Allemagne : Crise d’Identité.

Samedi 24 juillet 2010 // L’Europe

La démission subite de Horst Kôhier le 31 mai avait surpris. Ce n’était pas n’importe qui. On a mis en avant des propos sur la guerre en Afghanistan. On a oublié qu’il avait été à la tête du %. La crise financière et les orientations économiques d’Angela Merkel, ne sont peut-être pas étrangères à son départ. Mais le pire était à venir : la Chancelière pensait faire vite en désignant comme candidat à la présidence le jeune et ambitieux ministre- président de Basse-Saxe (Hanovre), Christian Wulff. Elle se débarrassait ainsi d’un rival potentiel au sein de son parti, la Cou, et s’assurait de la cohésion de son actuelle majorité, alliance des chrétiens-démocrates et des libéraux.

Or les Allemands attendaient autre chose pour cette fonction essentiellement symbolique. L’opposition l’a compris qui a présenté un candidat neutre, au-dessus des partis, Joachim Gauck, un pasteur protestant de 70 ans, ancien champion de la dissidence anticommuniste et responsable, après la chute du mur, des archives de l’ancienne police secrète, la Stasi.

Mais Angela Merkel savait que jamais la gauche de la gauche, Die Linke, en partie composée d’anciens membres du parti communiste de RDA, ne voterait pour le pasteur Gauck. C’est-à-dire qu’elle a préféré « compter sur la Stasi » pour faire passer son candidat, ce qui nous ramène à des calculs d’une époque que l’on croyait révolue, entre droite et extrême-gauche.

Die Linke, au troisième tour, s’est finalement abstenue, faisant passer le candidat Cou, alors qu’au total les deux coalitions, majorité et opposition, faisaient pratiquement jeu égal. L’Honneur Perdu de Die Linke renvoie à l’honneur perdu des députés de la Cou et du FDP qui auraient très bien pu faire l’union sacrée avec les Sociaux-démocrates et les Verts autour d’un homme plébiscité par 70% des Allemands et respecté de tous. Faut-il que les calculs politiciens soient à ce point impérieux pour que la dimension éthique du vote ait été ainsi méconnue ?

Angela Merkel était, dans son précédent gouvernement, alliée aux Sociaux-démocrates. Elle est aujourd’hui en coalition avec les libéraux, ne regroupant à eux deux que le tiers des intentions de vote. Demain, elle serait prête à d’autres alliances s’il le fallait. C’est une tacticienne ouverte à tous les compromis et qui semble avoir fait disparaître tout rival autour d’elle, à commencer dans son, propre parti. Même si la fonction de président fédéral est purement honorifique, elle n’aurait pas supporté la concurrence d’une sorte de statue du Commandeur dans son dos.

Des calculs à si petite vue ne sauraient remettre d’aplomb les institutions de l’union européenne ; l’euro et la politique étrangère commune. L’Allemagne, et, partant, l’UE, vivent dans une ambiance de fin de IVe République française, pour ne pas parler de République de Weimar. Il ne faut, certes, rien n’exagérer. Le monde a changé depuis, et les Européens avec lui. Mais sait-on jamais. C’est un avertissement pour les politiciens de tous bords, partout sur le vieux continent.

Angela Merkel a beau jeu de brandir la menace populiste au cas où elle céderait aux sirènes de l’inflation et du déficit. C’est en effet une des raisons de la crise des années trente en Allemagne. Mais on peut prouver aussi les effets de la déflation brutale.

Indépendamment des considérations financières, c’est d’abord le courage et la morale des politiques de l’époque qui avaient failli. Ceux d’aujourd’hui sont à cet égard inquiétants. Et il ne suffira pas aux Allemands de se consoler avec les bons résultats de leur équipe de football...

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