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Aux Etats-Unis d’Amérique les musulmans ne sont plus en odeur de sainteté.

Samedi 18 septembre 2010 // Le Monde

Pour savoir ce que ressent aujourd’hui un musulman aux Etats-Unis, mettez-vous un instant dans la peau du D’Mansour Mirza, 38 ans, d’origine pakistanaise, qui vit à Sheboygan County, dans le Wisconsin. En cet après-midi de février, vous assistez à une réunion de la commission d’urbanisme de Wilson 3 200 habitants), qui doit étudier votre demande de construction d’une mosquée dans le village voisin d’Ootsburg. Vous ne vous attendez pas à un refus, car vous êtes propriétaire du terrain et on ne peut pas dire que vous soyez un nouveau venu dans le coin, puisque vous travaillez depuis cinq ans à l’hôpital Manitowoc, voisin.

Pourtant, lorsque le débat commence, vous entendez des choses que ces gens ne vous diraient jamais dans l’intimité de votre cabinet. L’un après l’autre, les participants réagissent avec mépris et hostilité à votre demande, et la plupart des objections n’ont rien à voir avec les règles d’urbanisme. Elles concernent votre foi. L’islam est une religion de la haine, affirme-t-on. Les musulmans veulent éliminer le christianisme. Les musulmans assassinent leurs propres enfants. « Je ne veux pas de ça chez moi lance un des présents.

En y repensant, plus tard, Mansour Mirza se souvient qu’un ou deux des participants ont tenté de ramener la discussion sur un terrain plus calme. Je pense que nous ne devrions pas faire des généralisations hâtives, a déclaré l’un d’eux après le compte rendu du débat. Mais ces interventions ont à peine freiné le flot des paroles hostiles. Mansour Mirza a réussi à garder son calme lorsqu’un des membres de la commission a voulu savoir si des armes seraient entreposées dans la mosquée et si l’on y délivrerait un entraînement militaire, mais il est ressorti effaré de la séance. Je n’aurais jamais cru que les mêmes personnes qui viennent me consulter à l’hôpital et me traitent avec respect me parleraient un jour de cette façon. Parmi les quelque cent musulmans que compte Sheboygan County, certains estiment qu’il a fait preuve de naïveté. La plupart d’entre eux sont des Bosniaques et des Albanais venus aux Etats-Unis pour échapper aux persécutions serbes après l’éclatement de la Yougoslavie.

Marqués par leur expérience dans leur pays d’origine, certains ont préféré taire leur appartenance religieuse. Ils craignent que le projet de construction d’une mosquée n’attire l’attention sur leur communauté. Ils n’ont pas tout à fait tort. Après la réunion, plusieurs pasteurs d’Oostburg ont lancé une campagne contre le projet. L’objectif politique de l’islam est de dominer le monde, les autres religions par des moyens militaires ; estime le révérend Wayne DeVrou, pasteur de la First Reformed Church d’Oostburg.

La bataille qui se livre à Wilson n’a rencontré que peu d’échos dans le pays jusqu’à ce qu’éclate la controverse à propos du projet de construction à New York d’un centre culturel islamique et d’une mosquée à deux blocs de Ground Zero, le site des attentats du 11 septembre 2001. Ce projet, nommé Park5i, a été imaginé par l’imam Feisal Rauf et sa femme, Daisy Khan, des musulmans américains connus pour prêcher le dialogue interconfessionnel. Leur projet a été approuvé par les autorités municipales et bénéficie du soutien du maire, Michael Bloomberg, mais il a déclenché une levée de boucliers d’un bout à l’autre du pays. Certains de ses adversaires s’inquiètent en toute bonne foi de ce que la présence d’un tel lieu à proximité de Ground Zero puisse offenser les familles des presque 3 000 personnes tuées dans les attentats contre le World Trade Center. Il n’est pas nécessaire d’entretenir des préjugés envers l’islam pour penser, comme beaucoup d’Américains, que les environs de Ground Zero constituent un territoire sacré. Malheureusement, à l’approche des législatives de mi-mandat, qui se tiendront en novembre, la diffusion de tels sentiments n’a fait qu’enflammer le débat. Et, comme dans le Wisconsin, certains des adversaires de Parkkt sont motivés par une inquiétante islamophobie.

L’Amérique, n’a pas interdit la burqa Le site prévu pour la construction de ParkSi n’est pas seulement tout proche de Ground Zero, il est également à un jet de pierre de clubs de striptease, de boutiques où l’on vend de l’alcool et d’autres établissements typiques de la pointe sud de Manhattan. Les musulmans du quartier viennent prier dans le bâtiment depuis près d’un an. Mais, depuis le début du mois d’août, le site est le théâtre de fréquentes manifestations dans lesquelles les participants brandissent des pancartes où l’on peut lire des choses comme : « Tout ce que je sais de l’islam, je l’ai appris le 11 septembre » : La controverse ayant attiré les regards sur d’autres exemples de manifestations antimusulmanes à travers le pays, il convient de se poser une question plus générale : les Etats-Unis ont-ils un problème avec l’islam ? Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 et les autres tentatives déjouées depuis -empêchent-elles les musulmans de s’intégrer en Amérique ? Beaucoup de musulmans américains en sont convaincus. La controverse autour de Parksi, observe Ebrahim Moosa, maître de conférences en étude islamiques à l’université Duke, en Caroline du Nord, souligne « le manque de tolérance » à l’en droit des musulmans, qui, s’il existe depuis 11 septembre 2001, s’est accentué au cours de dernières années.

II y a lieu de croire que les sentiments qui s’expriment tant à Manhattan qu’à Sheboyga County ne sont pas isolés. Un récent sonda effectué par Time-Abt SRBI montre que 46 % des Américains pensent que l’islam encourage davantage ses fidèles à la violence contre les non-croyants que les autres religions. L’islamophobie aux Etats-Unis est loin d’atteindre les niveaux constatés dans d’autres pays où les musulmans sont en minorité. Il n’existe pas d’équivalent américain de l’interdiction de la burqa en France ou de la récente loi interdisant la construction de minarets en Suisse. Les sondages montrent que la plupart des musulmans se sentent plus libres et plus en sécurité aux Etats-Unis que dans n’importe quel autre pays occidental. Deux musulmans américains siègent au Congrès et, cette année, Rima Fakih a été la première musulmane élue Miss USA. Dans quelques semaines, le premier établissement d’enseignement supérieur musulman ouvrira officiellement ses portes à Berkeley, en Californie, avec pour devise « Où l’islam rencontre l’Amérique ».

Les blagueurs se déchaînent.

Mais, si des Américains ordinaires rencontrent en effet l’islam, il est évident que, chez beaucoup d’autres, la suspicion et l’hostilité grandissent. En France et en Grande-Bretagne, des politiciens d’extrême droite profèrent des choses consternantes sur les musulmans, mais on n’a jamais vu en Europe une figure aussi importante qu’un ancien président de la Chambre des représentants comparer l’islam au nazisme, comme l’a fait récemment Newt Gingrich. L’argument central qui se dégage des protestations contre les projets de mosquées, est que les musulmans ne sont ne peuvent être de vrais Américains note Eboo Patel, musulman américain, membre du Comité de conseil interreligieux de la Maison-Blanche. Il est logique que les controverses les plus vives éclatent autour de la question des mosquées. Du fait que la population musulmane américaine est beaucoup plus disséminée que dans les pays européens (à l’exception de certaines villes comme Dearborn, dans le Michigan, qui accueillent de fortes concentrations de musulmans), les lieux de culte représentent souvent les cibles les plus tangibles pour exprimer sa haine. Et il y en a soudain beaucoup plus qu’auparavant. D’après Ihsan Bagby, professeur d’études islamiques à l’université du Kentucky, il existe aujourd’hui 1 900 mosquées aux Etats-Unis, alors qu’on en comptait environ 1 200 en 2001. Beaucoup d’entre elles ne sont guère que des salles de prière improvisées dans des boutiques ou des bureaux. Quand une association musulmane annonce qu’elle veut construire une vraie mosquée, elle s’expose au grand jour et devient plus vulnérable.

En 2001, au moins six projets de mosquée américaines ont rencontré une farouche opposition. La fureur antimusulmane est loin de se limiter aux protestations contre les projets de mosquée. A Gainesville, en Floride, un pasteur a annoncé son intention de brûler des exemplaires du Coran à l’occasion de l’anniversaire des attentats du ii septembre zooi, ajoutant que Jésus lui-même brûlerait le Coran, car ce n’est pas un livre saint : C’est sur Internet que les attaques sont les plus violentes. Des blogueurs comme Pamela Geller, une New-Yorkaise qui dirige le site Atlas Shrugs, ont joué un rôle essentiel pour faire de Park5l une affaire nationale, contre l’avis de certains commentateurs conservateurs qui avaient approuvé le projet. En décembre dernier, Laura Ingraham, qui remplaçait Bill O’Reilly sur la chaîne d’information continue conservatrice Fox News, a terminé son interview de Daisy Khan en lui confiant : « J’aime ce que vous essayez de faire. » Cela n’a pas empêché Pamela Geller d’orchestrer une vaste campagne contre le projet de centre communautaire. D’autres blogueurs ont renchéri sur le même thème et la campagne s’est propagée comme une traînée de poudre. Les arguments avancés, par les détracteurs de l’islam sont désormais bien connus du fait que la plupart des attentats terroristes sont perpétrés par des musulmans au nom de leur foi, on conclut que l’islam est une religion violente. Des passages du Coran sortis de leur contexte sont brandis comme la preuve que l’islam demande à ses fidèles de tuer ou de convertir tous les non-musulmans. Les articles de la charia exigeant la lapidation des coupables d’adultère et préconisant d’autres types de châtiments cruels servent à démontrer que les musulmans sont des sauvages et des arriérés. L’islam est donc un culte de la mort, et non une véritable religion.

Par conséquent, les libertés constitutionnelles ne s’appliquent pas à son égard. L’intolérance religieuse ne se limite naturellement pas à l’islam : Les juifs, les mormons et d’autres sont aujourd’hui encore la cible de discours de haine. Mais le fiel le plus virulent est réservé aux musulmans. Franklin Graham, fils de Billy Graham, le pasteur évangélique le plus influent des Etats-Unis, a déclaré que `l’islam est une religion de la haine ; c’est une religion de la guerre’ On ne devrait pas laisser construire ParkSi, affirme-t-il, parce que les fidèles musulmans s’y rendront, et ils revendiqueront comme territoire islamique tout le secteur qu’ils traverseront à pied. Ils finiront par déclarer territoire islamique tout le quartier du World Trade Center.

Il faut toutefois souligner que, là où l’opposition à un projet prend des accents manifestement anti-islamiques, elle est régulièrement dénoncée par de nombreuses associations chrétiennes, juives et laïques. Les musulmans ne sont certainement pas privés d’amis, mais, depuis quelques semaines, ils se sentent abandonnés par ceux dont ils attendaient le soutien le plus ferme. Ils trouvent que les responsables démocrates, par exemple, ont été étonnamment silencieux durant la controverse au sujet de Park5i. Même André Carson, congressiste démocrate de l’Indiana et l’un des deux musulmans de la Chambre des représentants, a esquivé les questions portant sur l’emplacement exact du projet, expliquant que « c’est certainement une question dont mes amis à New York devront débattre ». Les espoirs des musulmans ont été encouragés, puis balayés parle président Obama. Le 13 août, à l’occasion d’un dîner à la Maison-Blanche, en présence de responsables musulmans, le président a défendu avec éloquence le droit de la communauté à pratiquer sa religion et donc à construire des mosquées là où la législation l’autorise ; mais, le lendemain même, il a apporté un bémol à sa déclaration de la veille, soulignant qu’il ne s’agissait pas d’un commentaire sur « la sagesse de la décision d’implanter la mosquée à cet endroit ».

Même dans une petite ville aussi distante de New York et relativement sûre que Dearborn, dans le Michigan, la polémique entourant Nunberg explique qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale des termes auparavant abscons comme "hara-kiri" ou "kamikaze", qui évoquaient la « férocité guerrière » des Japonais, sont entrés dans le vocabulaire courant. Les Américains avaient l’impression d’être confrontés à une culture à la fois hostile et étrange. À l’époque, les Japonais étaient littéralement diabolisés conclut-il.

Les musulmans comparaient aux nazis.

Newt Gingrich a déjà profité du débat sur la mosquée pour faire allusion aux ennemis historiques de l’Amérique, comparant indirectement les musulmans aux nazis, aux communistes et même aux Japonais. « Nous n’accepterions jamais que les Japonais construisent un site à proximité de Pearl Harbor » a-t-il ainsi déclaré sur Fox. Cela est faux. On trouve des dizaines de temples japonais dans les environs de Pearl Harbor, et ce depuis des décennies. L’un d’eux, la mission bouddhiste Hongwanji d’Aiea, se trouve à moins de 800 mètres du lieu de l’attaque. On est vraiment très proches de Pearl Harbor, on peut même le voir du toit, affirme Wade Yamamoto, le trésorier du temple. Ce lieu permet aux gens de pratiquer la religion de leurs ancêtres, ajoute-t-il. Newt Gingrich, qui est par ailleurs historien, pourrait en prendre de la graine. Après l’attaque du 7 décembre 1941, plus de 100 000 personnes d’origine japonaise (dont les deux tiers étaient des citoyens américains) furent internées dans des camps. Cet épisode honteux de l’histoire américaine fut ensuite présenté comme la conséquence des préjugés, de l’hystérie provoquée par la guerre et des erreurs du gouvernement. Fin août, un chauffeur de taxi New Yorkais avait été poignardé parce qu’il avait répondu par l’affirmative à la question « Etes-vous musulman ? » Cela ne fait aucun doute, nos ennemis sont dangereux. Mais encore faut-il être clair sur qui ils sont vraiment.

Lisa Miller et Johannah Cornblatt

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