Besson s’attaque à la « jungle » de Calais.

Samedi 10 octobre 2009, par GAËL COGNÉ // La France

REPORTAGE

Le ministre de l’Immigration Eric Besson, en visite ce jeudi à Calais, a confirmé son intention de fermer « avant la fin de l’année » le campement de fortune qui accueille nombre de migrants.

GAËL COGNÉ, envoyé spécial à Calais

Mardi, après l'opération de police, des migrants s'en retournent au campement.

Mardi, après l’opération de police, des migrants s’en retournent au campement. (REUTERS)

Dans la zone industrielle des dunes, près du port, entre les grands parkings et les usines, survivent dans des campements de fortune des centaines de migrants sur un espace sablonneux et boisé. C’est « la jungle », comme l’appellent les migrants. Le ministre de l’Immigration est là pour présenter un train de mesures pour Calais.

D’abord, une usine, Tioxide, spécialisée dans le traitement des éfluents. Huit patrons s’installent autour d’une table. Eric Besson veut «  écouter  » ces entrepreneurs qui se plaignent de l’entrave au développement économique que constituerait la présence des migrants. Tour de table. « Des intrusions  », des «  comportements agressifs  », des branchements dans «  les armoires électriques  » pour recharger les téléphones portables, les risques que prennent les migrants en se planquant sous les camions pour gagner la Grande-Bretagne, dit le premier. «  Les rixes  », «  le personnel qui a peur  », ajoute un autre. «  Après tout, on est chez nous  », finit par dire un patron exalté. «  On est tous en train de perdre nos entreprises.  »

L’un d’eux, Guy Portal, invite le ministre à venir voir son entreprise d’autocars. Le ministre accepte le détour imprévu. Deux cent mètres plus loin, on découvre le vaste parking, une clôture et un camp de fortune au-delà. Des hommes, jeunes, se dressent à l’arrivée de l’attroupement. Le ministre ne leur prête pas attention. Les journalistes si. Caméras et appareils photos, «  on se croirait à un safari  », soupire un photographe. En arrière, le patron raconte qu’on lui pique de l’eau. Et puis, «  quelle image ça donne  ».

Une image, un poids économique et des contraintes que la ville de Calais ne peut plus supporter explique en substance le maire de Calais, Nathalie Bouchart. «  Plutôt que de fermer ces entreprises, nous démantelerons la jungle  », lui a répondu le ministre lors d’un discours à la mairie de la ville. Voilà l’objet de cette visite. Plus de six ans après la fermeture de Sangatte, par Nicolas Sarkozy, Eric Besson, veut vider la «  jungle  », sans créer un «  mini-Sangatte  ». Comment ? «  J’ai demandé un plan pour que cela soit fait d’ici fin 2009.  » Le ministre avance que les passeurs y font régner «  la loi de la jungle  », martèle-t-il. Pour les associations «  cela ne fera que déplacer le problème  ».

Par ailleurs, des discussions avec les Britanniques doivent débuter « dans les semaines qui viennent.  » «  Nos amis britanniques doivent prendre une part dans le contrôle de leur frontière avec l’espace Schengen.  »

Devant la mairie où le ministre doit faire son allocution, quelques manifestants. Suzanne, militante à l’association Salam s’interroge : «  Mes chiens sont mieux traités que ces jeunes migrants. Qu’est-ce qu’on en fait ?  » Elle rit, amère. «  Ca fait six ans que je répète la même chose. Quand ils ont fermé Sangatte, il y avait peut-être 200 migrants. Maintenant, ils sont 800. Ca n’a strictement rien changé.  »

Pour remédier à la situation humanitaire désastreuse, le ministre a prévu un plan en six points pour Calais. «  Un point de recueil des demandes d’asile à la sous-préfecture, une agence pour suivre les droits des migrants, un point de distribution des repas mieux adapté, une permanence d’accès aux soins, un point sanitaire et un nouveau point d’accueil de jour.  » «  Des avancées hummanitaires réelles  », estime Jean-Claude Lenoir, cofondateur de l’association humanitaire Salam.

Et les 200 personnes arrêtées puis relâchées, c’était pour quoi ? «  Signifier aux passeurs qu’ils ne font pas ce qu’ils veulent  », dit le ministre. «  Complètement inutile  », répond Suzanne. «  De la dissuasion  » déclare le patron de la police aux frontières, présent aux côtés de Besson. « Ce n’est pas parce que ce n’est pas suffisant qu’il ne faut rien faire. Nous devons remettre de l’ordre. » Une opération intervenue le jour même de la présentation par Nicolas Sarkozy de ses projets sur la sécurité.

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