nausée, c’est la laïcité.

Et, avec la laïcité, l’école qui fait la laïcité et fait donc la République, comme elle a fait la nation, car, on le voit nettement, cette nation commence à la République et ignore scrupuleusement - ou stupidement - tout ce qui fut avant.

Au point où nous en sommes arrivés, dans la vie en vrai de ceux qui vivent en France, ces discours sont au-delà de l’indécence.

Quand on ajoute que l’étude, à l’école, et le chant, à l’école, de la " Marseillaise " feront l’intégration de nos chères têtes brunes, les bras vous en tombent des mains, et personne ne sait plus où on en est, sinon qu’on brasse du vent. Seule, dans ce concert d’absurdité, Fadela Amara continue à dire des évidences, à savoir que les jeunes d’Algérie, du Maroc, de Tunisie et, généralement, du Moyen-Orient lui font part de leur admiration et de leur envie car la façon dont la femme est traitée en France leur semble un paradis inaccessible. Elle a bien raison.

Et il est vrai que ce statut de la femme ou, plus exactement, le respect qui lui est manifesté est une des singularités que le monde nous envie. Encore faut-il savoir de quoi on parle. Ce n’est, certainement pas, " la femme au travail ", car, dans les pays que je viens de citer, non seulement la femme est au travail, mais, parfois, ou souvent, c’est elle - et elle seule ou elle prioritairement - qui travaille. Elle assume les lourdes tâches ou les tâches ingrates, l’homme se réservant les métiers nobles, ou réputés tels.

Ce n’est pas non plus " la femme au lit " car, dans ces pays, Allah sait que " la femme est un champ à labourer " quand et comme le veut le laboureur.

Ce n’est même pas la mère, car on connaît la place qu’elle occupe dans la vie de la communauté.

Alors ? Où est la différence ? La différence est dans une certaine façon de considérer la femme, ni seulement mère, ni seulement épouse, ni seulement amante, encore moins seulement agent de production, mais, plus profondément, reine, princesse, dame, demoiselle, maîtresse de maison, régente de domaine, " patronne ", comme disaient les paysans, celle que l’on célèbre, pour qui sont les honneurs, la chanson et les poésies.

Je n’ai rien entendu, sur ce sujet, pourtant si omniprésent que la France était appelée " la nation femme " par les historiens des autres nations. Dans aucune autre tradition, sauf peut-être en Italie, mais pas tout à fait de la même façon, la femme ne tient une place comparable à la place qu’elle tient en France. D’ailleurs, Thérèse et Jeanne sont les deux patronnes secondaires et, à elles deux, elles disent la spécificité française.
Seraient-ce la République et la laïcité qui nous ont donné cette spécificité ? Franchement, cela se saurait. En revanche, nous savons qu’avec le Code civil première manière - Code Napoléon - le statut de la femme régressa à la condition de mineure perpétuelle et qu’il fallut atteindre 1946 pour qu’elle ait le droit de voter. Ces deux reconquêtes : égalité dans le mariage et existence dans la société, sont loin de lui avoir redonné la place qu’elle tenait au temps de Chrétienté. L’essentiel de sa vocation sociale, qui est d’être civilisatrice - d’adoucir et de polir les mœurs, par sa présence, par les égards qui lui sont dus- lui a été enlevé et ce ne sont pas les carrières de magistrat, d’avocat, de juriste, voire de ministre, non plus que de journaliste, qui la lui rendront. Qu’elles concurrencent et dépassent les hommes sur ce qui fut, un temps, leur propre terrain, c’est évident. Mais cette concurrence n’est pas une spécificité française. On la trouve partout, à des degrés divers, sous des formes différentes. Elle est comme une des caractéristiques mondiales de notre temps.

La spécificité française, c’était cette politesse, cette sociabilité qui n’est pas le seul fait de vivre en société, mais " la manière propre à l’homme de vivre en société " qui est plus qu’une nécessité, un plaisir. Et ce plaisir vient de la délicatesse des rapports, laquelle découle - ou découlait - de la seule présence d’une femme. Elle a accompli cette œuvre au sommet de l’État, dans les plus hautes sphères du Royaume et, comme il convient, de ces hauteurs l’exemple est descendu jusque dans les chaumières et les échoppes, jusque dans les rues de Paris et les cabarets de Meudon.

Il en restait des traces après la Révolution, malgré les guerres civiles et étrangères, quand Henri Heine venait à Paris et cherchait à se faire bousculer par les passants sur un pont au-dessus de la Seine " pour s’entendre demander pardon avec cette grâce qui n’appartient qu’aux Français de Paris. "


Tombe de Henri Heine au cimetière de Montmartre...

Les temps ont certainement changé et notre identité française, qui n’a rien de nationaliste, encore moins de raciste, puisqu’elle s’épanouit dans le geste de Marie-Antoinette - l’Autrichienne - relevant le jeune Mozart sur le parquet de Versailles ou demandant pardon au bourreau de lui avoir marché involontairement sur le pied. " Excusez-moi, monsieur le bourreau, je ne l’ai pas fait exprès."

Elle s’épanouit dans la parole de cet aristocrate, à la Conciergerie quand, à l’appel de son nom patronymique, un seul pour sa femme et lui-même, destiné à occupé la dernière place dans la charrette pour la guillotine. " Permettez, Madame, que, pour une fois, je passe devant vous. " Oserais-je dire que cet inconnu mériterait d’être canonisé comme une préfiguration laïque-galante et conjugale de saint Maximilien Kolbe.

Seules les femmes françaises, immortalisées par la " Jeune captive " d’André Chénier, ont obtenu ce lot de transformer le Gaulois hâbleur, gaillard et batailleur en une forme humaine qui leur baise les mains.

J’aurais mauvaise grâce ici à insister, en rappelant que l’" ætas ovidiana ", l’âge ovidien des cours d’amour et la lecture de " L’Art d’aimer " n’y sont pas pour rien, mais il y eut bien plus, il y eut l’Eglise. C’est l’Eglise qui, penchée sur le couple humain, en a fait cette merveille du mariage chrétien. Si étonnante, si stupéfiante, si incroyable, si impossible, si improbable, que Pierre lui-même disait au Seigneur qu’une telle union n’était pas vivable sur cette terre.

La France n’est pas le seul lieu sur la terre où le mariage chrétien a donné ses fruits ? Mais la France, en excellence par ses reines, ses saintes, ses princesses, ses dames et demoiselles, épouses et maîtresses, a donné à la femme un éclat que la femme lui a bien rendu. Où, en quel autre pays, un Ronsard consacre-t-il plus de quatre cent quatre-vingts sonnets aux amours ? Où, en quel pays, les mauvais garçons chanteraient-ils si délicatement " la première fille qu’on a prise dans ses bras " ?

Elle est là, dans l’esprit, le cœur et le corps de la femme, aimée, chantée, magnifiée, exaltée et canonisée par l’Église, la spécificité française, qui est d’un royaume chrétien et non d’une république laïque. »

« L’épi naissant mûrit de la faux respecté ;
Sans crainte du pressoir, le pampre tout l’été
Boit les doux présents de l’aurore ;
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
Quoi que l’heure présente ait de trouble et d’ennui,
Je ne veux point mourir encore.
Qu’un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort :
Moi je pleure et j’espère. Au noir souffle du nord
Je plie et relève ma tête.
S’il est des jours amers, il en est de si doux !
Hélas ! quel miel jamais n’a laissé de dégoûts ?
Quelle mer n’a point de tempête ?
L’illusion féconde habite dans mon sein.
D’une prison sur moi les murs pèsent en vain,
J’ai les ailes de l’espérance.
Echappée aux réseaux de l’oiseleur cruel,
Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel
Philomèle chante et s’élance.
Est-ce à moi de mourir ? Tranquille je m’endors
Et tranquille je veille ; et ma veille aux remords
Ni mon sommeil ne sont en proie.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ;
Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux
Ranime presque de la joie.
Mon beau voyage encore est si loin de sa fin !
Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin
J’ai passé les premiers à peine.
Au banquet de la vie à peine commencé,
Un instant seulement mes lèvres ont pressé
La coupe en mes mains encor pleine.
Je ne suis qu’au printemps, je veux voir la moisson,
Et comme le soleil, de saison en saison,
Je veux achever mon année.
Brillante sur ma tige et l’honneur du jardin,
Je n’ai vu luire encor que les feux du matin ;
Je veux achever ma journée.
O mort ! tu peux attendre ; éloigne, éloigne-toi ;
Va consoler les cœurs que la honte, l’effroi,
Le pâle désespoir dévore.
Pour moi Palès encore a des asiles verts,
Les Amours des baisers, les Muses des concerts ;
Je ne veux point mourir encore. »
Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois
S’éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,
Ces vœux d’une jeune captive ;
Et secouant le faix de mes jours languissants,
Aux douces lois des vers je pliai les accents
De sa bouche aimable et naïve.
Ces chants, de ma prison témoins harmonieux,
Feront à quelque amant des loisirs studieux
Chercher quelle fut cette belle.
La grâce décorait son front et ses discours,
Et comme elle craindront de voir finir leurs jours
Ceux qui les passeront près d’elle.
 

André Chénier compose La Jeune Captive la nuit précédant sa mort…

Il semble qu’il l’ait écrite en l’honneur d’Aimée de Coigny, jeune femme dont il était épris et qui fut, elle aussi, emprisonnée et ne dut la vie sauve qu’à la mort de Robespierre.

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