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Belgique en sursis.

Jeudi 10 avril 2008 // L’Europe

Ancien présentateur du journal télévisé de la RTBF puis parlementaire européen, élu local à Gand pendant 18 ans puis à Uccle, Luc Beyer de Ryke, francophone des Flandres, a multiplié les avertissements sur la gravité de la crise beige sans parvenir à briser le mur d’indifférence qui sépare trop de responsables politiques et de journalistes français voisin et ami. Dans un nouvel ouvrage, il montre que le royaume est exposé à une rupture qui serait à nombreux égards catastrophiques.

Luc Beyer de Ryke : Je vous citerai les dernières lignes de mon livre « Elle est comme la maison au coeur du vieil hiver dans le poème de Verhaeren. Une demeure battue par le vent, le vent des peurs et des déroutes, Peutêtre, cette fois encore, la vieille demeure retrouvera-telle les heures claires ; « Jusqu’à la prochaine tempête. ». Il faut aussi évoquer la fameuse émission spéciale de la RTBF sur la scission fictive de la Flandre. Informé du projet, mais réservé, je ne pensais pas que la hiérarchie de la RFBF donnerait son aval. Non seulement elle l’a donné, mais elle a joué dans l’émission. Cette dernière n’a pas créé l’événement mais elle a accéléré les choses, il y a eu un processus d’emballement.

L’histoire de la Belgique doit-elle interprétée à travers le prisme communautaire ?

Non pas tout à fait. Aux origines, il y a effectivement une donnée linguistique, mais elle n’influence pas vraiment la situation d’aujourd’hui. Comment était la Belgique avant la Belgique ? « De tous les peuples de la Gaulle, les Belges sont les plus braves », disait César. Mais on ne cite pas toujours la suite « ... parce que les plus éloignés de la civilisation ». Il fallait, bien sûr, entendre : de Rome, coeur de l’Empire. On constate alors les prémices d’une question linguistique. Julien l’Apostat va ouvrir les frontières et les tribus germaniques vont s’établir au nord de la forêt charbonnière. Ils vont y implanter leur patois bas allemand, d’où naîtra le flamand. Dans le Sud, Les idiomes celtes vont résister. Et, d’une certaine manière, la frontière linguistique est établie dès cette époque. Elle n’a pas beaucoup changé depuis.

Au début du XIVe siècle, la bataille des Éperons d’or, qui a lieu à Groeninghe près de Courtrai, n’est pas une bataille linguistique. Et pourtant... Au moment où les villes drapières, comme Gand ou Courtrai, connaissent un essor, les Communiers flamands battent la chevalerie française de Philippe le Bel. On dépouille les morts de leurs éperons, lesquels sont accrochés aux voûtes de La Cathédrale de Courtrai. Cela a une répercussion énorme. C’est une bataille plus sociale que Linguistique. Mais elle suscite un frémissement dans les grandes villes flamandes : les Klauwaerts, plébéiens partisans de la griffe du lion, l’emportent sur les Leliaaerts, tenants des lys de France. Cette bataille va donner lieu à des mythes toujours persistants dans le mouvement national et nationaliste flamand. Il se saisira aussi du mythe de Till l’Espiègle.

Au moment de la Seconde Guerre mondiale, il y avait de grandes affiches avec un beau portrait de Thyl Uilenspiegel, accompagné de cette légende « en flamand « avec lui engagez-vous dans la Waffen SS ». En l’année 2000, Luc Van den Brandt, alors ministre-président de la communauté flamande, programmait l’indépendance de la Flandre pour 2002, 70O° anniversaire de la bataille des Éperons d’or.

Aujourd’hui, la fête de la communauté flamande est située le 11 juillet ; la bataille s’est déroulée le 11 juillet 1302. Nous autres, francophones des Flandres sommes encore appelés Leliaaerts par les nationalistes flamands, c’est-à-dire les partisans de la fleur de lys. Tout cela n’est pas tellement anecdotique, puisque l’actualité se nourrit d’une autre actualité très ancienne.

Quels sont les autres événements historiques qui ont marqué la Belgique ?

Luc Beyer de Ryke : Sous Philippe Il, il y a eu la guerre de 80 ans et la rupture de l’unité de la foi ; la fin de l’unité des 17 provinces, avec la naissance des Pays-Bas. Cela a eu une incidence sur la langue. L’émiettement de la langue, les patois, persiste dans les provinces du Sud. Aux Pays-Bas calvinistes, la Lecture de la Bible forge une langue unifiée. Un historien flamand, Geert Van Doorne, me disait récemment « nous Flamands catholiques, nous avons dû attendre la télévision », Comme on dit en flamand « en riant, le fou dit la vérité. »

Jusque là, on ne peut pas parler de francisation. Seuls les Grands, les milieux de Cour, parlent français. Il faut attendre le Bourgeois gentilhomme puis, au XVIIIe siècle les Volontaires de l’an Il. Le mouvement de francisation d’une bourgeoisie qui appartient encore à la Monarchie, va être accéléré par une autre catégorie de la population séduite par les idées nouvelles arrivées dans les fourgons des armées de la République, puis du régime impérial. Mais avec la conscription et les batailles dévoreuses d’hommes, les opinions changent. A la bataille de Waterloo, on trouve des Belges, à part égale, dans la Crande Armée et dans la coalition anglo-néerlandaise.

En 1815, on reconstitue les 17 provinces. Au Congrès de Vienne, on donne l’actuelle Belgique à la Hollande. Guillaume1er va entreprendre une politique de néerlandisation. Le bas-clergé (catholique), qui va faire tant plus tard pour la naissance du mouvement flamand, refuse alors d’encourager ce qui vient d’un roi calviniste. En 1830, survient la Révolution contre les Pays-Bas, révolution bourgeoise à l’issue de laquelle naît le royaume de Belgique. Le pays va alors être gouverné totalement en français, alors que la majorité est déjà flamande.

En quoi les deux guerres mondiales ont-elles été importantes ?

La guerre de 1914 - 1918 n’est pas un moment important c’est un moment capital. Avant la rédaction dc mon livre, j’ai rencontré, en compagnie de mon épouse Françoise, des interlocuteurs de tous les horizons politiques, depuis l’extrême droite nationaliste flamande, jusqu’à Paul-Henri Cendebien, rattachiste wallon. Ce qui est frappant, c’est le fait que tous nos interlocuteurs flamands se référaient, quel que soit leur âge, à La guerre de 14. L’armée belge était, avouons-le, une armée de classe. Le corps des officiers s’est battu avec beaucoup de bravoure, mais le sentiment qui demeure dans les consciences est que « l’on commandait en français et que l’on mourrait en flamand. »

C’est excessif, mais c’est entré dans la conscience de la Flandre, Il faut dire que l’Allemagne, avec beaucoup de persistance, en 1914 comme en 1940, a pratiqué ce qu’on appelle die flamenpolitik, c’est-à-dire la politique flamande. C’est durant la guerre de 14-18 qu’est instaurée, à Gand, par le Gouverneur-général allemand Von Bissing, une université flamande. C’est une université où l’on parle flamand, niais où l’on pense en allemand. La Belgique est le seul pays de la Communauté européenne où il y a eu des collaborateurs, des inciviques, qui datent de la Première Guerre mondiale. Il y avait un Conseil de Flandre qui travaillait aux ordres de l’Allemagne.

Autre épisode capital de l’histoire de la Belgique la question royale. Elle mit le pays à deux doigts de la guerre civile. L’attitude du roi Léopold, qui avait refusé de gagner Londres, comme le souhaitait le gouvernement, fut au centre de la déchirure du pays. Cette crise s’inscrit dans un processus qui a atteint l’an dernier son paroxysme. Du côté francophone, l’écrasante majorité des citoyens ne veut pas la séparation du pays et presque tous les francophones, bruxellois ou wallons, ne souhaitent aucune réforme.

Les Flamands veulent au contraire une profonde réforme de l’État sans être séparatistes : seule une minorité milite en ce sens. Mais l’écrasante majorité souhaite un approfondissement du confédéralisme. Or ce confédéralisme est un séparatisme de facto sous un label belge. Les Flamands veulent que la Sécurité sociale soit coupée en deux, de même que l’organisation judiciaire. Beaucoup disent : « Avec la Belgique si l’on peut, sans la Belgique s’il le faut. »

Guy Verhofstadt a réussi un véritable tour de force en constituant un gouvernement mais celui-ci est transitoire il durera jusqu’au 23 mars, date à laquelle Yves Leterme lui succédera, pour préparer les réformes institutionnelles. Sans monarchie, la Belgique cessera immédiatement d’exister car dans une République le président ne pourrait être ni flamand, ni wallon, ni bruxellois. Cela dit, la monarchie ne permet plus de préserver l’unité de la Belgique. Désormais, la puissance des partis l’emporte sur la personne royale. Le roi ne nommera jamais un ministre qui n’aurait pas l’aval des partis et des présidents de parti. Au lendemain de la guerre, pendant la question royale, 70 % des Flamands étaient favorables à la monarchie, alors que maintenant une majorité souhaite une République flamande.

La question de Bruxelles se pose de manière spécifique..

Oui. Les Bruxellois et les Wallons ne s’aiment pas. Par ailleurs, les Flamands considèrent que Bruxelles est la capitale de la Flandre et ils voudraient partir en annexant la ville et en accordant des facilités aux francophones Bruxellois, qui constituent entre 85 et 90 % de la population. Bruxelles est totalement encerclée par des territoires flamands et les communes à facilités sont composées d’une très forte majorité de francophones (entre 70 et 80 %) mais les Flamands n’admettent pas que l’on parle fiançais sur leur territoire et ils exigent que les délibérations municipales soient prises en langue flamande. S’il y a un mot de français, les décisions sont annulées par la tutelle.

En cas de séparation, Bruxelles peut être tentée par un statut de ville capitale en district européen. Quant à la Wallonie elle est plus fragmentée qu’on le croit, entre le sillon industriel Sambre et Meuse et la province du Luxembourg, à caractère rural. Si la Flandre fait sécession, il y aura une République flamande et non une unification avec la Hollande. La province wallonne du Luxembourg est attirée par le Grand-Duché alors que les Liégeois sont francolâtres. C’est vous dire la gravité de la situation et les incertitudes qui l’accompagnent.

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