BARACK OBAMA

Un produit dopant pour l’homme noir.

Jeudi 4 décembre 2008 // Le Monde

Au moment où j’écris cet éditorial, c’est-à-dire, lundi 27 octobre matin, l’élection présidentielle américaine l’a pas encore eu lieu. C’est dans la nuit du 4 au 8 novembre que nous saurons qui sera le successeur de George W. Bush. Mais faisons comme si c’est Barack Obama que les Américains ont désigné pour s’occuper de leur pays pendant les 4 prochaines années. Quelle leçon cette élection constituerait-elle pour la terre entière ?

L’Afrique rêve-t-elle que Barack Obama, une fois devenu le chef de la Maison Blanche, vole à son secours ? certainement qu’il se compte un certain nombre d’Africains qui caressent une telle idée quand ce n’est pas l’espoir irrationnel qu’un président des Etats-Unis (juste parce qu’il est) noir sera bon pour l’Afrique. Pourtant son arrivée à la Maison Blanche ne constituera pas un élément fondamental de la diplomatie africaine de Washington : la percée de la Chine en Afrique a fait d’elle un continent à nouveau courtisé comme à l’époque de la guerre froide. Aujourd’hui, elle est regardée avec les yeux de chimène.D’autre part, le quart du pétrole consommé par Oncle Samviendra de cette partie du monde d’ici 3 à 4 ans. Ce regain d’intérêt explique le souhait des Américains, stoppé net par les Africains, d’implanter une base militaire sur le continent. Si l’Afrique ne revêtait aucune importance à ses yeux. Washington ne chercherait pas à la sécuriser même sous le prétexte de faire la guerre à AL Qaïda.

Continent d’avenir par excellence à tout point de vue. l’Afrique avait beaucoup intéressé la présidence de Bill Clinton. Il en est de même de celle de George Bush qui a pratiquement triplé le niveau de sa coopération avec elle. Cette constante qui se dessine depuis bientôt seize ans, a de fortes chances de se poursuivre sous l’administration de Barack Obama d’autant plus que ses principaux conseillers pour les affaires africaines viennent de l’équipe de Bill Clinton à savoir, Susan Rice et Anthony Lake qu’on connaît très bien sur le continent noir. Même si John Mc Cain sortait vainqueur de cette élection, sa politique africaine ne serait pas très différente de celle du candidat démocrate. Donc Barack Obama noir ou pas noir, ne change pas fondamentalement la donne. L’Afrique est devenue à nouveau séduisante, qu’on soit les Etats-Unis, l’Europe, la Chine, l’Inde, le Japon, la Russie ou le Brésil. Ses matières premières et sa forêt donnent des appétits à tous les industriels du monde entier.

Cela dit, c’est une habitude très africaine (que je condamne avec la dernière énergie) de penser que les solutions aux problèmes du continent viendront de l’extérieur. C’est désolant d’écouter ses dirigeants pleurnicher sur leur sort à propos des Occidentaux Mais ils ne nous donnent rien  », Ils ne nous aident pas assez. La crise financière qui sévit actuellement dans les pays occidentaux aura-t-elle aidé à changer ce langage des dirigeants africains ? Car nous avons vu des sommes astronomiques, faramineuses, époustouflantes, qui vont au-delà de l’entendement humain, être votées en un temps trois mouvements, à plusieurs reprises, par les Etat-Unis et les Européens, dans le (seul) but d’éviter l’effondrement de leur système financier. L’argent existe donc en quantité suffisante pour résoudre la faim et la pauvreté dans le monde. Pour aider à soigner, à éduquer et à nourrir ses enfants, l’Afrique n’a besoin que du dixième à peine de ce qui a été voté ces derniers jours. Et pourtant, les promesses à l’Afrique n’ont jamais (bis) été tenues. J’espère que les dirigeants africains pleurards (les peuples africains méritent vraiment mieux) ont la preuve par neuf que personne ne leur donnera les moyens pour leur permettre de rivaliser sur lemarché international avec les pays occidentaux.

Que l’on comprenne une fois pour toutes en Afrique que le développement ne se donne pas. Il s’arrache. Nous voyons la Chine se faire sermonner régulièrement par les Européens parce que sa façon de coopérer avec les Africains permet à ces derniers d’ouvrir les yeux par rapport aux manquements des Européens. Au lieu donc de se chercher un éternel sauveur en la personne de Barack Obama comme hier, Kofi Annan fut considéré à tort comme un autre messie pour Afrique quand il accéda au secrétariat général des Nations-Unies, les Africains feraient mieuxde compter sur leurs propres forces. Tant qu’ils continueront desubir et de se laisser faire, ils resteront des éternels objets du droit international. Si, enfin, ils prennent en main leur destin, sans se laisser distraire, ils deviendront, comme les pays émergents tant admirés aujourd’hui, des sujets du droit international.

Le seul avantage que l’arrivée de Barack Obama pourrait apporter aux Africains, c’est au niveau du mental, de la prise de conscience de leur véritable valeur intrinsèque, qui ne se manifeste pas seulement en sport et en musique, domaines où on les a confinés de force.

Avec Barack Obama à la Maison Blanche, tout homme noir qu’il soit Africain ou descendant d’Africain, aura la preuve que tout est désormais possible sur cette terre, même étant Noir, Maintenant que l’homme le plus puissant et le plus craint de la terre est un Noir, qui pourrait encore parler (même de façon sournoise) de « race inférieure » ? Avec Barack Obama à la tête de la première puissance mondiale, « les Etats-Unis d’Amérique », c’est l’image que des Africains, en Afrique ou en Europe, ont d’eux-mêmes qui pourra changer et son élection devrait donner des idées aux Africains d’origine dans d’autres pays à commencer par la France, l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal, quatre pays au passé colonial que leurs dirigeants peinent à assumer.

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