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Avec l’assassinat de Benazir Bhutto, Ben Laden veut plonger le « Pays des Purs » dans le chaos.

Vendredi 28 mars 2008 // Le Monde

S’il leur était possible d’oublier le lourd tribut de vies innocentes versé au terrorisme islamiste et de se cantonner à de froides considérations politiques, les adversaires de l’islam devraient élever une statue à Oussama Ben Laden ! Nul plus que le fondateur d’Al-qaida n’aura contribué à répandre les ferments de division et de guerre civile en son sein, à jeter les uns contre les autres, en d’effroyables bains de sang, les enseignements de Mahomet. A la vérité, en peu d’années, Ben Laden aura fait plus pour l’abaissement et l’éclatement du monde musulman que plusieurs croisades.

Cette inquiétante ISI.

De ce bilan paradoxal, les derniers événements survenus au Pakistan apportent une nouvelle et éloquente illustration. Avec l’assassinat de Benazir Bhutto, voilà le « Pays des Purs », né en 1947 de la scission de l’Empire des Indes et devenu le plus puissant des États islamiques, le plus peuplé après l’Indonésie, le seul à posséder la foudre nucléaire, jeté dans un chaos qui risque de se révéler irrémédiable. Déjà, en 1971, les Bengalis de la partie orientale du Pakistan s’en étaient détachés pour fonderie Bangladesh. Le spectre qui se profile aujourd’hui n’est rien moins que celui d’une nouvelle partition de nature ethnique et religieuse opposant, au sein d’une population à 98% musulmane, sectateurs du sunnisme et du chiisme, habitants du riche Pendjab et ceux du Sind misérable ou des turbulentes régions de la frontière afghane.

Par la grâce d’Oussama Ben Laden et de ses sicaires, l’islam qui constituait le seul facteur d’unité de populations disparates, s’est transformé en une force de divisions et de désordre.

Dans pareil contexte, il importe peu de savoir si Al-qaida est directement responsable de l’attentat contre Benazir Bhutto. Il ne fait aucun doute que l’organisation de Ben Laden a été l’inspiratrice de cette mise à mort si elle ne l’a pas elle-même mise en oeuvre. Â cet égard, il est révélateur que les assassins de la charismatique présidente du Parti populaire pakistanais « P.P.P » aient décidé de passer à l’action a Rawalpindi. Choix hautement symbolique et susceptible de jeter la suspicion sur l’Armée. La ville abrite en effet le siège de l’ISI (Inter services intelligence), le redoutable service de renseignements pakistanais, dont l’ancien chef, le Lieutenant Général Mahmoud Ahmed, fut un intime des dirigeants talibans afghans. Certains analystes vont jusqu’à prétendre que c’est l’ISI elle-même qui forgea naguère l’idéologie d’Al-qaida. L’objectif des responsables de cette époque n’était pas seulement de nature religieuse. En plaçant l’Afghanistan sous tutelle par l’intermédiaire des chefs talibans, leur ambition était aussi de doter le Pakistan de la profondeur stratégique qui lui fait défaut face à l’ennemi indien.

Un scénario réglé à Washington.

Certes, dès le coup d’État qui le porta au pouvoir en 1999, le général Pervez Musharraf a commencé à remplacer une grande partie des cadres supérieurs de l’ISI et s’est livré à une épuration des éléments les plus liés à la mouvance salafiste. Mais, de nombreux cercles ont survécu dans l’ombre, offrant aux talibans réfugiés dans les zones tribales de l’ouest du Pakistan et aux partisans de Ben Laden les réseaux de renseignements et de soutien sans lesquels ceux-ci n’auraient pu espérer survivre. C’est dans l’une de ces nombreuses cellules Islamistes, dissimulées au sein même de l’ISI, qu’a sans doute été conçu puis préparé l’assassinat de Benazir Bhutto dès l’annonce de son retour au pays.

Dans les milieux avertis, nul n’ignorait l’enjeu secret de cette rentrée en fanfare. En vertu d’un scénario minutieusement réglé à Washington, il s’agissait de tenter de rendre un début de stabilité au pays par un partage du pouvoir entre le très contesté président Musharraf et celle qui continuait d’apparaître comme le chef véritable de l’opposition « démocratique » depuis son exil londonien. Les accusations de corruption qui l’avait incitée à se réfugier prudemment en Grande-Bretagne en 1999 n’avaient en effet guère entamé le prestige de Benazir auprès de ses fidèles. Pas plus que, sous le régime militaire du général Zia-ul-Haq en 1979, l’exécution par pendaison de son père, Zulfikar Ah Bhutto, après un retentissant procès pour fraude électorale et meurtre de l’un de ses rivaux, n’avait réussi porter atteinte à sa mémoire.

L’étonnante saga des Bhutto.

De manière curieuse, tout le crédit de la dynastie Bhutto repose, depuis l’origine, sur son statut doublement minoritaire. Issus d’une grande famille chiite dans un pays majoritairement sunnite, originaires de la province misérable du Sind jalouse de la domination qu’exercent les enfants du prospère Pendjab dans l’armée et le commerce, les Bhutto ont très tôt cultivé l’art de se poser en fédérateurs de tous ceux qui avaient à se plaindre de l’ordre établi. C’est ainsi que les chiites et les Sindis ne suffisant pas à leur donner une majorité, les Bhutto parvinrent à se rallier aussi les milieux intellectuels, la bourgeoisie pacifiste et les paysans les plus pauvres autour d’un programme en trois points laïcité et pluralisme politique et religieux, nécessité de réformes sociales, volonté d’apaisement et de coopération avec l’Inde. Une fois encore, la magie de tels arguments commençait à opérer. Tout permettait de prévoir un large succès électoral permettant à Benazir Bhutto de reconquérir le poste de chef du gouvernement qu’elle avait déjà occupé à deux reprises (sans résultats probants) dans le passé.

Pour Al-qaida et la faction salafiste des services de renseignements, le danger eût été d’autant plus grand que Benazir l’avait affirmé à plusieurs reprises devant ses auditoires : elle n’hésiterait pas à permettre aux troupes américaines présentes en Afghanistan d’exercer un « droit de suite » contre les talibans et les partisans de Ben Laden jusque dans les zones tribales du Pakistan. Une décision que, de l’avis général, elle était la seule à pouvoir faire accepter par son peuple. En frappant mortellement la présidente du P.P.P, ses assassins poursuivaient donc trois objectifs qu’ils peuvent se flatter d’avoir atteints : voilà écartée la menace d’une intervention directe des Américains dans les zones tribales pakistanaises ; voilà Pervez Musharraf affaibli un peu plus encore, la colère des fidèles de Benazir Bhutto se tournant d’abord contre lui ; voilà surtout le pays placé à nouveau devant une dramatique impasse politique et une flambée de violences dont les islamistes espèrent tirer profit.

Ben Laden contre son camp.

Une fois de plus, cependant, les calculs de Ben Laden et de ses alliés pourraient bien se révéler erronés, même profondément ébranlée par ses querelles intestines, la société pakistanaise ne paraît nullement prête à basculer dans l’extrémisme islamiste. L’armée ne le permettrait d’ailleurs pas. Elle reste la colonne vertébrale du « Pays des Purs » qu’elle n’a cessé de diriger, de fait, depuis l’indépendance. Elle a beaucoup appris depuis le retrait des Soviétiques d’Afghanistan et la défaite des talibans face aux Américains. Elle a bien compris que l’aide militaire américaine lui était vitale face une armée indienne en pleine modernisation. Dans ces conditions, elle continuera à soutenir le président Musharraf à bout de bras malgré son impopularité. Si le prix à payer pour son maintien au pouvoir devient insupportable, elle le remplacera sans état d’âme. Les généraux ne manquent pas. Ils sont ce que ce pays produit le plus abondamment.

En attendant, avec le Pakistan, c est la principale puissance sunnite du monde musulman, traditionnellement tournée vers l’Arabie séoudite, qui se trouve affaiblie. Voilà qui fait merveilleusement l’affaire de cet Iran chiite en pleine expansion idéologique alors que Ben Laden ne cesse pourtant de vouer ses dirigeants aux gémonies. Autre paradoxe de ce fait, c’est la presque totalité des pays arabes qui se pressent peureusement aujourd’hui autour du protecteur américain, comme vient de le prouver le premier voyage officiel de George Bush au Moyen-Orient. Le plus étonnant après cela, c’est que certains analystes puissent encore considérer le fondateur d’Al-qaida. redoutable crétin politique, comme une sorte de Machiavel de l’islam...

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