Banque Centrale Européenne.

Jusqu’à quand ?

Jeudi 2 février 2012, par Charles GUÉMÉNÉ // L’Europe

Pour faire simple, la Banque Centrale Européenne est statutairement chargée d’émettre de la monnaie dite fiduciaire, pièces et billets, de refinancer les banques de la zone et enfin de veiller à la stabilité des prix, et cela en complète autonomie envers les États qui composent la zone. Tel est le principe.

Rien qui doive heurter le libéral-ultra le plus rigoureux. Cela fait dix ans que ça dure et c’est une catastrophe. Bien des voix se sont élevées depuis 2008 pour condamner la mollesse de la BCE et son inaptitude à faire face à la crise qui nous frappe pour la quatrième année consécutive. Jean-Claude Trichet qui va quitter ces fonctions demain aura été le pitbull de la rente. Il n’a rien laissé passer qui puisse déplaire en quoi que ce soit aux puissances financières.

Jens Weidmann, Gouverneur de la banque centrale d’Allemagne a dit et répété qu’il n’entrait pas dans les attributions de la BCE de refinancer les États. Cela c’est la position officielle, pourtant en sous-main elle a racheté des titres portugais et irlandais en nombre. Ce n’est pas permis mais cela se fait quand même, il est vrai qu’il s’agit de montants qui restent faibles et juste destinés à ne pas affoler les marchés en laissant se propager la vague de défauts de paiement. Il ne s’agit donc pas d’un changement de doctrine mais simplement d’un ajustement qui permet de faire taire ceux qui réclament un peu haut des modifications du fonctionnement de l’établissement.

Il serait exagéré de dire que les opinions des dirigeants de la BCE sont monolithiques. Bini Smaghi, membre sortant du directoire a pris fait et cause pour les Quantitatives. Ce n’est pas rien et les esprits avancent. Pour être simple, grâce à ce système, les banques centrales, américaine et britannique par exemple, consentent des avances aux trésors de ces pays et cela à un taux nul ou pratiquement. C’est ce qui leur permet de ne pas rejoindre la cohorte de ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois. Les agences de notation ne détestent pas tant cela.

Point de cela pour messieurs Trichet et son successeur le trouble Mario Draghi. Celui-là est à fond du côté des banquiers, dont il était il y a peu encore. La semaine dernière la Banque Centrale a avancé au taux de 1 % sur 3 ans la somme colossale de 489 milliards d’euros aux banques de la zone. Selon Jens Weidmann, présenté plus haut, ces montants doivent, évidemment, servir à l’économie réelle. Ben voyons !

Seulement les choses ne se passent pas ainsi. Les banques sont en partie pourries et elles en sont tellement conscientes qu’elles refusent de se prêter de l’argent entre elles, ce qui est pourtant la base de leur métier. Pour pallier cette situation, la BCE avance de l’argent qui... lui revient sous la forme de placement au jour le jour. Entre le mardi 27 décembre et le mercredi 28 le montant est passé de 412 à 452 milliards, en constante augmentation.

Un esprit rationnel penserait que cette opération est idiote puisque cet argent ne sert à rien et notamment pas à faire racheter par les établissements des titres de dettes souveraines. L’exemple italien montre à plaisir l’inanité du procédé. Rome a réussi à placer des bons à court terme (I à 3 ans) au taux de 3,5 %, ce qui est un succès. Le vrai défi était de placer jeudi 29 des titres à long terme (5 à 10 ans). C’est sur ce point qu’on allait juger de la pertinence de l’action de la BCE. Hier donc, Mario Monti à réussi à placer 7 milliards au taux global de 6,93 % en légère baisse. C’est un demi-succès selon les opérateurs.

Demi-succès ? Ils ne sont pas difficiles nos marchés ! C’est plutôt inquiétant. D’abord parce que le gouvernement italien en espérait dix. Ensuite parce que c’est à peine un seau dans la piscine dont va avoir besoin le pays dans les mois qui viennent. Monti vient de trouver 5 % de ce dont il a besoin dans les deux mois qui viennent : 191 milliards d’euros pour des remboursements qui ne peuvent être remis. Comment va-t-il s’y prendre ? En outre, le montant des besoins pour l’année entière se situe au niveau de quelques 450 milliards. Ce chiffre ne vous rappelle rien ?

C’est de la même importance, que les placements faits par les banques européennes à partir des avances consenties par la banque centrale. La simple comparaison vous permet d’apercevoir l’ampleur de la crise et les moyens ridicules mis en place pour y faire face. Pourquoi cet exemple ? Simplement pour vous démontrer que le système lui-même est intenable. L’Italie est un gros morceau des dettes européennes en montant. Ce n’est pas le seul. La France et l’Espagne sont dans une situation_ quasi semblable et les besoins se portent alors à près de 800 milliards d’euros. Il est prouvé pour le moment que les banques européennes ne feront pas partie de la solution au niveau nécessaire. Les dégradations de notes qui vont venir, immanquablement, ne devraient rien arranger.

C’est que les banques elles-mêmes sont souvent en positions délicates. Nous avons signalé à maintes reprises qu’il ne fallait guère se fier aux comptes présentés publiquement par les établissements. Les bénéfices présentés en hausse ne reflètent que bien imparfaitement la réalité. Le hors-bilan est plus indicatif puisqu’il montre à quel point elles sont fragiles. En leur avançant de fortes sommes, ce qui est son rôle, la BCE ne sait pas au fond à quoi servira son argent. Une chose est sûre c’est que, quoi qu’en ait Monsieur Weidmann, ces fonds n’irrigueront pas l’économie, puisque notamment, les encours de crédits ont été moins importants en novembre qu’ils ne l’étaient en octobre 2011.

Plusieurs questions, simples, se posent alors pour 2012. La BCE viendra-t-elle au secours des banques sinistrées ou seront-ce, encore les États qui devront s’y coller ? Mais alors avec quel argent ? Qui va apporter les 800 milliards dont ces derniers ont besoin ? Ne cherchez pas. En l’état actuel des choses et des esprits, la BCE n’a de réponse à aucune de ces questions.

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