POLITIQUE

BAYROU : SEUL CONTRE TOUS.

Mardi 11 décembre 2007 // La France

Ayant recueilli 96,8% des suffrages, François Bayrou a été élu sans surprise à la présidence du Mouvement .Démocrate, le nouveau parti politique dont le congrès fondateur s’est tenu à Villepinte dimanche 2 décembre.

Devenu le « troisième homme » de la vie politique française à l’occasion des élections présidentielles pour lesquelles il a rassemblé 18,57% des électeurs, soit presque trois fois plus qu’en 2002. François Bayrou dispose désormais d’une machine de guerre pour préparer les élections présidentielles de 2012 et de nombreux militants, 50 à 60.000 dès la création de ce nouveau parti qu’il présente lui-même comme « un commando de transformation de la société française ».

« Vous êtes la seule force de renouveau dans la vie politique française » a lancé Français Bayrou aux 5.000 militants réunis à Villepinte en les invitant à écrire la suite de « l’extraordinaire aventure des présidentielles, dont l’objet était de proposer aux Français une approche nouvelle du destin de leur pays ».

Si I’UDF que François Bayrou avait refondée an 1998 sous le nom de « Nouvelle UDF » était un parti de centre-droit, très régulièrement allié au RPR puis à lUMP à l’occasion des élections, le leader centriste s’est fortement démarqué de lUMP à l’occasion des élections présidentielles puisque, sans donner de consigne de vote pour le second tour, il avait indiqué qu’à titre personnel il n’allait pas voter pour Nicolas Sarkozy.

Depuis, fustigeant une société d’inégalités croissantes, et l’apologie de la « réussite matérielle », Il confirme son opposition à la politique du chef de l’Etat, ce qui pourrait lui permettre de capter les électeurs qui, opposés ou déçus par Nicolas Sarkozy, n’accordent pas leur confiance aux candidats du PS. Si les commentateurs politiques se plaisent à rappeler qu’il n’existe pas de centre dans la vie politique française et que toute création d’un parti centriste est vouée à l’échec, François Bayrou pourrait cependant profiter d’une certaine radicalisation de la droite et de la désorganisation de la gauche, qui semble éternellement an quête d’un. responsable et d’une ligne politique.

Mais si le dépuré des Pyrénée-Atlantique se targue du soutien des 7 millions d’électeurs de la présidentielle et des 50 000 militants qui ont répondu à son appel, il apparaît singulièrement seul au sein de la politique française. Lâché de longue date par d’anciens camarade de l’UDF comme Philippe Douste-Blazy ou Gille de Robien, qui ont préféré une alliance franche avec l’UMP, le nouveau président du MoDem a perdu la plupart de ses soutiens entre les deux tours des présidentielles, à l’instar d’Hervé Morin qui, en cessant d’être son fidèle lieutenant, a pris du galon au ministère de la Défense. Et à la veille du congrès fondateur du MoDem, François Bayrou a encore perdu le soutien du député d’Ile-et-Vilaine Thierry Benoit, un des quatre seuls députés du Mouvement Démocrate et du très médiatique Jean-Marie Cavada, qui a annoncé qu’il prendrait la tête de la liste UMP dans le Xll° arrondissement de Paris.

Même s’il moque la « servilité et les effluves de l’odeur des maroquins » qui seraient responsables selon lui de ces défections en masse, François Bayrou apparaît désormais bien seul. Sa garde rapprochée ne compte plus que 3 députés, 27 sénateurs et, en guise de tête d’affiche, la présidente du parti écologiste Cap21, Corinne Lepage, et le député européen (ex-Vert) Jean-Luc Benahmias. Le Béarnais semble malgré tout croire en son destin Trois mois après le congrès fondateur du MoDem, les élections municipales et cantonales qui obligeront dans de nombreux cas les centristes à consentir à des alliances à droite ou, peut-être le plus souvent, à gauche, sera un premier test pour juger de la capacité de François Bayrou et du MoDem à capitaliser des voix au-delà de l’aventure des présidentielles de 2007.

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