Au Rwanda, le « drapeau » de la langue française et de la francophonie est en berne...

Mercredi 6 janvier 2010 // L’Histoire

Colonie allemande de 1885 à 1916, puis belge jusqu’à son indépendance en 1962, le Rwanda a annoncé le succès de sa candidature au Commonwealth...

Ainsi, sans jamais avoir été « colonie » britannique au cours de son histoire, le Rwanda rejoint les 53 pays dont l’anglais est la langue commune...

Il convient de rappeler qu’en 2007 le Rwanda avait adhéré à l’ « East African Community », « bloc » économique qui comprenait le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie.

Le Burundi avait fait de même la même année...

“Mon gouvernement voit cette accession comme une reconnaissance des progrès remarquables accomplis par notre pays au cours des quinze dernières années”, dixit Louise Mushikiwabo. Porte-parole du gouvernement et ministre de l’Information.

Et de rajouter : "Les Rwandais sont prêts à mettre à profit les perspectives économiques, politiques, culturelles et autres offertes par le réseau du Commonwealth".

Cette accession au Commonwealth, qui a été demandée en 2008, fait suite à une volonté politique déclarée du président Paul Kagame, de se détacher du monde francophone pour rejoindre la mouvance anglophone.

Au Rwanda, l’anglais a déjà rejoint le kinyarwanda et le français comme langue officielle, et l’an dernier il a même supplanté le français comme langue d’enseignement public.

Ce rapprochement accéléré avec le monde anglophone n’est pas le fruit du hasard...

Le Rwanda avait suspendu ses relations diplomatiques avec la France dès 2006, après l’émission par un juge français, Jean-Louis Bruguière, de mandats d’arrêt contre des proches du président Kagame, soupçonnés d’être impliqués dans l’assassinat de l’ex président rwandais Juvénal Habyarimana, dont la mort le 6 avril 1994 est considérée comme l’élément déclencheur du génocide au Rwanda.

Le Rwanda fera-t-il tache d’huile ?


Fossoyeur du français
07-12-2009
Pouponnière du français dans le monde, l’Afrique va-t-elle devenir le cimetière de la langue de Molière ?

L’entrée la semaine dernière du Rwanda dans le Commonwealth, après sa décision de faire de l’anglais la langue d’enseignement du primaire à l’université, est en tout cas une véritable douche froide pour la francophonie. S’il y a 200 millions de francophones dans le monde c’est surtout grâce au continent le plus pauvre de la planète avec un taux de natalité toujours en hausse. La décision rwandaise risque de faire des petits un peu partout en Afrique francophone où se joue véritablement l’avenir du français.

Des pays comme la République démocratique du Congo (70 millions d’habitants), la Côte d’Ivoire, le Niger, le Bénin, le Burkina Faso et la Guinée notamment ont des frontières avec des membres du Commonwealth. Et quelle est la langue la plus parlée sur les cinq continents ?

D’autant que la France n’est pas particulièrement amoureuse de sa langue, qu’elle maintient des relations toujours paternalistes et troubles avec ses anciennes colonies africaines, un demi-siècle après leur indépendance, et qu’elle refuse de plus en plus des visas aux étudiants africains qui se tournent alors vers les pays anglo-saxons.

Officiellement, le Rwanda, ancienne colonie belge, a opté pour la langue de Shakespeare pour des raisons pratiques à l’heure de la mondialisation de l’anglais. La rupture avec le français est également politique. Son président Paul Kagamé, un anglophone convaincu, reproche à Paris sa complicité dans le génocide de 1994 avec ses 800 000 morts. Un grand massacre « made in France ».

Résultat : le centre culturel français à Kigali est aujourd’hui « mangé par les rats », pour reprendre les mots de Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères. L’entrée du Rwanda dans le Commonwealth, fermement soutenue par Ottawa, risque d’être suivie par celle de l’Algérie (deuxième pays francophone au monde) et de Madagascar. On le voit, le « tout anglais planétaire » séduit de plus en plus les anciennes colonies de l’Hexagone.

Avec ses 8,5 millions d’habitants, le pays des mille collines, victime du pire génocide depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a choisi d’être le fossoyeur d’une « langue de chez nous » tant chantée par Yves Duteil.

Source : http://www.lanouvelletribune.info/200912074840/opinion/fossoyeur-du-francais.html

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