Bayrou, l’inoxydable.

Par Denis TILLINAC.

Jeudi 1er mars 2012 // La France

Drapeau de France

Le don des langues est une grâce qui n’a pas été consentie à Eva Joly. La malheureuse a beau vivre et travailler en France depuis belle lurette, le sort l’affligée d’un accent crypto-germanique qu’aggravent un timbre de voix rêche et une inaptitude à l’humour. Pour en avoir usé à son détriment dans une chronique du Poing le romancier Patrick Besson a essuyé un feu croisé des dirigeants écolos et des officines spécialisées dans la traque aux présumés "racistes", "xénophobes’ ; etc. Le voilà menacé des foudres de la justice pour "discrimination", et Cécile Duflot a poussé le ridicule jusqu’à exiger des excuses du Point. À vrai dire cette guignolade n’émeut guère que les cercles restreints du parisianisme médiatico-politique.

Tout de même, dans ce pays où un spectacle d’une vulgarité inouïe salit impunément le Christ, le temps est venu de signifier aux inquisiteurs rouges, verts ou roses qu’ils nous emm... Plus nous serons nombreux à leur clouer le bec, plus vite la France s’émancipera de cette flicomanie qui la défigure. Les écolos ont cru devoir élire comme candidate à la présidentielle une dame d’origine et sans doute de moeurs scandinaves, dont l’accent prête à rigoler : ils n’ont à s’en prendre qu’à leur inconséquence. On rigolerait moins si elle accédait au pouvoir, comme Besson l’a laissé entendre, traduisant en l’occurrence sur le mode narquois une hantise à peu près unanime. Car c’est un fait que ladite dame glace les sangs ; ily a de la frénésie dans sa psychorigidité, on sent qu’elle règle un compte intime, on ne sait pas lequel mais on n’aimerait pas trop la croiser à 11 heures du soir au bois de Boulogne. Dois-je préciser qu’aucun "racisme" ne dicte ces considérations, même si je préfère la latinité à la Scandinavie, la gauloiserie à la bigoterie ?

Le soir de son émission à la télévision, j’ai rencontré Bayrou dans un restaurant, accompagné de Marielle de Sarnez et de Bernard Bosson, ancien député et maire d’Annecy, ancien ministre de Chirac. Bayrou fait peur lui aussi, mais seulement à la classe politique. Il est candidat à la présidentielle, pour la troisième fois, comme Mitterrand jadis, comme Chirac naguère. La comparaison a ses limites : en 1981, Mitterrand disposait d’un PS à sa botte, et en 1995, les gros bataillons du RPR restaient acquis à Chirac. Bayrou est seul. Ses soutiens "officiels" se réduisent aux acquêts de son compatriote béarnais Lassalle à l’Assemblée, de Jacqueline Gourault au Sénat, de Peyrelevade et Kahpdans la société dite civile et bien sûr de l’intrépide, astucieuse et fidèle Marielle. Mais de cette solitude, qu’il cultive avec une sorte de volupté amère sur les bords, Bayrou peut se faire une arme, tant les Français semblent las de la machinerie lourde des partis dominants.

Nul ne saurait présager de leurs réactions si la crise s’aggrave ; ils peuvent succomber à la tentation de renverser la table pour redistribuer les cartes. Auquel cas Bayrou a des atouts maîtres pour réaliser un gros score, égal ou supérieur à celui de 2007 : son talent, son histoire bien française (fils d’agriculteur, agrégé de lettres, etc.), sa foi en sa bonne étoile. J’ai déjà écrit dans Valeurs actuelles qu’il aurait mieux valu ne pas l’acculer à déserter la majorité en improvisant l’absorption de l’UDF par l’UMP, autant dire le centre par la droite, ou l’orléanisme par le bonapartisme. Les deux faisaient une bonne paire, avec de bons désistements à la clé. J’ai désapprouvé les réserves de Bayrou lors de la visite d’État de Benoît XVI, peu cohérentes pour un rejeton de feule MRP, et les outrances de son antisarkozysme au début du quinquennat. J’aurais préféré qu’au printemps 2007, entre les deux tours, il rejoignît Sarkozy et siégeât par le fait au gouvernement, avec pour viatique une troupe centriste au Parlement.

Trêve de regrets ! On l’aura compris, Bayrou m’inspire de l’estime et de la sympathie

Le choix d’un destin aléatoire plutôt que d’une carrière dans les clous n’est pas médiocre. On entend dire que si Bayrou ne parvient pas au second tour, il choisira Hollande par aversion pour Sarkozy. J’ai envie de ne pas croire cela. Ses flirts ponctuels avec la gauche en général, les Verts en particulier, ont dû le convaincre que décidément sa culture politique n’est pas de ce bord. Toutes ses fibres y répugnent, qu’il l’admette ou non. Comment l’imaginer faisant l’appoint d’une majorité où Aubry, Fabius, Joly, Duflot et Mélenchon dicteraient leur loi à Hollande ? En attendant ce printemps qui risque de nous surprendre, les ténors de la majorité seraient bien inspirés de ne pas méjuger Bayrou, et surtout de ne pas l’agresser. 

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