BENOÎT XVI AU BÉNIN.

A-t-il prêché dans le désert ?

Vendredi 23 décembre 2011 // La Religion

Le pape Benoît XVI vient d’effectuer son deuxième voyage en Afrique, au terme de six années et demie de pontificat. Après le Cameroun et l’Angola en 2009, il a choisi, cette fois, de passer trois jours au Bénin pour délivrer un message qui n’a jamais varié. On l’a bien entendu mais l’a-t-on vraiment écouté ?

Je vous remercie, Monsieur le Président, pour vos chaleureuses paroles d’accueil. Vous savez l’affection que je porte à votre continent et à votre pays (le Bénin). Je désirais revenir en Afrique, et une triple motivation m’a été fournie pour réaliser ce voyage apostolique. Il y a tout d’abord, Monsieur le Président, votre aimable invitation à visiter votre pays. Votre initiative est allée de pair avec celle de la Conférence épiscopale du Bénin. Elles sont heureuses, car elles se situent dans l’année où le Bénin célèbre le 40e anniversaire de l’établissement de ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège, ainsi que le 150e anniversaire de son évangélisation... Se réalise également mon désir de remettre sur le sol africain, l’exhortation apostolique post-synodale africae munus. Ses réflexions guideront l’action pastorale de nombreuses communautés chrétiennes durant les prochaines années. Ce document pourra y germer, y grandir et y porter du fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un, comme le dit l’évangile de notre seigneur (Mt 13,23). Enfin, il existe une troisième raison qui est plus personnelle ou plus sentimentale. J’ai toujours tenu en haute estime un fils de ce pays, le cardinal Bernardin Gantin. Durant d’innombrables années, nous avons tous les deux œuvré, chacun selon ses compétences propres, au service de la même vigne. Nous avons aidé au mieux mon prédécesseur, le bienheureux Jean-Paul II, à exercer son ministère pétrinien. Nous avons eu l’occasion de nous rencontrer bien des fois, de discuter profondément et de prier ensemble. Le cardinal s’était gagné le respect et l’affection de beaucoup. Il m’a donc semblé juste de venir dans son pays natal pour prier sur sa tombe et pour remercier le Bénin d’avoir donné à l’Eglise ce fils éminent. Le Bénin est une terre d’anciennes et de nobles traditions. Son histoire est prestigieuse. Je voudrais profiter de cette occasion pour saluer les chefs traditionnels. Leur contribution est importante pour construire le futur de ce pays. Je désire les encourager à contribuer par leur sagesse et leur intelligence des coutumes, au délicat passage qui s’opère actuellement entre la tradition, et la modernité ».

Voilà brièvement résumé, par lui-même, les principales raisons du voyage du pape Benoît XVI au Bénin. Un discours prononcé, à l’aéroport international « Cardinal Bernardin Gantin » de Cotonou, quelques minutes, seulement, après sa descente d’avion. Pour ce deuxième voyage en terre africaine en six années et demie
de pontificat (Benoît XVI a été élu pape le 19 avril 2005 et il effectua son premier voyage en 2009 au Cameroun et en Angola), le Saint-Père n’a en rien varié son discours. Cette constance dans son message et sa vision du monde l’honorent. On sait qu’il aime le célibat des prêtres, le mariage et la famille, l’eucharistie, les indulgences, l’Opus Dei et les gens de conviction. On sait aussi qu’il déteste le relativisme, l’homosexualité, l’avortement, la contraception et, en particulier, les préservatifs parce que, dit-il, l’amour suffit pour évier le sida. Il n’est pas non plus favorable à l’ordination des femmes prêtres.

De nationalité allemande, son âge avancé (84 ans) le range dans la catégorie des hommes sages. Grand connaisseur de la civilisation occidentale à laquelle il appartient, il reste imperméable à la manipulation de ce monde qu’il connaît bien et préfère se conformer à la doctrine de l’église catholique dont il est le principal guide.

En rencontrant le clergé et les fidèles africains, le Saint-Père les a exhortés à une foi authentique et vivante, au service de l’édification d’un monde meilleur et plus juste. L’amour pour le Dieu révélé et pour sa Parole, l’amour pour les sacrements et pour l’église, sont, a-t-il dit, un antidote efficace contre des syncrétismes qui égarent. Cet amour favorise une juste intégration des valeurs authentiques des cultures dans la foi chrétienne. Il libère de l’occultisme et vainc les esprits maléfiques. Vécu profondément, cet amour est aussi un ferment de communion qui brise toute barrière, favorisant ainsi l’édification d’une église dans laquelle il n’y a pas de ségrégation entre les baptisés.

Benoît XVI a appelé les prêtres africains à être des hommes de communion, à laisser transparaître le Christ dans leur vie, à ne pas se laisser détourner par les réalités éphémères parfois malsaines que la mentalité contemporaine tente d’imposer à toutes les cultures. Il a invité les religieux et les religieuses à la pauvreté, à l’obéissance et à la chasteté, ainsi qu’à un amour sans frontières pour le prochain. Il a encouragé les séminaristes à se mettre à l’école du Christ. Sans la logique de la sainteté, a-t-il reconnu, le ministère n’est qu’une simple fonction sociale. Face aux défis de l’existence humaine, le prêtre d’aujourd’hui comme celui de demain, s’il veut être un témoin crédible au service de la paix, de la justice et de la réconciliation, doit être un homme humble et équilibré, sage et magnanime.

Aux laïcs, le Saint-Père a recommandé la fidélité au mariage chrétien, le respect profond pour la vie, la transmission des valeurs humaines et chrétiennes. De manière générale, pour le chef du Vatican, toute la communauté ecclésiale est appelée à renouveler son engagement pour la justice, la paix et la réconciliation, idéal évangélique fondamental.

La visite du pape s’insérait aussi dans un contexte délicat pour l’église catholique béninoise qui, elle non plus, n’a pas échappé aux affaires de moeurs, qui ont frappé le Vatican, ces deux dernières années. En 2010, Messeigneurs Agbotan et Agbatchi, respectivement, archevêques de Cotonou et de Parakou, ont dû démissionner à la suite d’affaires de moeurs et de détournement d’argent. Le cas de prêtres vivant maritalement a, également, éclaboussé l’église béninoise, sans parler du scandale impliquant des jeunes filles mineures. Le Bénin n’a pas le monopole de la dépravation des mœurs des hommes en soutane. Les pays d’Afrique centrale, australe et de l’Est, sont, également, atteints par le virus de prêtres voyous qui, parfois, sont pères de plusieurs enfants. Au Cameroun, par exemple, Monseigneur Milingo compte beaucoup d’adeptes dans l’église catholique.

Selon certaines rumeurs, il serait même question de l’officialisation d’une association de prêtres camerounais qui militeraient pour la fin du célibat des prêtres. On aura compris que la majorité des tenants d’une telle position au sein de l’église sont eux-mêmes directement concernés. Ils prêcheraient pour leur propre chapelle. Au Bénin comme ailleurs, en Afrique, « Le clergé est éclaboussé par des scandales : des relations extra conjugales fréquentes aux abus pédophiles avec des filles mineures, des collusions avec le pouvoir politique aux fortunes mal acquises. Un prêtre africain va, par exemple, laisser des francs-maçons se réunir dans sa paroisse ou pratiquer des exorcismes ou des sacrifices vaudous », relève-t-on avec indignation au Vatican. Qu’en est-il du vaudou dont le Bénin est la terre africaine par excellence ? La venue du pape n’a pas manqué de réveiller les souvenirs endoloris des adeptes du vaudou.

Président de la Fondation pour la recherche, l’échange et l’action pour le développement économique et social, sa majesté Dah Alligbonon souhaitait une clarification papale sur la relation entre les deux cultes : « Il faut qu’il vienne régler le différend qui oppose souvent les fidèles de l’église catholique et le monde du culte vaudou au Bénin », avait-il déclaré, avant l’arrivée du numéro un des catholiques.

Benoît XVI a répondu en plaidant pour un dialogue inter religieux sans « confusion » ni « syncrétisme » et de déclarer qu’« aucune religion, aucune culture ne peut justifier l’appel ou le recours à l’intolérance et à la violence ». Pour joindre la parole à l’acte, il s’est rendu, à Ouidah, à 40 kilomètres de Cotonou qui est en même temps le haut-lieu du vaudou et du catholicisme béninois, pour y signer le document issu du synode africain de 2009 prévoyant les grandes lignes de l’action de l’église catholique en Afrique. Sous le nom latin d’« Africae Munus » (l’engagement de l’Afrique), il s’agit de promouvoir une plus grande implication de l’église africaine dans les problèmes de la cité, alors que les défis ne manquent pas : développement inégal, corruption, affaiblissement des pouvoirs traditionnels, concurrence des églises pentecôtistes et rapports parfois difficiles avec l’islam. A noter que Ouidah est la ville où repose son feu ami, le cardinal Bernardin Gantin. Un exemple de tolérance religieuse et d’acceptation de l’autre que Benoît XVI n’a pas manqué d’exploiter dans ses discours.

 « La modernité ne doit pas faire peur, mais elle ne peut se construire sur l’oubli du passé. Elle doit être accompagnée avec prudence pour le bien de tous, en évitant les écueils qui existent sur le continent africain et ailleurs, par exemple, la soumission inconditionnelle aux lois du marché ou de la finance, le nationalisme ou le tribalisme exacerbé et stérile qui peuvent devenir meurtriers, la politisation extrême des tensions inter religieuses au détriment du bien commun, ou enfin, l’effritement des valeurs humaines, culturelles, éthiques et religieuses ».

Pour Benoît XVI, le passage à la modernité doit être guidé par des critères sûrs qui se basent sur des vertus reconnues, celles qu’énumère la devise nationale, mais également, celles qui s’ancrent dans la dignité de la personne, la grandeur de la famille et le respect de la vie. Toutes ces valeurs sont en vue du bien commun qui seul, doit primer, et qui seul, doit constituer la préoccupation majeure de tout responsable. « Dieu fait confiance à l’homme et il désire son bien. C’est à nous de lui répondre avec honnêteté et justice à la hauteur de sa confiance », note Benoît XVI.

L’Eglise, pour sa part, apporte sa contribution spécifique. Par sa présence, sa prière et ses différentes oeuvres de miséricorde, spécialement, dans le domaine éducatif et sanitaire, elle souhaite donner ce qu’elle a de meilleur. Elle veut se montrer proche de celui qui est dans le besoin, de celui qui cherche Dieu. Elle désire faire comprendre que Dieu n’est pas inexistant ou inutile comme on cherche à le faire croire, mais qu’il
est l’ami de l’homme. « C’est dans cet esprit d’amitié et de fraternité que le pape s’est rendu au Bénin ». Le pape ne pouvait pas visiter le Bénin sans lancer un appel aux peuples africains, et à leurs dirigeants, nommant en particulier la corruption qui afflige ce continent : « En ce moment, il y a trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort », a-t-il dénoncé et de s’étaler quelque temps sur ce sujet qui fâche : « Chaque peuple veut comprendre les choix politiques et économiques qui sont faits en son nom. il saisit la manipulation, et sa revanche est parfois violente », a mis en garde Benoît XVI, avant de conclure : « Je lance un appel à tous les responsables politiques et économiques des pays africains et du reste du monde. Ne privez pas vos peuples de l’espérance ! Ne les amputez pas de leur avenir en mutilant leur présent ».

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