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Algérie Française. Algérie Indépendante !

Vendredi 23 mai 2008 // L’Histoire

Après tout, la meilleure façon de parler de ce qu’on aime est d’en parler légèrement. En ce qui concerne l’Algérie nous avons peur d’appuyer sur cette corde intérieure qui lui correspond et dont nous connaissons le chant aveugle et grave. Nous devons constater l’horreur qui fut réservé par son peuple qui souhaitait être intégré à la Mère Patrie. Il fut lâchement abandonné, massacré, et cela aux mépris des plus élémentaires respects des droits de l’homme à vivre libre et dans la dignité. Les massacres de 1945, puis les millions de mort dus à une guerre fratricide ne sont pas à l’honneur de la République. Les responsables politiques du monde ne supportent plus les leçons de Démocratie que Marianne n’a de cesse de donner.

Si mon Pays, cette France que j’aime, veut être crédible envers les peuples qui ont souffert sous sa domination, elle devrait offrir au monde une image nouvelle. Un mémorial consacré aux peuples colonisés, au peuple noir qui fut victime de l’esclavage, et bien entendu, maintenir notre souvenance sur le drame du peuple Juif.

Devoir de Mémoire envers l’Algérie.

En 1962, les fées ont été particulièrement nombreuses à se presser autour de l’Algérie.

Introduction.

Algérie terre de souffrance, terre d’espoir, terre de malheur. L’Algérie a surtout vécu le mépris des dirigeants de la République. Pour elle, pour les Mariannes les Français Musulmans, étaient traités comme des « sous citoyens, des moins que rien ». Si la République avait respecté les Français Musulmans en leur accordant les mêmes droits que les Français de Métropole, on peut supposer qu’aujourd’hui on ne parlerait pas d’une guerre qui n’aurait pas eu lieu, et qu’Algériens et Français seraient Frères tout en ayant chacun leur propre indépendance. Un homme a trahis les Militaires Français, les Harki et les Français de D’Algérie ; Cet homme c’est celui qui le 18 Juin 1940 donna à la Patrie l’espoir qu’elle avait perdu.

Ceux qui ont cru aux ordres donnés par le Général de Gaulle concernant « l’Algérie Française », ne lui pardonneront jamais sa trahison. Des jeunes soldats du contingent sont morts croyant servir l’intégrité de notre Patrie.

La période française.

L’intervention française fut la suite inattendue d’une affaire commerciale et financière à laquelle se trouvait mêlé le dey Hussein. Celui-ci, mécontent du retard apporté par la France au remboursement de créances auxquelles il était intéressé, s’en prit au consul français qu’il frappa. Le gouvernement de Charles X, n’ayant pas obtenu d’excuses, riposta par le blocus d’Alger qui devait durer trois ans. À la suite de la canonnade d’un vaisseau parlementaire, une expédition militaire contre Alger fut décidée.

1800-1850. Indépendances américaines. Indépendance de l’Amérique ibérique. Puissance de l’Angleterre. Écrasement des révolutions européennes.
 
Commentaires :

Le XIX° siècle procède dans une large mesure de la Révolution française et de la diffusion de ses idéaux. C’est d’abord en Amérique latine que cette influence est sensible

L’occupation restreinte

La prise d’Alger (5 juill. 1830) détermina la chute de la domination turque et une longue période d’anarchie. En Oranie, les tribus se ruèrent contre les garnisons de janissaires ou les groupes makhzen. Dans le Titteri, les çoff entrèrent en lutte, tandis qu’à Constantine le bey Ahmed réussissait à se maintenir grâce à ses alliances avec les grands seigneurs locaux, les djouad. Les Français, incertains de ce qu’ils devaient faire d’Alger, ne se décidèrent qu’en 1834 à garder les possessions déjà acquises, par égard au souhait des militaires et à l’« honneur national ». Toutefois la monarchie de Juillet n’avait pas de vues conquérantes ; elle ne songeait qu’à une « occupation restreinte » du littoral, l’intérieur du pays devant être abandonné à des chefs indigènes qu’on espérait opposer entre eux. Cette politique pacifique s’accordait mal avec les réalités locales. En Oranie, un jeune marabout de naissance chérifienne, Abd el-Kader, s’était fait reconnaître à vingt-quatre ans comme sultan des Arabes par quelques tribus de la région de Mascara et s’installa dans l’ancien palais des bey. Le général français Desmichels, qui espérait s’en faire un allié, signa avec lui un traité par lequel il le reconnaissait comme souverain « émir des croyants » et lui assurait une aide militaire. Grâce à celle-ci, Abd el-Kader remporta sur les tribus du makhzen turc une victoire au Meharaz : elle marque pour les musulmans le début d’une nouvelle ère, celle des Chorfa arabes. Les Français ne prirent conscience de la montée de l’émir qu’un an plus tard, lorsque celui-ci eut installé des bey, occupé le Titteri, et surtout infligé au général Trézel le sérieux échec de la Macta.

Le chef nationaliste algérien Abd el-Kader (1808-1883), proclamé « sultan des Arabes » par les tribus de l’Oranie en 1832, mena pendant quinze ans la guerre sainte contre les Français.

Malgré un renversement provisoire de politique et l’adoption du « système guerroyant » du général Clauzel, les résultats militaires et politiques furent décourageants. Les interventions françaises, suivies de l’évacuation immédiate des villes et tribus traversées n’étaient pas décisives. Clauzel, pour faire triompher sa politique de conquête, voulut s’emparer de la capitale du beylik de l’Est, mais son expédition échoua complètement (nov. 1836).

Cet échec de Constantine décida le gouvernement à revenir à la politique d’occupation restreinte et d’entente avec les chefs musulmans. Le général Bugeaud, qui avait vaincu les troupes de l’émir à la Sikkak en 1836, crut pouvoir signer avec lui, le 30 mai 1837, le traité de la Tafna : la France abandonnait à Abd el-Kader les deux tiers de l’Algérie et ne conservait que deux enclaves autour d’Oran et d’Alger. Du moins, ce traité « inexplicable » permit-il aux Français de porter leur effort contre le Constantinois. Après de vaines négociations avec le bey qui refusait de reconnaître la souveraineté française, Constantine était occupée le 13 octobre 1837 et le dernier représentant du régime antérieur vaincu. À la domination turque, la France substituait la sienne sur tout le Constantinois, par l’intermédiaire de chefs ralliés.

Les Français face à la guerre sainte.

Pendant ce temps, Abd el-Kader édifiait, avec l’aide des tribus arabes et de troupes régulières, un État organisé, fondé sur la stricte application des principes coraniques, et dirigé par des nobles d’origine religieuse. L’entente franco-arabe ne résista pas au progrès des deux dominations. Abd el-Kader crut que le temps jouait en faveur des Français et se décida le premier à rouvrir les hostilités. Tandis qu’il appelait tous les musulmans à la guerre sainte contre les envahisseurs chrétiens, le gouvernement français se prononçait pour la conquête totale. Une guerre décisive les opposa de 1840 à 1847. La supériorité militaire des Français fut longtemps tenue en échec par la mobilité des forces arabes. De plus, une telle guerre avait le caractère inexpiable d’une lutte religieuse. Bien qu’il pratiquât une guerre de mouvement et de razzias jugées efficaces, le général Bugeaud eut à faire face à des difficultés et à des rebondissements imprévus. La dévastation systématique des territoires de l’adversaire multiplia le nombre et l’acharnement de ses ennemis et interdit la réussite de ses pourparlers avec les lieutenants de l’émir. Le souverain du Maroc, cédant aux appels des confréries, s’engagea aux côtés d’Abd el-Kader ; il fallut les bombardements de Tanger et Mogador et la victoire de Bugeaud à l’oued Isly (14 août 1843) pour le contraindre à cesser son aide. En 1845, la guerre reprit dans les régions pacifiées à l’appel de divers mahdi, restaurateurs prédestinés de l’islam, dont le plus célèbre, Bou-Ma‘za souleva le Dahra, le Chélif et l’Ouarsenis. Abd el-Kader en profita pour reparaître en Oranie et soulever de nouvelles tribus ; mais il dut bientôt s’avouer vaincu et accepta de se rendre en décembre 1847. Avec lui disparaissait le rêve d’un État arabe qui se serait étendu à toute l’Algérie. Bien qu’il n’ait réussi à entraîner ni le Constantinois ni la Kabylie, et qu’il ait à peine eu le temps d’organiser son État, Abd el-Kader devait laisser le souvenir du premier souverain véritablement algérien.

Lorsque l’ancien bey de Constantine, qui tenait toujours l’Aurès, se fut rendu en 1848, seuls restaient encore insoumis les massifs montagneux kabyles. Des expéditions, menées longtemps sans plan d’ensemble, aboutirent enfin, en 1857, à une victoire décisive. Entre-temps, le Sud oranais et le Sud constantinois de nouveau révoltés furent déclarés pacifiés après les sièges de Zaatcha (1848), Laghouat (1852), et Touggourt (1854). L’Algérie était désormais conquise sinon soumise, comme devaient le montrer les révoltes postérieures.

Les insurrections sporadiques de 1858 à 1916.

Si les insurrections sporadiques des Kabylies orientales de 1858 à 1860, de l’Aurès en 1859, du Hodna en 1860, furent relativement limitées et faciles à réprimer, l’insurrection de 1864 et 1865 fut la plus grave que l’on eût connue depuis 1845. Lancée par la grande confédération tribale à caractère confrérique des Oulad sidi Cheikh, elle s’étendit du Sud oranais au Titteri, puis gagna la majeure partie du Tell. La répression fut particulièrement difficile dans la province d’Oran, et les troubles persistèrent dans le Sud où il fallut envoyer une nouvelle expédition en 1870. En 1871, une nouvelle révolte, animée par la confrérie des Rahmaniya, parut plus sérieuse encore. Le tiers de la population s’insurgea, mais les colonnes françaises n’eurent à combattre que 80 000 moujahidin, dont beaucoup étaient démunis d’armes. Ce fut surtout une révolte de la plèbe kabyle encadrée par l’aristocratie féodale du Constantinois ; mais d’autres tribus s’insurgèrent sous d’autres chefs. Malgré son ampleur et son retentissement, elle fut peu dangereuse pour la domination française et vite écrasée. L’Algérie ne devait plus connaître avant 1954 de grandes révoltes armées : le soulèvement d’El Amri (1876) ne toucha qu’une tribu, l’agitation de l’Aurès (1879) deux. L’affaire de Margueritte (1901) se borna à un village. L’insurrection du Sud oranais (1881-1883), conduite par un marabout des Oulad sidi Cheikh, Bou ‘Amama, fut à la fois un grand ghazzou saharien et une révolte des populations ; elle se termina par une paix transactionnelle avec les Oulad sidi Cheikh dissidents qui revinrent du Maroc. Pendant la Première Guerre mondiale, la région des Aurès s’insurgea, à la fin de 1916, pour protester contre la conscription, imposée maladroitement à ces populations mal soumises ; mais les troubles restèrent limités.

La colonisation.

La conquête de l’Algérie eut pour corollaire la colonisation du pays. L’idée s’imposa, grâce à la propagande des « colonialistes », de faire de l’Algérie une colonie de peuplement. Il apparut que c’était le moyen le plus efficace de consolider la conquête. Cette conviction devait prévaloir dans l’opinion française jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, encore qu’elle eût été fort discutée jusqu’en 1870. Elle explique que, en dépit de quelques tentatives d’hommes favorables à un régime de protectorat, tels Napoléon III et Jules Ferry, le souci de favoriser les colons l’ait presque toujours emporté sur la politique indigène.

La prise de possession des terres.

La colonisation française reposa essentiellement, en Algérie, sur le principe de la « colonisation officielle ». L’administration des Domaines se procurait des terres par divers procédés d’expropriation, dont le « cantonnement », qui s’apparenta au refoulement des tribus, et l’affirmation des droits prétendus de l’État français sur les habous publics, les terres incultes ou sans maître, les forêts, etc. L’Administration créait ensuite et aménageait des centres villageois. Elle concédait gratuitement des lots individuels aux immigrants de nationalité française, sous condition suspensive de résidence obligatoire. La colonisation officielle s’adressa de préférence aux paysans du sud-est de la France et aux Européens d’Algérie. Quelque 700 villages français furent ainsi fondés qui modifièrent complètement la physionomie des campagnes algériennes où les agglomérations rurales, sauf en Kabylie, étaient fort rares. La colonisation « libre », entreprise sans intervention ni assistance de l’État, fut longtemps la moins importante. Elle prit ensuite, après 1900, la première place. Elle se procura ses terres auprès des colons officiels et surtout par des achats aux musulmans. Une série de lois, qui soumettaient les propriétés indigènes au droit français, facilitèrent l’émiettement des propriétés indivises et leur acquisition par les Européens. En 1914, les colons disposaient au total de 2 123 288 ha ; en 1934, de 2 462 537 ha, dont 1 500 000 environ avaient été fournis par la colonisation officielle. Le quart du sol cultivé appartenait, dès lors, aux colons ruraux qui représentaient environ 2% de la population agricole.

L’immigration européenne

La colonisation urbaine fut toujours supérieure en nombre à la colonisation rurale. Les villes européennes, centres administratifs puis économiques, attirèrent, outre les fonctionnaires et commerçants français, des étrangers de toute nationalité : en 1872, 60% des Européens étaient des citadins et cette proportion devait constamment augmenter. Or les villes furent le véritable melting pot algérien. Un peuple nouveau, composé en majorité de Français mais aussi de Juifs indigènes, déclarés français en 1870, et d’Européens naturalisés, surtout après la loi de naturalisation automatique de 1889, se constitua peu à peu en Algérie, essentiellement à partir de 1896, date à laquelle le nombre des Européens nés dans la colonie l’emporta sur celui des immigrés.

Les Européens étaient au nombre de 109 000 en 1847, 272 000 en 1872, 578 000 en 1896, 829 000 en 1921. Le rythme d’accroissement fléchit à partir de 1914. L’immigration française cessa presque complètement et les étrangers vinrent moins nombreux : en 1954, on recensait 984 000 Européens. Les étrangers, en majorité espagnols, mais aussi italiens, maltais, formèrent longtemps un pourcentage important de cette population : 42% en 1872, 49% en 1886. Avec la naturalisation automatique, la prédominance de la nationalité française s’affirma : en 1901, 364 000 Français dont 72 000 naturalisés récents et 189 000 étrangers ; en 1921, 629 000 Français et 196 000 étrangers, soit 23,7% seulement. Le « péril étranger », dénoncé par les politiciens locaux, fut un phénomène historique moins important que la fusion progressive des étrangers et des Français, l’« algérianisation ». Les Européens d’Algérie se désignaient plus volontiers, en effet, sous le nom d’Algériens. Leur francisation ne cessa pourtant de se renforcer, et les revendications autonomistes, qui avaient tourné à l’émeute en 1898, cessèrent à peu près complètement avec l’apparition du nationalisme musulman.

L’œuvre colonisatrice.

La grande œuvre des Européens fut la régénération de l’agriculture. Les cultures traditionnelles de céréales connurent un fort accroissement, surtout celle du blé qui, jusqu’en 1880, fut la véritable plante de la colonisation. Puis vinrent les cultures nouvelles et, parmi elles, la vigne qui transforma l’économie agricole. La France espérait que la vigne peuplerait le pays de petits viticulteurs français : par d’importants crédits, elle en favorisa l’extension. Le Tell se couvrit de vignes et le vin devint le premier revenu de l’Algérie. Mais la grande propriété viticole absorba les concessions des petits colons et rejeta les hommes. Il en fut de même pour d’autres cultures de spéculation. En 1930, la colonisation agricole n’était plus qu’une entreprise commerciale ou financière, dirigée par des cadres européens avec l’aide d’une main-d’œuvre indigène. L’agriculture, vouée aux productions rémunératrices et orientée vers l’exportation, enrichissait une minorité de la population européenne ; mais elle avait perdu toute justification coloniale : elle tarissait le peuplement français et concurrençait, sur le marché métropolitain, les producteurs nationaux. De leur côté, les Algériens musulmans lui reprochaient de sacrifier les cultures vivrières et de vouer le pays aux aléas de la monoculture.

La transformation économique de l’Algérie fut l’œuvre essentielle de la France. Le pays fut, peu à peu, équipé de voies de communication modernes : routes, voies ferrées, ports. L’infrastructure de base fut mise en place sous le second Empire et développée surtout entre 1900 et 1930, puis après 1946, essentiellement grâce à des emprunts publics lancés sur le marché financier français par l’Algérie, lorsqu’elle eut été dotée de l’autonomie financière. Bien équipée pour un pays colonial, l’Algérie ne fut en revanche que peu industrialisée avant 1945. Le manque de combustible, les hésitations des entrepreneurs français ou leur hostilité de principe empêchèrent le développement d’une industrie moderne de transformation. L’industrie extractive était la seule à présenter quelque importance. L’administration locale, mal informée des réalités économiques, ne sut pas trouver et imposer de solutions à ce retard économique.

Les musulmans algériens, vaincus mal résignés, furent l’objet de politiques bien différentes. L’une voulait entreprendre, après la conquête militaire, la « conquête morale », le rapprochement ou la transformation de ces Orientaux qui gardaient les yeux obstinément tournés vers l’Orient arabe ; et certains parlaient de les assimiler, de les franciser. L’autre politique entendait surtout faire plier leurs intérêts devant les convenances de la colonisation et s’appelait elle-même politique d’assimilation. De là un véritable quiproquo qui devait durer à travers toute l’histoire de l’Algérie française. Jusqu’en 1870, les musulmans furent soumis à l’administration paternaliste des officiers des « Bureaux arabes ». Ceux-ci se préoccupèrent de les faire évoluer, de les sédentariser, de moderniser leurs institutions traditionnelles, de les instruire et de les rapprocher des Français. Ce fut à leur instigation que le sénatus-consulte de 1865 déclara français tous les indigènes algériens et qu’il accorda la citoyenneté entière à tous ceux qui le demanderaient en renonçant à leur statut civil musulman. Ils eurent, dès lors, accès à la fonction publique française et se virent reconnaître des droits de représentation politique dans les institutions locales. En 1870, les musulmans disposaient de conseillers municipaux et de conseillers généraux élus par eux ; des juges musulmans siégeaient dans des chambres spéciales mixtes et dans le Conseil supérieur de droit musulman. Des écoles primaires arabes-françaises, des collèges franco-arabes, une école indigène des arts et métiers fonctionnaient à côté des écoles coraniques et de trois madrasa modernisées.

Cette politique soucieuse de préparer un avenir aux musulmans fut combattue par les colons, qui se proclamèrent républicains par haine de la politique arabophile de Napoléon III. Ils se prononcèrent contre le projet de constitution de l’Algérie de 1870, qui prévoyait la participation des électeurs musulmans à la désignation de trois députés, et le firent échouer. La politique des militaires était condamnée.

La « départementalisation »

L’instauration du régime civil et l’effondrement de l’Empire permirent le triomphe des conceptions chères aux colons. L’Algérie étant assimilée à la France, les musulmans non citoyens furent privés de leurs droits et de leurs institutions : il n’y eut plus de conseillers généraux élus, plus de tribunaux franco-musulmans, plus de collèges franco-arabes. En revanche, les musulmans citoyens étaient soumis à un régime spécial, à un code de l’indigénat, instauré en 1881, puis à des tribunaux spéciaux, les tribunaux répressifs et les cours criminelles (1902). Par le « système des rattachements » (1881) l’Algérie « départementalisée » était entièrement intégrée à la France : toutes les affaires devaient être réglées dans les ministères parisiens sur les indications des représentants de l’Algérie au Parlement. L’Algérie était entièrement entre les mains de la colonisation. Même lorsque le régime des rattachements eut été supprimé, le gouvernement français et le gouverneur général durent compter avec les assemblées locales : le Conseil supérieur de l’Algérie et surtout les Délégations financières, dans lesquelles les électeurs français comptaient 48 délégués et les musulmans, divisés en deux groupes, Arabes et Kabyles, 21 seulement. Or, ces assemblées étaient maîtresses du budget de l’Algérie. La France put seulement tenter d’imposer ses désirs dans quelques domaines. Ainsi, la grande idée de Jules Ferry de conquérir les musulmans par l’école laïque inspira une politique scolaire assez continue. Pendant longtemps les résultats parurent fort décevants car une petite minorité seule pouvait en tirer parti : en 1890, 1,9% des musulmans d’âge scolaire étaient scolarisés dans des écoles françaises, 4,3% en 1908, 6% en 1929, 8,8% en 1944.

L’effondrement de la société musulmane

Dans ces conditions, la société indigène d’Algérie ne put résister au choc colonial. Éloignés de leurs fonctions et peu à peu ruinés, ses anciens chefs disparurent, à l’exception de quelques familles maraboutiques. L’infime bourgeoisie citadine, composée de lettrés, de cadi, de commerçants, se dispersa et ne se reconstitua que tardivement au XXe siècle. Privée de ses cadres, la communauté musulmane s’effondra. Victime d’une dépossession foncière continue et de la fermeture des pâturages forestiers, la paysannerie voyait ses troupeaux et ses récoltes diminuer inexorablement. La moyenne annuelle de sa production céréalière, qui était de 19,6 millions de quintaux entre 1901 et 1910, descendait à 16 millions entre 1921 et 1930, et à 14 millions entre 1941 et 1948. Le cheptel ovin, qui avait atteint 8 millions de têtes avant 1865, tombait à 6,3 en 1900, 5,3 entre 1921 et 1930, 4,8 entre 1941 et 1948. Durement atteinte, jusqu’en 1919, par une fiscalité spéciale (les « impôts arabes »), cette paysannerie se paupérisa de manière continue. La ruine de l’artisanat indigène et l’absence d’embauche industrielle aggravaient encore cette situation. Jusqu’en 1920, le salariat agricole était le seul débouché ; après cette date commença l’émigration vers la France.

La pression démographique, surtout après 1930, joua ensuite son rôle classique dans l’écrasement des niveaux de vie. Avant 1914, le taux d’accroissement n’était que de 1,4%. Les musulmans, qui étaient 2 733 000 en 1861 et 3 577 000 en 1891, atteignaient 4 923 000 en 1921. Vers 1930, on pouvait estimer que la population avait doublé en soixante-dix ans. La baisse du taux de mortalité entraîna ensuite une explosion démographique : le taux d’accroissement doubla et, de 1931 à 1954, la population musulmane s’augmenta de 3 millions. Elle compta, dès lors, de plus en plus de chômeurs totaux ou partiels, qui affluaient dans les zones de colonisation et dans les villes. La Mitidja, par exemple, vit sa population musulmane passer de 80 000 à 250 000 entre 1925 et 1948. La population citadine représentait 7,6% de la population musulmane totale en 1906, 11,6% en 1936, 18,9% en 1956. Cette urbanisation accélérée n’était pas un symptôme de progrès social ni d’intégration dans la société européenne. La cohabitation engendra seulement de nouveaux heurts et accrut les rancœurs des musulmans.

La naissance d’une nation.

Sur le plan politique, le fait essentiel de l’évolution des musulmans fut la naissance d’un sentiment national algérien. Alors qu’avant 1900 la communauté musulmane espérait uniquement en un Mahdi providentiel et que, de 1900 à 1930 environ, la petite élite algérienne, formée dans les écoles primaires françaises, n’apercevait d’autre issue à ses revendications d’égalité que la citoyenneté française, une autre voie lui fut indiquée par les ‘ulama et les champions de l’arabisme : la « Nation algérienne ». Par l’enseignement, le scoutisme et la propagande écrite et orale, les ‘ulama insufflèrent à la jeunesse un idéal patriotique, à la fois arabo-musulman et algérien. Les partisans de l’assimilation, d’abord appelés « Jeunes Algériens », et regroupés au sein de la Fédération des élus indigènes, perdirent peu à peu audience auprès de leurs mandants, parce qu’ils ne purent pratiquement rien obtenir du Parlement français, hormis les timides réformes de 1919. De 1919 à 1944, aucun gouvernement français n’osa renouveler le geste de Clemenceau, bravant l’obstruction des Européens d’Algérie pour remercier les musulmans de leurs 25 000 morts pour la France. Le projet de loi Viollette déposé en 1930, et repris par le gouvernement Blum de 1936, qui aurait conféré à 21 000 musulmans de l’élite francisée le droit de voter avec les 203 000 électeurs français, souleva un tel tollé chez les Européens qu’il ne fut pas même discuté devant les Chambres. Son abandon condamnait définitivement, pour les musulmans, la politique d’assimilation.

La Seconde Guerre mondiale accéléra l’évolution des tendances politiques antérieures. Certes, il était déjà question de nationalisme avant 1939 puisque les disciples des « ulama » répétaient : « L’Algérie est ma patrie, l’arabe ma langue, l’islam ma religion. » Mais les mots d’ordre de « parlement algérien » et de « souveraineté algérienne » ne touchaient alors qu’une infime minorité : les militants de l’Étoile nord-africaine, devenue en 1937 le Parti du peuple algérien. Au contraire, après la défaite de la France en 1940 et surtout après le débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord, qui fut interprété comme une deuxième défaite française, le nationalisme algérien se développa très rapidement. Dès le 20 décembre 1942, Ferhat-Abbas, un « jeune Algérien » déçu converti au nationalisme, adressait « aux autorités responsables » un message demandant la réunion d’une conférence chargée d’élaborer un nouveau statut politique. Puis il lança, le 12 février 1943, le Manifeste du peuple algérien, qui revendiquait la constitution d’un État algérien. Cette proclamation révolutionnaire fut signée par de nombreuses personnalités algériennes considérées comme très modérées. Enfin, le 22 mai 1943, des représentants élus, les délégués financiers arabes et kabyles, acceptaient de cautionner le projet de réformes dit Additif au Manifeste, préparé par Abbas et ses amis. Ce texte réclamait sur l’heure un gouvernement franco-algérien, l’égalité totale entre musulmans et Français, en attendant l’indépendance complète d’un État algérien, lequel serait doté d’une constitution élaborée par une constituante. L’Additif envisageait une Union nord-africaine, mais ignorait toute possibilité d’un lien fédéral avec la France.

Le Comité français de libération nationale (C.F.L.N.), constitué à Alger le 3 juin 1943 pour défendre la souveraineté française sur les territoires de l’empire, jugea ces revendications inacceptables. Il le signifia rudement aux nationalistes, mais décida simultanément un ensemble de réformes politiques concernant le statut des Algériens. De Gaulle annonça le 12 décembre 1943 à Constantine « l’octroi des droits de citoyenneté à plusieurs dizaines de milliers de musulmans ». Après consultation d’une commission de réformes franco musulmane, le C.F.L.N. promulgua, le 7 mars 1944, une ordonnance qui accordait la citoyenneté française avec maintien du statut personnel musulman à toute l’élite algérienne, environ 65 000 personnes qui voteraient dans le même collège électoral que les Français. Tous les autres musulmans étaient appelés à recevoir la citoyenneté française, lorsque l’Assemblée constituante de la France libérée en aurait délibéré. Pour l’heure, 1 500 000 Algériens devenaient électeurs chargés d’élire les assemblées locales. La représentation musulmane dans les conseils municipaux, les conseils généraux et les Délégations financières était portée aux deux cinquièmes du total. L’indigénat était définitivement aboli, l’égalité civile établie.

Ce texte révolutionnaire, qui allait beaucoup plus loin que le projet Viollette de 1936, réalisait enfin la politique d’assimilation constamment promise par la IIIe République. Comme tel, il fut soutenu par les représentants des mouvements de Résistance, les délégués des partis communiste et socialiste présents à Alger et combattu par la quasi-totalité des Français d’Algérie. Leur presse assura « qu’on avait donné aux musulmans plus qu’ils n’auraient revendiqué après la guerre ». En fait, les réactions des musulmans montrèrent, comme le disait le Manifeste, que, pour eux, l’heure de l’assimilation était passée : « Désormais, un musulman algérien ne demandera pas autre chose que d’être un Algérien musulman. »

Du nationalisme à l’indépendance et la tentative insurrectionnelle de mai 1945

Contre l’ordonnance du 7 mars 1944, les nationalistes algériens de toutes tendances se mobilisèrent : ils la dénonçaient comme une atteinte à l’islam et comme une tentative de francisation autoritaire. Leur riposte se matérialisa par la création le 14 mars des Amis du Manifeste et de la liberté (A.M.L.). Ce groupement rassembla tous les nationalistes : ceux qui se reconnaissaient dans le Parti du peuple algérien (P.P.A.) de Messali Hadj, alors contraint à la clandestinité, ceux qui suivaient la voie indiquée par les ulama, enfin tous les ralliés de fraîche date au Manifeste du peuple algérien. Bien que le mot n’ait pas été prononcé, c’était un véritable front national qui préfigurait ce que serait un jour le F.L.N. (Front de libération nationale). À l’intérieur de ce vaste rassemblement, mal contrôlé par Ferhat Abbas, le P.P.A. diffusait des consignes de plus en plus hostiles aux Français et préparait les esprits à l’idée d’une insurrection générale. Bientôt les masses musulmanes vécurent dans une attente quasi messianique : l’indépendance de l’Algérie leur apparaissait comme toute proche.

Au début d’avril 1945, Messali Hadj avait, semble-t-il, accepté un projet d’insurrection : un gouvernement algérien devait être proclamé dans les environs de Sétif, dont Messali Hadj prendrait la direction. Par là, les puissances alliées réunies à la Conférence de San Francisco seraient saisies du problème algérien et contraintes à une intervention décisive. Mais les autorités françaises, alertées par les incidents de Chellala provoqués le 19 avril pour permettre l’évasion de Messali Hadj, décidèrent de déporter celui-ci au Congo français. Les manifestations de protestations des 1er et 8 mai 1945, déclenchées dans la plupart des villes par le P.P.A. et les A.M.L., tournèrent à l’émeute à Sétif et à Guelma. Ces émeutes sanglantes furent interprétées dans les campagnes voisines comme le signal de l’insurrection attendue. Croyant venue la guerre sainte, les ruraux du Nord-Constantinois attaquèrent les fermes des colons, les maisons des gardes forestiers, les bâtiments administratifs et massacrèrent une centaine d’Européens isolés.

Bien que peu nombreuses, les troupes françaises et les milices des colons réprimèrent avec violence les troubles qui demeurèrent limités à un ensemble de douars peuplés d’environ 40 000 habitants. Pour soulager les insurgés, le P.P.A. avait conseillé l’extension du mouvement, puis il donna l’ordre d’insurrection générale pour le 23 mai. Mais, constatant que les soulèvements spontanés avaient été écrasés bien avant cette date, il dut lancer un contrordre. La révolte improvisée avait été étouffée en moins de deux semaines. La répression, qui tourna parfois au règlement de compte racial du fait de l’action des milices européennes, fit probablement plus de 1 500 victimes musulmanes, chiffre avancé officiellement par les autorités de la colonie. Les affirmations incontrôlées du P.P.A., selon lesquelles « le génocide perpétré par les Français » aurait fait 35 000 morts, ne peuvent pas plus être acceptées. Pourtant l’Algérie indépendante a retenu officiellement l’impossible total de 45 000 morts. Cette tentative manquée d’insurrection nationale explique, pour l’essentiel, le climat de la décennie 1945-1954. Les nationalistes se promirent de faire appel de leur échec et songèrent essentiellement à reprendre le combat pour recouvrer leur dignité et l’indépendance de leur patrie.

Le statut de l’Algérie

La France, qui mesurait mal la rancœur et la détermination des Algériens, crut pouvoir les apaiser en promettant des réformes politiques et économiques. Mais les Français d’Algérie s’opposèrent avec détermination à l’évolution politique du pays et les Algériens furent confortés dans leur refus par l’obstination coloniale. Certes, les nationalistes se divisèrent et les modérés, regroupés par Ferhat-Abbas dans un nouveau parti fondé en mai 1946, l’Union démocratique du Manifeste algérien (U.D.M.A.), plaidèrent d’abord pour « une Algérie nouvelle librement fédérée à une France nouvelle ». Aux élections pour la deuxième Constituante, ils obtinrent, du fait surtout de la campagne d’abstention lancée par le P.P.A., près des trois quarts des voix exprimées et 11 sièges de députés sur 13. Mais le projet constitutionnel déposé par l’U.D.M.A., qui prévoyait une République algérienne autonome, État associé de l’Union française, ne fut pas pris en considération par la Constituante. L’U.D.M.A. boycotta en conséquence les élections à l’Assemblée nationale de novembre 1946.

De manière inattendue, le P.P.A., qui rassemblait pourtant les nationalistes les plus extrémistes, décida au contraire de participer à ces élections. Sous le nom de Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (M.T.L.D.), le parti de Messali Hadj présenta des candidats, souvent inéligibles. Il recherchait un plébiscite massif, non une représentation parlementaire. Or, il n’obtint que le tiers des suffrages et 5 députés sur 15 : l’opération plébiscitaire était manquée. Cet échec fit le jeu des Français d’Algérie. Ceux-ci, qui avaient perdu le pouvoir depuis 1943, boudaient les consultations électorales. Certains, se disant abandonnés par la France, menaçaient d’en appeler à l’O.N.U, ou rêvaient de faire accepter aux nationalistes une solution autonomiste anti métropolitaine. La majorité d’entre eux, en tout cas, rejetèrent lors des deux référendums de 1946 les projets de constitution, y compris celui qui fut approuvé par le peuple français le 13 octobre 1946. Ainsi l’Algérie française n’avait pas accepté la IVe République, dont elle devait provoquer la chute le 13 mai 1958. Aux élections de novembre 1946, les électeurs français plébiscitèrent un parti d’inspiration colonialiste rétrograde, le Rassemblement pour la défense de l’Algérie française. Leurs députés combattirent aussi bien le statut de l’Algérie préparé par le gouvernement socialiste que les projets fédéralistes des députés algériens modérés. Le statut organique de l’Algérie fut voté par l’Assemblée nationale le 20 septembre 1947 contre l’avis de la quasi-totalité des députés d’Algérie, musulmans et Européens.

Il définissait l’Algérie comme un groupe de départements français dotés de la personnalité civile, de l’autonomie financière et d’une organisation particulière. Celle-ci reposait sur l’existence d’une Assemblée algérienne paritaire de 120 membres (60 pour le collège musulman, celui des « citoyens de statut local », 60 pour le collège des citoyens français) et d’un conseil de gouvernement de 6 membres dont 4 élus par l’Assemblée. L’accueil réservé par les Algériens à cette « charte octroyée », à cette « caricature de statut qui maintenait le statu quo », se voulut hostile, voire méprisant. Les Français d’Algérie ne critiquèrent pas moins cette tentative d’arbitrage métropolitain et exigèrent son adaptation. Ils obtinrent d’abord le rappel du gouverneur général Yves Chataigneau, un socialiste libéral, et son remplacement par un socialiste autoritaire d’esprit national, Marcel-Edmond Naegelen. Celui-ci accepta aussitôt de combattre les nationalistes. Avant les élections à l’Assemblée algérienne de 1948, il fit emprisonner plus du tiers des candidats M.T.L.D. et couvrit de son autorité les pires truquages électoraux. La fraude électorale devint sous son gouvernement une institution qui permit d’annihiler la représentation légale des nationalistes. Naégelen fut salué par les Européens comme « le proconsul de la confiance retrouvée ». Mais son action convainquit beaucoup d’Algériens encore hésitants qu’il n’y avait décidément pas d’autre voie que celle de l’insurrection.

L’action des partis politiques algériens

La voie politique était pourtant celle que prônaient les nationalistes modérés, mais l’administration les combattait avec détermination à l’égal des nationalistes révolutionnaires ou panarabes. Le P.P.A. clandestin et le M.T.L.D., qui lui servait de couverture légale, créèrent, en 1947, une Organisation spéciale, l’O.S., sorte d’armée secrète forte d’un millier de militants prêts à l’action armée. Utilisée surtout pour frapper les Algériens qui collaboraient avec les Français, l’O.S. fut démantelée par la police en mars 1950. À cette date, le P.P.A. procéda à la dissolution de l’O.S., paraissant renoncer à l’action directe. Mais, en 1953, le parti décida de reconstituer l’O.S. pour préparer une insurrection. Simultanément, le P.P.A. parvint à contrôler divers mouvements de jeunesse : l’Association des scouts musulmans algériens, l’Association des étudiants musulmans nord-africains en France, l’Association des élèves musulmans des lycées et collèges d’Algérie. Il en fit autant d’écoles du nationalisme révolutionnaire. En revanche, il ne parvint pas à créer une centrale syndicale algérienne. Le M.T.L.D., fort en Algérie de 24 000 militants en 1953, disposait aussi de quelque 9 000 adhérents parmi les ouvriers émigrés en France. Bien adapté à la mentalité populaire, religieuse et moraliste, le parti célébrait le culte du chef, Messali Hadj, alors même que le prestige de celui-ci déclinait auprès des militants instruits, nombreux dans les organes de direction. Bientôt ceux-ci se déclarèrent hostiles à son pouvoir personnel et éliminèrent ses partisans du comité central.

Les menaces de scission auraient pu faire le jeu du Parti communiste algérien, s’il n’avait été discrédité par son attitude de 1945. Certes, après avoir insulté, en mai 1945, les nationalistes traités d’« agents provocateurs hitlériens », le P.C.A. tenta de faire oublier ses faux pas. En se prononçant pour la reconnaissance d’une République démocratique algérienne, territoire associé, puis État associé, au sein de l’Union française, en arabisant sa direction, le P.C.A. réalisa quelques progrès dans son recrutement. Mais il ne parvint pas à convaincre les masses musulmanes. Parce qu’il voulut entraîner les Algériens dans la guerre froide contre les Américains, le P.C.A. fit douter de son enracinement national algérien. Ses critiques vis-à-vis de la Ligue arabe, ses réserves sur le caractère arabo-musulman du devenir algérien, étaient jugées blessantes pour l’amour-propre national. Le P.C.A. resta pour les Algériens le « parti des patriotes à éclipses », un parti internationaliste lié au Kominform, vassalisé par le Parti communiste français et entaché de « matérialisme occidental ».

Le P.P.A. l’utilisa néanmoins pour participer aux congrès communistes internationaux et pour faire connaître en France le « scandale réitéré des élections algériennes ». Il accepta seulement de participer avec lui à un éphémère front de refus : le Front algérien pour la défense et le respect des libertés (F.A.D.R.L.). Vis-à-vis du P.C.A., l’U.D.M.A. et les Ulama ne cachaient pas leur vigilante hostilité. Les membres de l’U.D.M.A., peu nombreux, étaient conduits par des cadres légalistes souvent modérés. Ceux-ci n’envisageaient plus d’obtenir l’indépendance qu’au terme de longues étapes. Ils tentèrent en vain de collaborer avec l’Assemblée algérienne et d’obtenir au moins une loyale application du statut de l’Algérie. Leurs propositions furent systématiquement rejetées et les quelques dispositions progressistes du statut demeurèrent lettre morte. La séparation des cultes et de l’État, notamment, ne fut point réalisée, malgré les demandes réitérées des Ulama qui en espéraient la libération de l’islam asservi par l’Administration. Les Ulama réussirent du moins à développer leurs écoles libres et leurs missions religieuses, notamment parmi les travailleurs émigrés en France et auprès des populations rurales. Leur prédication continue sapa l’audience des confréries religieuses traditionalistes ; leur enseignement non seulement arabisa la jeunesse scolaire, mais proposa à tous des doctrines et des valeurs authentiquement arabo-islamiques. Sur le plan politique, les ulama, devenus en apparence plus modérés, travaillaient surtout à réaliser en Algérie l’union entre les nationalistes et, hors d’Algérie, entre les Algériens et les nationalistes maghrébins. À court terme, leur action fut, sur ce plan, assez inefficace.

La naissance du Front de libération nationale

En 1954, la plupart des réformes politiques promises par la France n’avaient pas été mises en application. Le dialogue avec les nationalistes algériens n’existait pas. Sur le plan économique et social, la situation, en dépit des investissements considérables de la métropole, n’était guère meilleure. Le développement démographique accéléré de la population musulmane, qui s’accroissait de 2,5% par an, rendait inopérantes les tentatives de modernisation économique. L’échec de la politique du paysannat s’explique toutefois, aussi, par la situation politique locale et des blocages unanimes, quoique d’intentions contradictoires. Les débuts de l’industrialisation furent plus spectaculaires, mais celle-ci, trop modeste, ne parvenait même pas à occuper le vieux prolétariat citadin, à plus forte raison les masses de ruraux qui affluaient dans les villes (876 000 citadins musulmans en 1936, 1 624 000 en 1954). L’Algérie musulmane, qui progressait sur le plan culturel et rêvait tout à la fois de modernisme et de restauration de ses valeurs nationales, souffrait d’autant plus dans sa condition matérielle et morale qu’elle assistait au renforcement de la puissance politique et économique des Européens et à l’élévation rapide de leur niveau de vie. Ce sont ces frustrations, ces colères et ces espérances qui expliquent le retentissement qu’eut dans le peuple algérien la naissance du Front de libération nationale.

Le F.L.N., apparu publiquement le 1er novembre 1954, peut se définir comme un groupe d’abord fort peu nombreux de militants du P.P.A. décidés à l’insurrection armée. Ces activistes, exaspérés par la rupture, au sein de la direction du P.P.A., entre messalistes et partisans du comité central ou centralistes, voulurent surmonter cette division en rassemblant par l’insurrection tous les militants. Avec moins d’un millier d’hommes armés, le F.L.N. alluma une longue guerre d’indépendance pour la « restauration d’un État algérien démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ».

La guerre d’Algérie.

La guerre d’Algérie (1954-1962) est un épisode fondateur des histoires contemporaines française et algérienne. En France, elle a provoqué la chute de la IVe République et installé au pouvoir le général de Gaulle en 1958, engendré une crise profonde de l’État débouchant sur un putsch contre la république en avril 1961. Toute une génération d’hommes nés entre 1932 et 1940 a été envoyée en Algérie pour combattre. Vingt-sept mille sept cents soldats français sont morts en Algérie, un million d’Européens d’Algérie (les pieds-noirs) ont été arrachés à leur terre natale et contraints à l’exil, des milliers de harkis (forces supplétives musulmanes aux côtés de l’armée française) ont été massacrés aux lendemains des accords d’Évian. En Algérie, par une lutte armée dirigée par le Front de libération nationale (F.L.N.), les nationalistes sont parvenus à se séparer de l’histoire coloniale française. Mais le prix de cette séparation a été très lourd. Les affrontements entre Algériens ont fait des milliers de victimes et la guerre d’indépendance contre la France a provoqué le déplacement de deux millions de paysans et causé la mort de centaines de milliers d’Algériens musulmans. À la fin de la guerre, le F.L.N. s’est installé au pouvoir.

L’insurrection de novembre 1954.

En 1954, l’Algérie constitue trois départements français. Beaucoup plus, donc, qu’une colonie lointaine comme le Sénégal, ou que la Tunisie, simple protectorat. Il semble hors de question d’abandonner un territoire rattaché à la France depuis cent trente ans, avant même la Savoie (1860). Un million d’Européens y vivent et y travaillent depuis des générations. La découverte de pétrole en 1954, la nécessité d’utiliser l’immensité saharienne pour les premières expériences nucléaires ou spatiales motivent également le refus de toute « sécession » de ce territoire français du Sud. Neuf millions d’Algériens musulmans sont de faux citoyennes d’une république qui se veut assimilatrice : ils votent dans un collège séparé de celui des Européens depuis 1947. Le principe d’égalité, « un homme, une voix », n’est pas respecté. L’idée d’indépendance est partagée par une proportion croissante d’Algériens musulmans.

En octobre 1954, la France vit au rythme lent de la IVe République. René Coty occupe l’Élysée, Pierre Mendès France, l’hôtel Matignon et François Mitterrand est ministre de l’Intérieur. Charles de Gaulle est dans son « exil » de Colombey-les-Deux-Églises. Le colonel Bigeard et d’autres officiers parachutistes sont revenus des camps du Vietnam où les avait conduits le désastre militaire de Diên Biên Phu du 7 mai 1954.

De l’autre côté de la Méditerranée, à Carthage, en juillet 1954, Pierre Mendès France, qui vient de signer la paix en Indochine, promet une évolution vers l’autonomie pour la Tunisie et le Maroc qui, depuis trois ans, sont au bord du soulèvement général. Seule l’Algérie reste calme. En réalité, pour elle aussi, l’effet Diên Biên Phu est immense, et les plus jeunes des militants nationalistes estiment que c’est uniquement la lutte armée qui permettra d’arracher l’indépendance. Au sein du mouvement nationaliste algérien, ces militants sont encore peu connus. Ils s’appellent Krim Belkacem, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella... Ils décident de créer le Front de libération nationale (F.L.N.). Dans la nuit du 31 octobre au ler novembre, explosions, incendies, attaques de postes de police sont signalés en différents points du territoire algérien, tous revendiqués par le F.L.N. La guerre commence en Algérie.

Guerre d’Algérie, 1954-1962.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, quelques mois après la perte de l’Indochine, les nationalistes algériens du F.L.N. attaquent simultanément bâtiments civils et militaires. Le gouvernement français réagit avec vigueur à ce qu’il croit être une vague terroriste limitée. À partir de l’été 1955, la violence sur le territoire algérien...

Le soulèvement paysan du 20 août 1955.

Avec la dissolution de la principale organisation indépendantiste algérienne, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (M.T.L.D.), et l’envoi, le 1er décembre 1945, de renforts militaires, Pierre Mendès France et François Mitterrand pensent mater sans peine une rébellion très minoritaire. Ils se trompent. Le 5 février 1955, Mendès France doit démissionner et, le 3 avril, le gouvernement Edgar Faure promulgue l’état d’urgence en Algérie. La censure est établie, mais officiellement on ne parle encore que d’ « événements ». Jusqu’alors, l’insurrection ne mobilise que quelques centaines de militants, tenant le maquis dans l’Aurès et la Kabylie. Or, le 20 août 1955, des milliers de paysans algériens se soulèvent et se lancent à l’assaut des villes du Nord-Constantinois. L’initiative de cette action de grande ampleur revient à Zighoud Youcef, successeur de Didouche Mourad (tué en janvier) à la tête du F.L.N. pour la région et à son adjoint, Lakhdar Ben Tobbal. Ce jour-là, s’achève la « drôle de guerre ». Le conflit prend son vrai visage.

Dans le Constantinois, la coexistence entre Européens et musulmans a toujours été plus tendue qu’ailleurs. Personne n’a oublié les massacres perpétrés en mai 1945 par l’armée française pour réprimer les émeutes de la faim. À Sétif et à Guelma, le bombardement des populations avait fait des milliers de victimes. Dix ans plus tard, c’est le même engrenage de violence et de répression aveugle qui se met en marche. Plusieurs milliers de paysans encadrés par des maquisards de l’Armée de libération nationale (A.L.N.), branche armée du F.L.N., pénètrent dans les villes et les villages, s’attaquant aux postes de police et de gendarmerie. Des Français, des Algériens suspectés de loyalisme à l’égard de la puissance coloniale sont assassinés. Le bilan des émeutes est de 123 morts, dont 71 Européens. L’armée, appuyée par des milices privées d’Européens, riposte avec une rare violence. Officiellement, la répression fera 1 273 morts ; en fait, beaucoup plus. Ainsi prend fin le mythe des opérations de maintien de l’ordre en Algérie. Sans le dire, la France entre en guerre et rappelle 60 000 réservistes. Jacques Soustelle, le gouverneur général de l’Algérie, jusque-là favorable à une intégration de l’Algérie à la France, est bouleversé par les massacres d’Européens et bascule dans le camp de la répression. Le temps des réformes est révolu. Avec l’inscription, le 30 septembre 1955, de la « question algérienne » à l’ordre du jour de l’O.N.U., le conflit entre dans sa phase d’internationalisation. En Algérie même, le fossé entre les deux communautés s’est creusé. La dynamique de la répression cristallise désormais autour du F.L.N. un nombre croissant d’opposants à la présence française, tandis que, en France, l’affaire algérienne s’installe au cœur de la vie politique. Le Front républicain, vaste coalition de la gauche non communiste constituée après la dissolution de décembre 1955, mène campagne sur le thème de « la paix en Algérie » et remporte les élections législatives du 2 janvier 1956.

Les « pouvoirs spéciaux. »

L’année 1956 commence ainsi par des promesses de paix et de négociations. À peine nommé, le nouveau chef du gouvernement, Guy Mollet, leader de la S.F.I.O., rappelle Jacques Soustelle et décide d’entamer des négociations avec les « rebelles », persuadé que les Européens d’Algérie ne sont qu’une poignée de colons richissimes. Le 6 février, il se rend à Alger où il est accueilli par les jets de tomates d’une foule d’Européens, composés de petits salariés et fonctionnaires, qui crient à « l’abandon ». Il fait aussitôt machine arrière et nomme comme ministre résidant en Algérie, le 9 février 1956, un homme à poigne, Robert Lacoste. Ce dernier soumet à l’Assemblée nationale un projet de loi « autorisant le gouvernement à mettre en œuvre en Algérie toutes mesures exceptionnelles en vue du rétablissement de l’ordre, de la protection des personnes et des biens, et de la sauvegarde du territoire ». Les décrets de mars et d’avril 1956 permettront une action militaire renforcée et l’envoi en Algérie des appelés. Des « zones de pacification » pour la protection des populations européenne et musulmane seront constituées, l’armée s’efforçant de lutter contre l’insuffisance de l’administration. Les zones interdites seront évacuées, la population sera rassemblée dans des « camps d’hébergement » et prise en charge par l’armée. Le Parlement vote massivement, par 455 voix contre 76, cette loi sur les pouvoirs spéciaux qui, entre autres, suspend en Algérie la plupart des garanties de la liberté individuelle. Les « pouvoirs spéciaux » constituent bien le tournant d’une guerre, que la France décide d’engager totalement. Juillets 1956, les effectifs de l’armée stationnés en permanence sur le sol algérien sont portés à 400 000 hommes et ce sont désormais des appelés qui partent pour un service militaire de vingt-sept mois de l’autre côté de la Méditerranée.

Dans le même temps, le Maroc accède à l’indépendance le 2 mars et la Tunisie le 20. C’est un réel encouragement pour les Algériens. Le F.L.N., lui, se renforce grâce au ralliement des mouvements religieux (Oulemas) et des « réformistes » de Ferhat Abbas, président de l’Union démocratique du Manifeste algérien, tandis que les communistes commencent peu à peu à gagner ses rangs durant l’été de 1956.

Les violences algéro-algériennes.

Le 20 août 1956, les nationalistes algériens s’organisent lors d’un congrès tenu dans la vallée de la Soummam, au cours duquel le F.L.N. se dote d’un programme et met en place une direction, le Conseil national de la révolution algérienne (C.N.R.A.). Pour s’assurer la conduite du mouvement vers l’indépendance, il lui faudra éliminer toutes les organisations politiques rivales, notamment le Mouvement national algérien (M.N.A.) de Messali Hadj qui refuse de s’intégrer au F.L.N. Le massacre par une unité de l’A.L.N., le 28 mai 1957, de 374 habitants du village de Mélouza soupçonnés de sympathies messalistes, illustrera l’âpreté de ces conflits algéro-algériens. La gestion politique sur le mode autoritaire ne s’exerce d’ailleurs pas seulement sur les rivaux mais aussi sur des populations jugées peu « loyales » ou hésitantes. Ainsi, au printemps de 1957, le C.C.E. (Comité de coordination et d’exécution, première direction centralisée du F.L.N.) donne l’ordre écrit aux responsables des wilayas (divisions administratives équivalant aux départements) de brûler tous les villages qui ont demandé la protection de la France, et « d’abattre tous les hommes âgés de plus de vingt ans qui y habitent ». Cette violence s’exerce également à l’intérieur du F.L.N.-A.L.N., où la lutte pour le pouvoir, l’obsession des « infiltrations » et la traque des traîtres se traduisent par des purges sanglantes. Des centaines de combattants meurent ainsi dans les années 1956-1958, victimes d’une vigilance qui dégénère en suspicion aveugle. L’armée française, évidemment, n’aura aucun mal à exploiter ces rivalités.

Dans l’engrenage de la terreur. La « bataille d’Alger. »  

 Jusqu’alors, l’insurrection avait surtout touché les campagnes. Le congrès de la Soummam décide de l’étendre aux villes, en déclenchant des actions de terrorisme contre les quartiers européens. Le 30 septembre 1956, en fin d’après-midi, des bombes éclatent dans deux cafés du centre-ville d’Alger, le Milk-bar et la Cafétéria, faisant quatre morts et cinquante-deux blessés, parmi lesquels plusieurs enfants qu’il faut amputer. La guerre est entrée dans un engrenage de terreur dont elle ne sortira plus.

Le 22 octobre 1956, un avion transportant les dirigeants du F.L.N. (Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et l’écrivain Mostefa Lacheraf) est contraint de se poser sur l’aéroport algérien de Maison Blanche. Alors qu’il survolait la Méditerranée, des chasseurs de l’armée de l’air française l’ont détourné de sa destination initiale, Tunis. Les chefs historiques de l’insurrection algérienne sont transférés à Paris.

Au début de l’année 1957 commence la terrible « bataille d’Alger ». Le 7 janvier, une ordonnance du préfet d’Alger confie au général Massu et à la 10e division parachutiste les pouvoirs de police sur la ville d’Alger. Les parachutistes du général Massu brisent la grève générale décidée par le F.L.N. le 28 janvier. En janvier et en février, des bombes explosent dans des stades d’Alger et dans des cafés de la ville, touchant des civils européens. L’armée utilise alors « les grands moyens », en particulier « les interrogatoires renforcés », c’est-à-dire la torture. Pour protester contre ces pratiques, le général Paris de Bollardière demande, le 28 mars 1957, à être relevé de ses fonctions. D’autres bombes éclateront en juin, mais, progressivement le F.L.N. perd la partie. Yacef Saadi, le leader de la zone autonome d’Alger du F.L.N., sera arrêté le 24 septembre 1957. Employée comme un procédé ordinaire de « pacification », la torture est bien la grande affaire de la bataille d’Alger. En septembre 1957, Paul Teitgen démissionne de son poste de secrétaire général de la police à Alger. En novembre 1957, à l’initiative de Laurent Schwartz et Pierre Vidal-Naquet, se forme le comité Maurice Audin, du nom d’un jeune mathématicien qui, après avoir été enlevé par les parachutistes et torturé, a disparu (son corps ne sera jamais retrouvé). En janvier 1958, paraît le livre d’Henri Alleg La Question, qui bouleverse les consciences et révèle au grand jour la torture. « L’affaire » va déchirer l’opinion, l’Église, les familles, les partis et aggraver la crise de la IVe République.

Le 13 mai 1958, naissance de la V° République.

Le F.L.N. ayant établi ses bases arrière en Tunisie, l’aviation française décide d’y pourchasser les « rebelles » algériens et, le 8 février 1958, bombarde le village tunisien de Sakiet Sidi Youcef. Il y aura de nombreuses victimes civiles. La France se retrouve isolée sur le plan international, souvent condamnée par l’Assemblée générale de l’O.N.U. Le gouvernement français, affaibli, ne peut faire face aux émeutes qui secouent Alger. Le 13 mai 1958, des manifestants européens s’emparent du siège du gouvernement général. Ils protestent contre l’exécution de trois militaires français par le F.L.N. Un Comité de salut public, présidé par le général Massu est formé. Le gouvernement de Pierre Pflimlin, investi le jour même, se montrera impuissant à résoudre la crise. Le 15 mai, le général de Gaulle, sortant de son silence, se déclare « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». Les manifestations de fraternisation entre Européens et musulmans se succèdent sur la place du Forum à Alger. Le 1er juin, le gouvernement du général de Gaulle est investi par l’Assemblée nationale. De Gaulle se rend à Alger dès le 4 juin et lance le fameux : « Je vous ai compris. » La IVe République se meurt. Le 28 septembre 1958, en Algérie, Européens et musulmans (dont les femmes), réunis en un collège unique, votent massivement en faveur de la Constitution de la Ve République. En octobre 1958, le général de Gaulle lance le « plan de Constantine » (réformes économiques et sociales en faveur des musulmans) et promet « la paix des braves » (23 octobre) au F.L.N., qui a constitué, au Caire, le 19 septembre, un organe exécutif, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.). Il est élu président de la République le 21 décembre 1958.

Partisans de l’Algérie française.

Les Algérois manifestent en foule devant le bâtiment du gouvernement général, à Alger, le 23 mai 1958. Ils brandissent des portraits du général de Gaulle. Cette insurrection des partisans de l’Algérie française a commencé le 13 mai 1958.

Les Généraux patriotes « Salan et Massu »

Les généraux français Raoul Salan (1899-1984), à gauche avec un képi clair, et Jacques Massu (1908-2002), derrière lui avec un béret, le 15 mai 1958, lors des journées insurrectionnelles d’Alger. Au cours de l’année 1959, la guerre atteint son paroxysme avec le plan mis au point par le général Maurice Challe, commandant militaire de l’Algérie. Les opérations « Jumelles » déclenchées par l’armée française affaiblissent considérablement les maquis de l’intérieur. Plus de deux millions de paysans algériens sont déplacés et regroupés dans des « villages de pacification ». Parallèlement, l’armée entreprend une « action sociale » : les hommes des Sections administratives spéciales (S.A.S.) réalisent un travail d’alphabétisation et d’assistance médicale, qui sert aussi habilement la propagande et le renseignement. Du côté du F.L.N., les opérations militaires marquent le pas.

Dirigée par Houari Boumediene, 1er armée des frontières », stationnée au Maroc et en Tunisie, parvient de plus en plus difficilement à pénétrer sur le territoire algérien. Depuis 1957, en effet, l’armée française a mis en place, tout le long de la frontière tunisienne, un redoutable barrage électrifié, la « ligne Maurice ». Le rouleau compresseur du plan Challe brise ainsi peu à peu les katibas (unités) de l’A.L.N. En 1960, les maquis sont réduits à quelques milliers d’hommes, affamés, terrés au plus profond des massifs montagneux. Obtenue par la force des armes, serait-ce enfin la paix ? De Gaulle sait que le F.L.N. dispose d’un début de reconnaissance internationale, qu’il s’appuie toujours sur « l’armée des frontières » et sur l’immigration algérienne en France (plus de 130 000 cotisants du F.L.N.) plus que jamais décidée à obtenir l’indépendance de l’Algérie. Malgré la victoire militaire, il sait aussi que l’opinion algérienne est acquise à l’idée d’indépendance. Le moment est venu de changer de cap.

Sur la voie de l’ « autodétermination. »

Le soir du 16 septembre 1959, de Gaulle prononce une allocution télévisée. Il évoque le redressement de l’économie depuis son retour au pouvoir, puis passe à la situation algérienne. C’est le choc, le mot tabou est lâché : « Autodétermination ». Les illusions et les ambiguïtés de sa politique sont levées. Rejetant la sécession, le chef de l’État offre aux Algériens le choix entre l’ « intégration », baptisée par lui « francisation », et l’association. Ce discours marque le véritable tournant dans le règlement de la question algérienne. Il suppose la négociation ouverte avec le F.L.N. et reconnaît à la population musulmane, majoritaire, la possibilité de trancher.

Aussitôt, les partisans de l’Algérie française crient à la trahison. Le général de Gaulle n’a-t-il pas lancé un retentissant « Vive l’Algérie française » à Mostaganem en juin 1958 ? Dans Alger bruissant d’intrigues vont se dresser les premières barricades.

Barricade à Alger.

Lors de la « semaine des barricades » à Alger, en janvier 1960, les pieds-noirs manifestent leur refus d’une évolution politique de l’Algérie. Le 24 janvier 1960, les activistes pieds-noirs dirigés par Pierre Lagaillarde et Jo Ortiz tentent de sauver l’Algérie française en appelant la population européenne au soulèvement. Ne trouvant pas en elle - ni chez les parachutistes - tout le soutien escompté, ils ne défient le pouvoir qu’une semaine. Le 1er février, les insurgés se rendent. Mais la « semaine des barricades » a dévoilé d’inquiétants flottements dans le commandement militaire et a révélé l’ampleur de la tragédie à venir du « peuple pied-noir ».

Pourparlers et « porteurs de valises. »

Le 25 juin 1960, les premiers pourparlers entre le F.L.N. et le gouvernement français s’ouvrent à Melun. Ce sera un échec, mais la négociation a créé un grand espoir en France, la paix et le retour du contingent semblent proches. Pendant ce temps, les leaders algériens Ferhat Abbas et Lakhdar Ben Tobbal parcourent le monde pour recueillir des soutiens lors du prochain débat de l’O.N.U. La représentativité du F.L.N. croît parmi les alliés africains de la France. En métropole, les organisations de gauche affirment publiquement la nécessité d’une indépendance pour l’Algérie. D’autres militants vont plus loin et s’engagent dans une solidarité active avec « la résistance algérienne ». Le réseau le plus important d’aide au F.L.N. est celui qu’anime Francis Jeanson. Les « porteurs de valises », comme on appellera plus tard les personnes convoyant des fonds pour le F.L.N., ne sont encore que quelques centaines. En septembre 1960, cent vingt et un intellectuels signent un manifeste (dit Manifeste dès 121) proclamait le droit à l’insoumission contre la guerre d’Algérie.

En décembre 1960, plusieurs dizaines de milliers d’Algériens manifestent à Alger aux cris de « Algérie indépendante ! », « Vive le F.L.N. ! ». Gendarmes et C.R.S. tirent, faisant plus de cent victimes. Mais il est désormais évident que la voie vers l’indépendance est ouverte.

La création de l’O.A.S.

Le 8 janvier 1961, le référendum sur la politique d’autodétermination en Algérie donne à de Gaulle une large majorité, y compris en Algérie, où seules les grandes villes ont voté contre. Au nom du gouvernement français, Georges Pompidou peut alors entamer discrètement, en Suisse, des pourparlers avec le F.L.N. Au lendemain de la rencontre entre le général de Gaulle et le président tunisien Habib Bourguiba le 27 février, la France, soulagée, apprend que des négociations s’ouvriront le 7 avril.

L’autodétermination en Algérie.

Un Algérien distribue des tracts sur le marché de Tizi Ouzou, en Kabylie (Algérie). Ces tracts appellent à voter oui au référendum du général de Gaulle, président de la République française, sur l’autodétermination en Algérie, de janvier 1961.

Pour les partisans de l’Algérie française, « Ceux qui avaient cru en la parole de de Gaulle » le moment est venu. Le général Raoul Salan, interdit de séjour en Algérie, décide de jouer son va-tout. Avec l’aide de l’armée d’actives, découragées de se battre, et des Européens en proie à la panique, il met sur pied une sorte de contre-révolution. Des contacts se nouent en métropole. Une Organisation armée secrète (O.A.S.) est créée, il ne reste plus qu’à prendre le pouvoir... La révolte contre de Gaulle ne mobilise pas seulement des illuminés qui rêvent d’une Algérie impossible. Les militaires, qui ont le sentiment d’avoir gagné sur le terrain, ne veulent pas abandonner les soldats musulmans restés fidèles à la France, près de 200 000 hommes que l’on désignera sous le nom de harkis.

Les partisans de l’Algérie française couvrent les murs, en France comme en Algérie (ici à Oran), du sigle O.A.S. (Organisation de l’armée secrète), en 1962. Le 22 avril 1961, trois des plus hautes figures de l’armée française, les généraux Maurice Challe, Edmond Jouhaud, André Zeller, rejoints le 23 par Raoul Salan, appuyés par les parachutistes de la Légion et les commandos de l’air, tentent de s’emparer du pouvoir en Algérie. L’opération, aussi mal organisée qu’impopulaire en métropole et parmi le contingent, tourne rapidement court. Dans une allocution au verbe étincelant, de Gaulle stigmatise le « quarteron de généraux en retraite », tandis que les appelés, à l’écoute du transistor, entendent confirmer leur devoir d’obéissance à l’État. L’attitude prudente des grands chefs militaires fera le reste. Dans de nombreux corps d’armée, des généraux qui avaient promis leur soutien aux putschistes ont prudemment refusé de s’engager. La légalité reprend ses droits. Le général Challe se rend le 25 avril, l’armée d’actives rentre dans le rang les semaines suivantes. Suspendus en juin, les pourparlers entre le G.P.R.A. et le gouvernement français reprennent à Lugrin, en Haute-Savoie, en juillet. Mais la question du Sahara, convoité pour son pétrole et ses espaces propices aux expériences nucléaires, retarde la conclusion d’un accord.

La dernière année de l’Algérie française est marquée, des deux côtes de la Méditerranée, par la folie meurtrière de l’O.A.S. dirigée par Salan. Plasticages en série, exécutions de personnalités jugées trop « libérales » et d’Algériens musulmans... En un an, d’avril 1961 à avril 1962, les attentats de l’O.A.S. font 2 000 morts et le double de blessés. L’organisation activiste tente même à plusieurs reprises d’abattre le général de Gaulle. Le 5 octobre 1961, le préfet de police de Paris, Maurice Papon, instaure un couvre-feu pour les immigrés algériens. En guise de protestation, la Fédération de France du F.L.N. organise, le 17 octobre, une manifestation pacifique. La répression sera épouvantable : plusieurs dizaines de morts, des centaines de blessés, 11 500 arrestations.

De Gaulle a annoncé, le 2 octobre 1961, « l’institution de l’État algérien souverain et indépendant par la voie de l’autodétermination » et assoupli sa position sur le Sahara et les bases militaires françaises en Algérie. Les négociations peuvent reprendre. Un lieu est trouvé : Évian. Au début de l’année 1962, en dépit des consignes de l’O.A.S., et des « 400 000 soldats à qui de Gaulle a ordonné de rester l’Arme au pied « des milliers de pieds-noirs gagnent la métropole.

À travers les journaux et les syndicats, l’opinion réclame qu’on en finisse avec cette guerre. Une manifestation organisée à Paris le 8 février à l’appel de la gauche, contre les exactions de l’O.A.S. et pour la paix, est réprimée avec violence : huit manifestants, tous militants communistes, meurent étouffés contre les grilles du métro Charonne ; on compte également cent cinquante blessés. Le gouvernement français décide d’accélérer les négociations avec le F.L.N. La délégation française, conduite par Louis Joxe, veut aboutir à tout prix... L’accord est enfin conclu, à Évian, le 18 mars 1962.

Toujours sur ordre de De Gaulle plus de trois cents milles Harkis sont laissés en AFN. De Gaulle fait savoir qu’il ne veut pas de BICOTS en France. Cette trahison du Général ne sera jamais pardonnée par les centaines de milliers de Militaires qui ont du vivre la tragédie des fidèles Harkis comme une trahison de plus du Général.

Fin de la guerre d’Algérie

Des jeunes musulmans déploient le drapeau de l’Algérie indépendante, dans la Casbah d’Alger, après l’annonce des accords d’Évian du 18 mars 1962. Le cessez-le-feu intervient le lendemain, 19 mars. La guerre d’Algérie est terminée. L’O.A.S., privée de ses chefs, entame aussitôt un combat désespéré. Multipliants incendies et plasticages, ses « commandos Delta » tentent de transformer Alger et Oran en « nouveau Budapest ». Le 26 mars, pour « libérer le quartier de Bab-el-Oued », l’O.A.S. lance les civils européens dans la rue. À hauteur de la grande poste d’Alger, rue d’Isly, des tirailleurs algériens affolés ouvrent le feu sur la foule, faisant quarante-six morts et deux cents blessés.

Les Européens terrorisés se résignent à l’exode

Un tel fanatisme accélère la fuite des pieds-noirs, qui ne sont pas consultés, ni même très informés, sur les accords d’Évian, tandis qu’en métropole le référendum du 8 avril 1962 apporte au général de Gaulle la caution massive du peuple français : 90% des votants disent oui aux accords d’Évian. Les Européens d’Algérie sont terrorisés et l’exode commence. En quelques semaines, en juin et juillet 1962, près d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants se dirigent vers « la mère patrie », que beaucoup découvrent pour la première fois. Occupés par les départs en vacances, les Français n’y prêtent guère attention. Pour la masse des Algériens, « sept ans, ça suffit ». Le slogan court à travers les villes et les campagnes. C’est la fin des épreuves, le retour de la paix et de la liberté, durement conquises.

« Voulez-vous que l’Algérie devienne un État indépendant coopérant avec la France dans les conditions définies par la déclaration du 19 mars 1962 ? » Le 1er juillet 1962, en Algérie, six millions d’électeurs répondent oui à cette question, seulement 16 534 disent non. Les résultats, rendus publics le 3 juillet, donnent 91,23% de oui par rapport aux inscrits, et 99,72% de oui par rapport aux suffrages exprimés. Les villes et les campagnes sont en liesse, l’Algérie est indépendante après quatre-vingt-douze mois d’une guerre qui a causé la mort de trente mille Français et de près de quatre cent mille Algériens. Le drame ne s’achève pas avec l’indépendance. Des milliers de harkis, soldats supplétifs de l’armée française, seront massacrés tout au long des années 1962 et 1963.

L’Algérie indépendante

L’ordonnance du général de Gaulle, président de la République française, reconnaît officiellement l’indépendance de l’Algérie, le 3 juillet 1962. Dès le lendemain, la foule célèbre ce premier jour d’indépendance dans le centre d’Alger.

Mémoires de la guerre

Le bilan de la guerre d’Algérie, de part et d’autre de la Méditerranée, est très lourd. En Algérie, le conflit a fait des centaines de milliers de morts, provoqué le déplacement de millions de paysans, déstructuré durablement l’économie. En outre, il a amené au pouvoir le F.L.N. qui s’est présenté comme le seul héritier du nationalisme algérien. Parti unique, il a nié pendant presque trente ans tout pluralisme politique et culturel et conduit le pays au bord du gouffre. En France, si les victimes furent beaucoup moins nombreuses, le traumatisme n’en a pas été moins puissant. Faut-il rappeler que 1 300 000 soldats ont traversé la Méditerranée entre 1955 et 1962, soit la plupart des jeunes hommes nés entre 1932 et 1943 qui étaient susceptibles d’être appelés ? Toute une génération s’est donc trouvée embarquée pour une guerre dont elle ne comprenait pas les enjeux. Politiquement, le conflit a entraîné la chute de six présidents du Conseil et l’effondrement d’un régime. Or, pour des raisons singulières, la mémoire de cette guerre s’est trouvée littéralement confisquée. En France, on a préféré ensevelir le souvenir de cette « sale guerre » pour ne pas avoir à écrire toutes les pages d’un épisode peu glorieux de l’histoire. En Algérie, dont la victoire était essentiellement politique, on a reconstruit une histoire officielle qui gommait les terribles affrontements algéro-algériens et présentait l’image héroïque d’un peuple unanimement massé derrière le F.L.N.

Depuis lors, la fracture a été mal réduite et les tensions, les fantasmes, les obsessions perdurent. Sans que cela soit ni dit ni reconnu, cette époque algérienne submerge aujourd’hui, sans cesse, le quotidien français : revendications d’égalité des enfants d’immigrés algériens vivant dans les banlieues et révoltes dans les derniers camps de harkis ; débats autour de l’immigration et définition de 1’« identité française », discussions autour de la refonte éventuelle du Code de la nationalité... Si les rapatriés sont intégrés, économiquement et socialement, il n’en est pas de même des harkis, ces « coupables » d’avoir choisi la France, moisissant aux marches de la société française ; ni des fils d’immigrés algériens, victimes du racisme, ballottés entre deux histoires et considérés comme « étrangers » des deux côtés de la Méditerranée. Le 10 juin 1999, l’Assemblée nationale française décide, enfin, de reconnaître officiellement la « guerre d’Algérie ». Avec cette reconnaissance et l’arrivée de générations nouvelles, le temps est venu de passer à l’écriture sereine de l’histoire de la guerre d’Algérie.

L’Algérie indépendante

Après l’indépendance de 1962, les dirigeants algériens qui se succèdent vont tenter d’asseoir la légitimité de l’État, de bâtir une économie et de répondre aux aspirations d’une population de plus en plus nombreuse. De la présidence d’Ahmed Ben Bella en 1962 à l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika en 1999, ils éprouveront beaucoup de difficultés à atteindre cet objectif. L’Algérie reste confrontée non seulement à des problèmes économiques, sociaux et politiques, mais aussi et surtout à des questions touchant à son identité : place de l’islam, rôle de l’arabité, statut de la berbérité. Le non-règlement du problème identitaire conduira ce pays à une terrible guerre civile, commencée en 1992 et dont le bilan est estimé en 1999 à près de 100 000 morts.

Un pays au bord de la guerre civile

Le 3 juillet 1962, à la suite d’un référendum portant sur l’autodétermination du pays, l’Algérie accède officiellement à l’indépendance. Les Européens quittent en masse le nouvel État, déchiré dès sa naissance par des luttes féroces pour le pouvoir. Ahmed Ben Bella, un des fondateurs du F.L.N., emprisonné de 1956 à 1962 par les autorités françaises, et ses partisans créent à Tlemcen un « bureau politique ». Il se pose en rival direct du Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.), structure née en 1958, pendant la guerre, et dirigée par Benyoucef Benkhedda. D’autres divisions voient le jour : aux maquisards de « l’intérieur » s’opposent les combattants de l’armée de « l’extérieur » (l’armée des frontières), stationnée en Tunisie et au Maroc. Pendant que s’organise la chasse aux harkis, supplétifs des forces françaises durant la guerre d’indépendance, les clans se déchirent au sein du F.L.N, sans pouvoir contrôler des groupes armés parfois très autonomes. En cet été de 1962, l’unité de l’Algérie est en jeu. L’économie du pays est en ruine : le départ massif des pieds-noirs (Européens d’Algérie) a complètement désorganisé une économie de type colonial ébranlée par huit années de guerre (1954-1962). Près de la moitié de la population vit dans une misère totale. Mais la guerre civile ne se prolonge pas : Ahmed Ben Bella, soutenu par Houari Boumediene et l’Armée de libération nationale, la fameuse « armée des frontières », s’impose à ses adversaires politiques. Il est investi à la tête du gouvernement le 29 septembre 1962 et élu à la présidence de la République le 15 septembre 1963. Tout reste à faire pour le premier président de l’Algérie indépendante.

L’expérience autogestionnaire. (1963-1965)

Le 20 mars 1963, Ahmed Ben Bella présente à la radiotélévision le décret portant organisation et gestion des entreprises industrielles ainsi que des exploitations agricoles jugées vacantes du fait du départ des Européens. Le 1er octobre de la même année, il annonce la nationalisation des dernières propriétés appartenant à des colons français. L’objectif du nouveau pouvoir est de « rattraper le retard accumulé pendant cent trente ans de domination coloniale ». Dans un environnement où le Tiers Monde émerge sur la scène internationale, et où Nasser, en Égypte, s’est imposé comme le père du nationalisme arabe, l’Algérie opte sans hésiter pour une voie socialiste de développement.  L’« autogestion » devient le maître mot qui doit mobiliser et permettre de transformer l’Algérie. Le nouveau gouvernement promulgue des « lois de nationalisation des biens vacants », les fermes des colons français sont saisies, collectivisées et dirigées par des « comités de gestion ». L’absence totale de préparation de la population à ce type d’expériences rend difficile la mise en œuvre de l’autogestion. Des projets de socialisation gigantesques, dans le domaine industriel en particulier, sont ébauchés, sans base sociale réelle. En 1963, l’Algérie est forcée de contracter auprès de la France un prêt de 1 300 millions de francs (complété par 500 millions de francs empruntés auprès de l’U.R.S.S. et 250 millions de francs auprès de la Chine populaire).

Malgré ses talents politiques, Ahmed Ben Bella ne peut éviter l’éclatement du noyau historique du F.L.N. : en septembre 1962, Mohammed Boudiaf, l’un des dirigeants historiques de l’indépendantisme algérien, quitte le F.L.N. pour fonder le Parti de la révolution socialiste (P.R.S.), qui conteste la légitimité du nouveau pouvoir. Ferhat Abbas, premier président du G.P.R.A en 1958 et de l’Assemblée constituante en septembre 1962, s’éloigne de Ben Bella, qu’il juge trop antioccidental. En avril 1963, Mohammed Khider, un autre responsable de l’insurrection de novembre 1954, démissionne de son poste de secrétaire général du F.L.N. Hocine Aït Ahmed, compagnon de Ben Bella dans les geôles françaises, crée en 1963 le Front des forces socialistes (F.F.S.) qui s’ancre dans l’opposition. En 1964, une révolte armée éclate, menée par le colonel Chaabani, soutenu par Hocine Aït Ahmed et Mohammed Khider, qui annonce, en août 1964, « geler le trésor du F.L.N. », amassé pendant le conflit contre la France. Le 17 octobre 1964, Hocine Aït Ahmed est arrêté en Kabylie (il sera condamné à mort, puis gracié). Le spectre de la guerre civile réapparaît.

L’isolement de Ben Bella.

Au premier congrès du F.L.N. (16-21 avril 1964), Ben Bella affirme avec force la primauté de l’action révolutionnaire sur les tâches de construction institutionnelle et de réorganisation du pays. Cette dénonciation de la thèse du primat de la construction étatique vise le clan Boumediene, tandis que Ben Bella désigne lors de ce congrès les « éléments liés à la bourgeoisie » comme une menace pour le pays, ce qui illustre « la fréquente utilisation, en cette période de l’histoire algérienne, des schémas d’analyse marxistes aux fins de sublimer en luttes de classes des affrontements pour le pouvoir » (G. de Villers). Au début de 1965, l’Algérie doit faire face à la montée du chômage, à un exode rural massif et à une crise économique grave. L’émigration vers l’Europe se développe. Ben Bella est cependant convaincu de bénéficier du soutien populaire. Mais l’élimination de ses principaux adversaires politiques a surtout profité à Houari Boumediene, ministre de la Défense. Le 19 juin 1965, il fait arrêter Ben Bella, aux motifs de « culte de la personnalité », « liquidation des cadres révolutionnaires », « confusions idéologiques » et « gaspillage des ressources du pays ». Ben Bella restera enfermé, sans jugement, jusqu’en 1980.

La construction d’un État fort. (1965-1978)

Introverti, idéologue austère et autoritaire, Boumediene va marquer l’histoire de son pays. Le colonel Boumediene dirige le pays à la tête d’un Conseil de la révolution. Méfiant à l’égard du F.L.N., qu’il juge comparable à un « corps sans âme », il va appuyer son pouvoir sur l’armée et sur la redoutable « sécurité militaire » pour éliminer toute opposition. Mohammed Khider sera assassiné à Madrid en 1967 et Krim Belkacem retrouvé étranglé dans sa chambre d’hôtel à Francfort en 1970. À l’inverse de ce qui a été souvent écrit, c’est l’État-armée qui contrôle le F.L.N., et non le parti unique qui tient l’État. Le nouveau pouvoir met en place des structures municipales, pour contrôler davantage la société, légitimées par des « chartes communales ». La Charte nationale de 1976, document de référence idéologique du régime, consacre le socialisme comme une « option irréversible », et fixe les grandes orientations politiques économiques et culturelles. La Constitution de novembre 1976 confirme « l’islam comme religion d’État ». La première Assemblée populaire nationale est élue le 25 février 1977. C’est sur la scène régionale et internationale que Boumediene obtient ses succès les plus importants. Les intellectuels du Tiers Monde, mais aussi français, applaudissent au « miracle algérien ». Lors de la Conférence des pays non alignés à Alger en septembre 1973, l’Algérie offre l’image d’un État révolutionnaire, prompt à soutenir tous les « mouvements de libération » et à bouleverser les rapports Nord-Sud. Ce prestige incontestable dans le Tiers Monde n’empêche pas le régime algérien de commettre des erreurs sur le plan intérieur face à une situation difficile.

L’échec du « modèle développement » de Boumediene

Le 24 février 1971, le président Boumediene amorce la « décolonisation pétrolifère ». Au vieux régime des concessions est substituée une prise de contrôle à 51% des sociétés pétrolières françaises. Le pétrole et le gaz sont nationalisés. Seule la Compagnie française des pétroles (Total) acceptera de continuer ses activités, les autres compagnies pétrolières quittant l’Algérie. La France boycotte le pétrole algérien tandis que le dinar se dégage de la zone franc. Se développe alors la Sonatrach, qui devient la grande compagnie nationale chargée de prospecter et de commercialiser le pétrole algérien. Le processus de nationalisation des intérêts pétroliers étrangers indique une radicalisation des choix stratégiques du pouvoir sur le plan politique. Il a pour effet l’accroissement des ressources que l’État espère mobiliser en faveur du renforcement de son contrôle sur les principaux moyens de production et d’échange.

À la fin de 1973, le premier choc pétrolier multiplie par trois les recettes tirées des hydrocarbures. La stratégie algérienne de développement accorde un rôle majeur à ceux-ci en tant que source principale de financement de l’industrialisation. Elle privilégie la transformation sur place des ressources minières et pétrolières. Ce caractère « industrialisant » des hydrocarbures doit donc contribuer à la réalisation d’un système productif cohérent. Dans la foulée, Boumediene crée soixante-dix sociétés nationales, qui structurent totalement le tissu économique et sont censées assurer un développement à marche forcée. Son principal ministre, Belaïd Abdesslam, impose le concept des « industries industrialisantes » qui, dans la réalité, dépasseront rarement 30% de leur capacité de production. Pour réussir le « décollage économique », Boumediene lance aussi la « révolution agraire », qui échouera pour de multiples raisons : distribution inéquitable des terres, bureaucratie, inexistence de circuits de distribution... En revanche, les efforts en matière de scolarisation portent leurs fruits : quatre millions d’enfants sont scolarisés dans le primaire en 1978, année de la mort de Boumediene, contre un million en 1962-1963. L’absence totale de maîtrise de la démographie - avec un taux de natalité de 35‰ en 1972 - réduit à néant les efforts d’amélioration du niveau de vie. En 1978, près de 60% de la population n’a pas connu la colonisation.

Constitution et fondamentalisme d’État.

Dans les années 1970-1980, le régime algérien décide l’arabisation de l’enseignement et l’islamisation de la société qu’il met en œuvre par une série de mesures. Un décret est ainsi promulgué le 16 août 1976 pour l’application du repos obligatoire le vendredi au lieu du dimanche ; le 12 mars 1976 sont interdits les paris comme la vente des boissons alcoolisées aux musulmans ; en février 1980, un décret demandera au ministère des Affaires religieuses « de veiller à développer la compréhension de l’islam, tout en expliquant et diffusant les principes socialistes du régime ». La Constitution algérienne et la charte nationale de 1976, base idéologique du régime, définissent la place et le rôle de l’islam dans les institutions. La Charte nationale du 27 juin 1976 dispose que « l’islam est religion d’État » (article 2), et ajoute que le président de la République doit être de « confession musulmane » (article 107), « qu’il prête serment [...], doit respecter et glorifier la religion musulmane » (article 110), et qu’« aucun projet de révision constitutionnelle ne peut porter atteinte à la religion d’État » (article 195). L’école unique est confessionnelle. Le nombre de mosquées passe de 2 200 en 1966 à 5 829 en 1980. L’État contrôle étroitement le ministère des Affaires religieuses : les imams sont « fonctionnarisés » par le pouvoir. Un décret du 6 août 1983 centralisera la formation des cadres du culte. L’État « nationalise » l’islam sans vouloir le modifier. Profitant de l’emprise du religieux sur la société, le mouvement islamiste, naissant dans les années 1970, fonctionne de manière souterraine en développant le langage du refus de la soumission de l’islam à l’État.

Sur recommandation de l’armée, le colonel Chadli Bendjedid est désigné comme successeur de Boumediene par le F.L.N., parti unique, en tant qu’« officier le plus ancien dans le grade le plus élevé ». Il est élu président de la République le 7 février 1979. Le nouveau pouvoir se heurte au « printemps berbère », véritable explosion culturelle qui met en lumière la pluralité linguistique en Algérie (l’arabe, le berbère, le français). Les émeutes de Tizi Ouzou, en Kabylie, sont sévèrement réprimées en avril 1980. Chadli tente une timide ouverture politique, réduit le rôle des services de sécurité et de renseignements, modernise l’armée. Il élabore un plan quadriennal (1980-1984) qui veut donner la priorité aux secteurs négligés (agriculture, hydraulique, habitat), cherche à rentabiliser le secteur industriel fortement endetté, et commence à réhabiliter le secteur privé. Il écarte peu à peu les hommes de son prédécesseur. Dans une volonté de « moralisation », le pouvoir entend mettre en cause ceux qui, d’une façon ou d’une autre, auraient pu être amenés à détourner des fonds. Toutefois, la procédure est vite étouffée.

Malgré plusieurs campagnes d’« assainissement », c’est sous les mandats de Chadli que la corruption atteint d’importantes proportions. La pratique des « commissions » pour l’implantation de sociétés étrangères sur le territoire algérien se développe à grande échelle. La bureaucratisation du F.L.N. devient évidente lorsqu’un congrès du parti, en 1980, décide que tout Algérien ayant une fonction importante au sein de l’État doit être obligatoirement « membre du F.L.N. ». En 1984, grâce à ses revenus pétroliers, l’Algérie échappe à la « révolte du pain » qui secoue le Maroc et la Tunisie. Mais la population est de plus en plus excédée par l’étalage de richesses et l’arrogance d’une nouvelle caste de privilégiés. Le fossé se creuse entre deux sociétés. Les frustrations de tous ordres s’accumulent, surtout au sein de la jeunesse. Les cours du pétrole s’effondrent brutalement en 1985. Les devises se font rares. L’Algérie adopte un plan d’austérité draconien : réduction des dépenses sociales, des importations et du budget de l’État. Les biens d’équipement et de première nécessité commencent à manquer. L’exode rural s’accélère, mais la crise du logement dans les villes ne permet pas un accueil convenable. En proie au chômage, privés d’une véritable vie culturelle et de grands projets mobilisateurs, les jeunes représentent une force explosive.

La crise de l’État-Nation.

Dans les années 1980-1990, des processus majeurs se développent qui entrent en résonance avec un nouveau courant politique : l’islamisme. Le Maghreb fait face à l’Europe. Des liens très complexes, issus souvent de rapports conflictuels (l’histoire coloniale) se sont noués entre eux. La volonté de fermeture des frontières émise par l’Europe à partir des années 1985-1986, par la France en 1986 avec l’instauration de visas qui interdit de facto la circulation très intense entre le Maghreb et la France, a suscité un repli identitaire au Maghreb (« l’Europe se ferme, soyons nous-mêmes », disent de nombreux jeunes empêchés de partir). À une montée des nationalismes en Europe, répond une crise des États-nations maghrébins et l’éclosion de nouveaux nationalismes au Maghreb. En Algérie, l’État-nation, construit au lendemain de l’indépendance sur le modèle français essentiellement, jacobin et centralisateur, entre en crise. Même si la propagande, les discours et l’idéologie officielle nient cet emprunt, c’est bien ce modèle qui est venu se plaquer sur les situations historiques de l’Algérie. Dès lors, plusieurs questions se posent : peut-on construire un État-nation moderne sur un modèle importé déjà existant ? faut-il se réclamer de l’arabité, du nationalisme arabe ? ou faut-il se réclamer du nationalisme musulman, de la umma islamique (communauté des croyants) ? Ces questions qui traversent la société prouvent que l’État n’a plus le monopole du sentiment national. Dans cette ambivalence du concept national, des brèches, des fractures s’ouvrent dans lesquelles les islamistes peuvent s’engouffrer. Ils captent les aspirations nationales pour contester l’État, le défier. Les sociétés maghrébines sont aussi confrontées à l’avènement de l’individu, de l’autonomie, qui se traduit, par exemple, par la consommation d’images, par une volonté de circulation, d’indépendance de la presse, d’exercice des droits et de création. Cette évolution induit ainsi une crise du modèle familial, du modèle communautaire, essentiels dans ces sociétés. On passe de la notion d’un sujet constamment soumis à des impératifs familiaux, religieux, traditionnels, à celle d’un sujet faisant la loi, la loi humaine. L’islamisme politique se présente comme une réponse à ce trouble très profond. En fait, le mouvement islamiste en Algérie a déjà une longue histoire, possède ses « héros » et dispose d’une audience considérable, surtout dans la jeunesse. Il a été encouragé dans son développement par la mise en œuvre d’un fondamentalisme d’État.

Montée en puissance de l’islamisme.

Le cheikh Abdelatif Soltani a publié en 1974 une virulente critique du « socialisme » des dirigeants algériens, considérée comme le premier manifeste du mouvement islamiste en Algérie. Il dénonçait « la dissolution des mœurs » et « les principes destructeurs importés de l’étranger ». L’association Al Qiyam (les valeurs), constituée en 1964 autour de la personnalité de Malek Benabi (considéré comme le père du fondamentalisme religieux contemporain en Algérie), se présente à l’époque comme l’instrument de restructuration des valeurs authentiques de l’islam. Elle préconise « une politique islamique tirée de la Révolution divine », et envisage la formation d’un « État unique, avec un chef unique, fondé sur les principes musulmans ». L’association, dissoute par un décret du 16 mars 1970, ouvrira la voie à d’autres courants de l’islamisme algérien. Ceux-ci se développent en utilisant la querelle linguistique des années 1970. Les étudiants des filières arabisées, frustrés par le manque de débouchés et par l’insuffisance de leur formation, auront une oreille attentive aux revendications qui valorisent la culture arabo-musulmane. Et l’islamisme politique partira des universités, dans les années 1980-1990.

Les premiers incidents, violents, éclatent entre groupes « islamistes » et « laïcs » à la cité universitaire Ben Aknoun d’Alger le 2 novembre 1982 (un étudiant laïc est tué à coups de sabre). Le mouvement islamiste fait son apparition au grand jour au moment des obsèques de Cheikh Abdelatif Soltani, au cimetière de Kouba, le 16 avril 1984. Plus de dix mille personnes se retrouvent pour la cérémonie qui donne lieu à des affrontements puis à des arrestations. Des prédicateurs de mosquée alimentent la mobilisation islamiste. Ils mènent campagne pour la moralisation d’une société considérée comme impie et ils trouvent une source d’encouragement pour la diffusion de leur idéologie à travers le débat sur le Code du statut personnel et de la famille. En dépit de nombreuses protestations, ce Code est adopté le 29 mai 1984 par l’Assemblée populaire nationale. Le maintien, même limité, de la polygamie, l’interdiction, pour les femmes, d’épouser un non-musulman, l’obligation qu’elles ont, même majeures, d’avoir un tuteur matrimonial sont en contradiction avec la Constitution qui proclame, théoriquement, l’égalité devant la loi. De nombreuses associations de femmes, en particulier les combattantes de la guerre d’indépendance, considèrent que ce Code constitue une régression dans les rapports entre les sexes. Les islamistes en profitent, de leur côté, pour revendiquer l’application intégrale de la charia (loi islamique).

En avril 1985, cent trente-cinq islamistes accusés d’appartenir à une organisation clandestine, le Mouvement islamique d’Algérie (M.I.A), sont jugés. Leur chef, Mustapha Bouyali, qui défie les forces de l’ordre dans sa région d’origine (Larba’a, près d’Alger) depuis cinq ans, est condamné à la prison à perpétuité, par contumace. Il sera abattu en janvier 1987. En novembre 1986, la grande capitale de l’Est algérien, Constantine, est touchée par de violentes émeutes de jeunes. Le F.L.N. et la classe politique en général sont mis en accusation. Le mécontentement grandit, avant d’aboutir aux manifestations sanglantes d’octobre 1988.

L’effondrement du parti unique (1988-1991). Démocratie et islamisme, la course de vitesse

Un an avant la chute du Mur de Berlin, l’Algérie est confrontée, en octobre 1988, à l’effondrement du système du parti unique qui, avec l’armée, encadrait de manière autoritaire l’ensemble de la société. Commence alors une course de vitesse pour savoir qui, d’un « pôle démocrate » ou d’un « pôle islamiste », peut se substituer au vide laissé par le F.L.N. Cette bataille se déroule au moment où le Maghreb et le monde arabo-musulman en général sont traversés par des fièvres nationalistes identitaires. Le 5 octobre 1988, le centre commerçant d’Alger est saccagé. Le 6, plusieurs bâtiments publics sont incendiés. L’état de siège est décrété et le couvre-feu instauré. Les 8 et 10 octobre, l’armée tire sur les manifestants dans la capitale. Les islamistes ne sont pas à l’origine des violentes émeutes, largement spontanées, qui ont débuté le 4 octobre. Mais, dès le 8 octobre, ils canalisent une manifestation à Kouba, contre laquelle l’armée ouvre le feu et qui fera soixante morts. Un bilan officieux des cinq jours d’émeutes, qui s’étendent à toute l’Algérie, fait état de six cents morts. Des comités se forment pour dénoncer la pratique de la torture. Le traumatisme est grand dans l’ensemble du pays, et rien ne sera plus comme « avant octobre 1988 ». Le séisme est tel que Chadli Bendjedid prend des mesures dont la principale consiste à faire approuver par référendum, le 23 février 1989, une nouvelle Constitution qui supprime notamment le rôle dirigeant du parti unique. Le 4 mars 1989, tous les officiers de l’armée se retirent du comité central du F.L.N. Une loi portant autorisation des associations à caractère politique ouvre, dès lors, la voie au multipartisme. Des formations nouvelles voient le jour, comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (R.C.D.), et d’anciens partis d’opposition, comme le Front des forces socialistes (F.F.S.) de Hocine Aït Ahmed ou le Mouvement pour la démocratie en Algérie (M.D.A.) d’Ahmed Ben Bella, développent officiellement leurs activités. De nombreux journaux, d’une grande liberté de ton (par exemple, les quotidiens El Watan, Le Matin ou Le Quotidien d’Algérie), paraissent, des associations de défense des droits de l’homme se créent.

Pour la première fois depuis son indépendance (et à la différence de nombreux autres pays du Tiers Monde), l’Algérie s’engage alors dans un réel processus de démocratisation. Face à l’émergence de ce pôle démocratique, encore fragile, les islamistes groupés dans le Front islamique du salut (F.I.S.) vont largement occuper la scène politique et idéologique. Le 18 février 1989, le F.I.S. est fondé officiellement à Alger, avec pour principaux dirigeants Abassi Madani et Ali Belhadj. Le 14 septembre de la même année, le gouvernement algérien légalise ce mouvement. C’est, là aussi, une grande innovation : pour la première fois, un pays arabe et musulman autorise un parti qui a pour fondement l’islam et pour but annoncé l’instauration d’une « République islamique ». Des dirigeants de l’armée pensent que cette légalisation d’un parti islamiste est une faute, dans un pays où la religion joue un rôle si fort et constitue un des leviers de la cohésion nationale. D’autres, comme Chadli Bendjedid et son Premier ministre, Mouloud Hamrouche, estiment au contraire que les garanties constitutionnelles sont suffisantes pour parer à toute menace intégriste. Cependant, l’expérience de démocratisation est entravée par une série d’arrière-pensées politiciennes (le F.L.N. se positionnant comme la seule alternative au F.I.S.) et d’erreurs de calculs (la sous-estimation par le pouvoir de la puissance des troupes islamistes) qui vont conduire à la crise ouverte.

Le 12 juin 1990, aux élections municipales et régionales, on assiste à un rejet massif du F.L.N., et à un raz-de-marée du F.I.S., qui rafle presque tous les conseils municipaux des grandes villes. Sur 12 841 769 inscrits et 8 366 760 votants, le F.L.N. obtient 2 245 798 voix (28% des votants et 17,49% des inscrits) et le F.I.S. 4 331 472 voix (54,25% et 33,73%). Le pouvoir pense alors que des mesures économiques et sociales permettront de limiter l’influence du F.I.S. C’est, encore une fois, mal apprécier le travail en profondeur effectué par les militants islamistes sur le terrain. Mais, surtout, c’est mal juger ce qui fait la force du F.I.S. : sa conception de la nation, exclusivement musulmane, et débarrassée de toute influence étrangère.

La singularité du F.I.S.

Les islamistes algériens rejettent la démocratie comme produit de l’histoire coloniale française et valeur importée par un Occident diabolisé en permanence. Leur discours passe en force dans une jeunesse en quête d’identité et de mémoire. Le mouvement islamiste est dirigé par des « lettrés », des intellectuels issus des universités scientifiques, appuyés sur une base massivement jeune de chômeurs et de déclassés urbains. La force de l’islamisme consiste à proposer une rupture avec l’État actuel, en retrouvant les accents et le vocabulaire de l’ancienne fracture avec l’État colonial français. Ils réactivent une mémoire politique, selon un processus déjà mis en œuvre à l’époque coloniale : rupture avec un État considéré comme impie ou antireligieux ; rupture avec un islam officiel, institutionnel. En quelque sorte, un autre « 1er novembre » (date symbole de l’insurrection contre la France en 1954) est nécessaire, d’autres « fils » du nationalisme se lèveront. Le triptyque nation-identité religieuse-peuple apparaît comme expression, ferment et conséquence de ce néo-nationalisme naissant. Il sert à expliquer pourquoi les structures actuelles doivent disparaître au nom de réalités plus profondes, plus anciennes, donc plus légitimes. Dans la guerre anticoloniale contre la France, cette conception s’exprimait déjà, en partie, à travers le F.L.N., pour qui la notion de « peuple un », constituée sur une base religieuse, allait être un pilier essentiel de son idéologie. Ce thème du « peuple un », seul héros anonyme, était censé réduire les menaces d’agression externe (francisation, assimilation) et de désagrégation interne (régionalisme, particularismes linguistiques, en particulier berbère). Le F.I.S. reprend à son compte ce thème de « l’unité de la nation », en l’élargissant à la communauté des croyants sans frontières (umma islamiya), sorte de bloc indécomposable, uni et unanime. Ce populisme, déjà porté par le F.L.N., contribue à simplifier la politique, à radicaliser les couples amis-ennemis, de telle sorte que les conflits ordinaires se trouvent disqualifiés. Toute opposition est traitée comme une menace potentielle de guerre civile, et surtout comme l’indice de complots destructeurs.

Le F.I.S. pousse donc la logique populiste véhiculée par le F.L.N., en la colorant de religiosité. Et ce d’autant plus facilement que « les pères fondateurs » du nationalisme algérien, porteurs de modernité par l’élaboration d’une symbiose entre République et islam, ont été gommés de l’histoire officielle du pays (c’est le cas de Messali Hadj et de Ferhat Abbas). Profitant de cette amnésie, le F.I.S. se pose ainsi en mauvaise conscience du F.L.N. Pourtant, le F.I.S. ne peut pas prétendre à être le « parti du peuple entier ». Car la société algérienne, contrairement au parallèle établi parfois avec l’Iran à la veille de la chute du shah, est violemment fracturée. D’un côté, ceux qui se réclament d’une République islamiste, de l’autre, ceux qui aspirent à la démocratie. Dans l’entre-deux, des millions d’Algériens attendent l’issue de cet affrontement. L’Algérie est très imprégnée du mode de vie, des idées et des institutions européennes en raison de son passé colonial. Et l’émigration, nombreuse, a construit un espace mixte décisif dans l’ouverture à la modernité. Les islamistes restent pourtant une force dominante, parce qu’ils s’appuient sur des catégories sociales nouvelles et urbaines, parce qu’ils postulent à combler le vide créé par le discrédit du F.L.N., enfin, parce qu’il n’y a pas de relève des générations politiques. Le F.I.S. apparaît alors, et notamment pour la jeunesse, comme le grand vainqueur de l’effondrement du parti unique au lendemain des émeutes d’octobre 1988.

État de siège

Les premières élections législatives pluralistes sont prévues pour le 27 juin 1991. Mais le F.I.S., en désaccord avec le mode de scrutin et le découpage électoral prévu, choisit l’affrontement dans la rue. Une dynamique insurrectionnelle se met en place. L’armée, dirigée par le général Khaled Nezzar, ministre de la Défense, intervient à nouveau. Les élections sont reportées et les principaux responsables du F.I.S., Abassi Madani et Ali Belhadj, sont arrêtés. Le 5 juin, l’état de siège est décrété, tandis que le Premier ministre, Mouloud Hamrouche, est contraint par l’armée à la démission. Il est remplacé par Sid Ahmed Ghozali, qui s’affirme partisan de la reprise du processus électoral. Le premier tour des élections législatives se tient le 26 décembre 1991. De tous les partis en lice, seuls les « trois fronts », le F.I.S., le F.F.S. et le F.L.N., tirent leur épingle du jeu.

L’abstention est de 42%. Les islamistes enlèvent 188 sièges, laissant loin derrière le F.F.S. (25 sièges) et le F.L.N. (15 sièges). Mais le F.I.S. a perdu plus d’un million de voix par rapport aux élections municipales de juin 1990. Y aura-t-il un sursaut des abstentionnistes contre le F.I.S., au second tour des élections ? Celui-ci n’aura pas lieu. Le 11 janvier 1992, l’armée « démissionne » Chadli, qui entendait cohabiter avec le F.I.S. Les ministres et les chefs militaires forment un Haut Conseil de sécurité qui décrète, le 12, la suspension du processus électoral. Un Haut Comité d’État se forme le 14 ; il fait appel, pour le présider, à Mohamed Boudiaf, un des chefs historiques du F.L.N., exilé depuis vingt-huit ans au Maroc où il dirige une petite briqueterie. Mohamed Boudiaf, intègre et moderniste, obtient l’interdiction du F.I.S. et désire ensuite s’attaquer au F.L.N. Il veut fonder une « société solidaire et juste », en réformant sérieusement le système. Boudiaf est tué le 29 juin 1992 à Annaba. Il est le premier chef d’État du Maghreb, depuis les indépendances, à être assassiné. Il bousculait trop d’intérêts... Ali Kafi, autre vétéran de la guerre d’indépendance contre la France, le remplace.

Le 26 août 1992, dans l’aérogare d’Alger, un attentat à la bombe, officiellement attribué à des islamistes, coûte la vie à dix personnes et fait des dizaines de blessés. Le terrorisme aveugle frappe la population civile. Le pays est en état de choc. Les partis d’opposition démocratique réclament la reprise du processus électoral « pour rendre l’espoir à la population ». Le Front des forces socialistes estime que c’est là le seul moyen pour « réconcilier le citoyen avec ses institutions ». Assassinats d’intellectuels, de magistrats ou de policiers ; arrestations en masse et exécutions de militants islamistes ; procès et condamnations ; couvre-feux ; enlèvements et meurtres d’étrangers : l’Algérie plonge, depuis l’interruption du processus électoral et l’instauration de l’état d’urgence en février 1992, dans une véritable guerre qui n’ose avouer son nom. Le souvenir de la première guerre d’Algérie, contre la France, avec son cortège d’atrocités, refait surface dans les mémoires.

L’État vacille

À la fin de l’année 1992, « une guerre sans nom » s’installe, qui fera des milliers de victimes, dont l’écrivain Tahar Djaout, le psychiatre Mahfoud Boucebci, l’économiste Djilali Liabès, et l’ancien Premier ministre Kasdi Merbah. Tous ont été assassinés durant l’année 1993. On estime à 10 000 le nombre d’islamistes enfermés dans les camps du Sud algérien. Selon un communiqué d’Amnesty International publié le 28 octobre 1993, la violence politique, depuis février 1992, a fait que « au moins 700 militants islamistes présumés ont été tués par les forces gouvernementales : il s’agissait apparemment, dans certains cas, d’exécutions extrajudiciaires. Plus de 140 civils ont par ailleurs été victimes, au cours de la période, d’homicides délibérés et arbitraires qui semblent avoir été perpétrés par des groupes armés de militants islamistes. Plus de 400 membres des forces de sécurité ont été tués pendant la même période ». Certaines personnes qui appartiennent à l’« élite », universitaires ou médecins, ingénieurs ou avocats, songent à quitter l’Algérie. D’autant que, en dépit des communiqués officiels annonçant « le dernier quart d’heure » des intégristes, l’engrenage de la violence ne semble pas près d’être enrayé. En 1994, des dizaines de journalistes algériens seront assassinés, ainsi que des ressortissants étrangers (dont 18 Français). Le 24 août, la France ferme tous ses locaux consulaires, et limite fortement la délivrance de visas. Le 6 octobre, le ministère de l’Éducation nationale algérien annonce que 600 écoles ont été détruites et 50 enseignants tués depuis 1993. Le régime semble vaciller sous les coups de boutoir des maquisards islamistes. Mais ces derniers sont également affaiblis par la violente répression étatique et minés par leurs propres divisions. Les diverses composantes du F.I.S. s’affrontent et s’émiettent entre les tenants de la solution « Algérianiste » et ceux qui optent pour une solution orientée vers la umma, c’est-à-dire vers le dépassement du cadre national. En raison de la répression, une partie de la direction du mouvement se trouve emprisonnée, sans possibilité de contrôle sur les cadres ou les militants. Le désarroi s’accentue, sans compter les problèmes dus à l’infiltration ou au noyautage par les services algériens de sécurité. Dans les maquis de l’Armée islamique du salut (A.I.S.), bras armé du F.I.S., les rivalités s’exacerbent entre les individus, les courants, qui se trouvent soit à l’étranger soit en Algérie. Des divergences se manifestent aussi entre ceux qui portent la mémoire de la guerre d’Afghanistan (1979-1989), ceux qui ont le souvenir de l’époque du combat livré contre la France, ceux qui aspirent à se venger du régime à titre personnel. Elles aboutissent à une parcellisation de groupes armés quelquefois très cloisonnés et autonomes les uns par rapport aux autres, ce qui rend très difficile l’attribution d’un attentat à tel ou tel groupe. Les Groupes islamiques armés (G.I.A.), qui s’opposent à l’A.I.S., apparaissent en janvier 1994 dans ce contexte. Les G.I.A. sont le produit d’une scission réelle à l’intérieur de l’A.I.S., qui sera infiltrée par des éléments de la sécurité militaire.

Du côté de l’État, l’édifice qui reposait sur un système de parti unique se transforme. Des hommes qui ont appartenu à ce parti se reconvertissent dans les « affaires ». D’autres s’accrochent à ce qui fut la « grandeur » du parti, de l’armée, nostalgiques du régime disparu de Boumediene. Les clans, les familles, les survivants du parti unique, les partisans du multipartisme se livrent à des règlements de comptes, à des luttes obscures. Toute une société, lasse des exactions et du terrorisme, a le sentiment d’être prise en otage. Des forces politiques ou citoyennes essaient d’exister par elles-mêmes, notamment des journalistes algériens qui se battent pour une presse indépendante, des femmes, des intellectuels, des syndicalistes, mais avec la conviction que plus le temps passe plus il sera difficile de s’imposer (il est significatif que certains des intellectuels assassinés ont refusé cette alternative entre les islamistes et l’armée). Le début de l’année 1995 donne le ton de la suite des événements : ce sera la poursuite d’un conflit terrible. Ainsi, le 30 janvier, une voiture piégée explose dans le centre d’Alger, faisant 42 morts et 256 blessés. Dans la matinée du 22 février, les forces de sécurité algériennes donnent l’assaut à la prison de Serkadji pour briser une mutinerie de militants islamistes. Le bilan est de 99 islamistes tués et de 4 gardiens égorgés. Ces deux événements, survenus en moins d’un mois, dans la seule ville d’Alger (140 morts), illustrent l’état de guerre qui règne en Algérie.

Le détournement d’un Airbus d’Air France, le 24 décembre 1994, par un commando du G.I.A. a montré que cette guerre (sous la forme d’un terrorisme publicitaire) pouvait faire irruption sur le sol français. Des négociations destinées à mettre sur pied une opposition algérienne sont menées à Rome en janvier 1995, organisées par la communauté catholique de Sant’Edigio. Les signataires de la « plate-forme de Rome », le F.L.N., le F.F.S. et le F.I.S., proposent au pouvoir un dialogue mais refusent de participer aux consultations électorales. Ils estiment que la levée de l’état d’urgence (en vigueur depuis trois ans) doit précéder les élections. Le pouvoir rejette les propositions de dialogue élaborées à Rome. Quant à la France, dont 31 ressortissants ont été assassinés en Algérie depuis 1992, et dont la politique à l’égard de ce pays n’a jamais été claire, elle est devenue otage de cette guerre algérienne. Elle a vécu sur son sol, durant l’été de 1995, au rythme de menaces constantes d’attentats ou de tentatives d’attentats qui firent plusieurs morts et des dizaines de blessés, revendiqués par les G.I.A.

Les incertitudes et les cruautés de la guerre

L’élection présidentielle de novembre 1995 représente un enjeu important pour un pouvoir algérien en quête de légitimité politique. Le scrutin lui-même et sa préparation (32 000 bureaux de vote sont prévus, répartis dans 8 000 centres, 14 millions d’électeurs sont attendus, ils seront encadrés par 37 000 agents) serviront de test. Les quatre candidats, qui ont recueilli les 75 000 signatures requises, sont le général Liamine Zeroual, président en exercice depuis janvier 1994, il avait été désigné par l’armée ; Mahfoud Nahnah, du mouvement islamiste Hamas, considéré comme « modéré » ; Saïd Sadi, secrétaire général du Rassemblement pour la culture et la démocratie (R.C.D.), et Nourredine Boukrouh, dirigeant du Parti du renouveau algérien (P.R.A.). Le 16 novembre 1995, Liamine Zeroual est élu au premier tour président de la République algérienne avec 61% des suffrages exprimés. Cette élection est unanimement qualifiée « d’élection de l’espoir », le nouveau président ayant esquissé un dialogue avec l’opposition démocratique et les islamistes. Ces derniers semblent entériner le désir d’arrêter la violence exprimé par l’importance de la participation des Algériens au processus électoral (le taux de participation officiel est de 75%, mais, selon d’autres estimations, la réalité serait plus proche de 50%, ce qui reste appréciable). Le F.L.N. et le F.F.S., qui avaient appelé au boycottage de ce scrutin, se tiennent désormais sur la défensive.

Plusieurs événements politiques vont marquer l’année 1996. D’abord, la volonté de poursuivre le dialogue initié par le président Zeroual qui reçoit l’appui de la majorité des partis pour amener le pays à la démocratie (Conférence de l’entente nationale du 14 septembre). Ensuite l’adoption d’une nouvelle Constitution, approuvée par référendum le 28 novembre (85,81% des voix), qui consacre l’islam religion d’État, interdit les partis religieux et régionalistes et, surtout, accroît les pouvoirs présidentiels. Pourtant, le dialogue politique ne s’instaure pas, et les attentats terroristes reprennent. La violence étatique, de son côté, ne faiblit pas. Arrestations et disparitions de présumés terroristes se poursuivent à grande échelle. Au fil de l’année 1996, les informations qui sortent d’Algérie sont effrayantes. Ainsi, dans le seul mois d’août, le journal saoudien Al Hayat rapporte que 63 civils, dont des femmes, des enfants et des vieillards, ont été égorgés dans les Aurès. Les « patriotes », comme se dénomment les miliciens d’autodéfense armés par le pouvoir algérien, exercent alors des représailles sur des familles soupçonnées d’être proches des « terroristes ». Les islamistes, sûrs d’avoir la « caution de Dieu », massacrent sans pitié les « patriotes » ; et ces derniers, lorsqu’ils mettent la main sur des « terroristes », ripostent avec une terrible sauvagerie. À la violence politique s’ajoutent, au cours des années, d’autres facteurs : haines tribales, racket, antagonismes entre villages, vengeances claniques ou personnelles remontant parfois à la « première guerre d’Algérie ». Pendant ce temps, les autorités d’Alger s’efforcent de convaincre leurs partenaires économiques étrangers que le terrorisme vit ses « derniers soubresauts », qu’il est « résiduel ». Jouant sur les hésitations et les divisions de l’opposition (y compris à l’intérieur de la mouvance islamiste, où les G.I.A. s’affrontent militairement au F.I.S.), le pouvoir entend mener à bien son projet de « normalisation » de la scène politique algérienne, esquissée par l’élection présidentielle du 16 novembre 1995. Le président Zeroual propose d’organiser des élections législatives et communales, respectivement au premier et second semestre de 1997, après le référendum sur la révision de la Constitution. Sur fond de recherches de solutions politiques, la violence en Algérie se poursuit.

L’Église de ce pays est cruellement frappée en 1996. « Nous avons tranché la gorge des sept moines. » C’est en ces termes qu’un communiqué portant le cachet du G.I.A. et daté du 23 mai annonce l’assassinat des sept religieux français enlevés le 27 mars 1996 dans leur monastère de Tibéhirine près de Médéa, au sud-ouest d’Alger. Ce massacre, le plus important commis contre les Français en Algérie depuis le début des violences en 1992, est dénoncé par tous les partis politiques algériens, y compris par le F.I.S. En France, l’émotion est immense. L’ensemble des formations politiques françaises appelle à une manifestation de « solidarité et de protestation nationale ». Le dimanche 26 mai, le glas sonne dans toutes les églises de France.

La France dans le drame algérien

Un nouvel appel est lancé par Paris aux derniers Français résidant en Algérie. Mais l’alternative peut-elle aussi facilement se limiter à rester ou partir ? Rester, c’est exposer sa vie, voire celle des autres. Partir, c’est faire le jeu de ceux qui entendent tirer un trait définitif sur toute trace de présence française en Algérie. En juillet 1994, Mgr Pierre Claverie, archevêque d’Oran, exprimait ce cas de conscience qui se pose aux étrangers : « Faut-il se maintenir à tout prix ? » Et il répondait aussitôt en citant ses propres amis musulmans : « N’écoutez pas les sirènes du départ. Restez, nous avons besoin de vous. » Deux ans plus tard, le 1er août 1996, l’archevêque d’Oran est tué par l’explosion d’une bombe près de son domicile. L’assassinat de Pierre Claverie porte à dix-neuf le nombre de religieux chrétiens tués en Algérie de 1993 à 1998. Ces faits montrent que ni le régime algérien ni les groupes armés n’ont renoncé à faire de la France un des enjeux de leur lutte. La France décide de réduire sensiblement son aide à l’Algérie. Cette décision est annoncée le 25 juin 1996. L’enlèvement et la fin tragique des sept moines de Tibéhirine n’auront rien fait pour améliorer les relations de la France avec les autorités militaires algériennes, accusées par Paris d’avoir surtout tenté de préserver leurs propres intérêts plutôt que de chercher à sauvegarder la vie des otages.

Pourtant, la France ne peut se désintéresser de l’Algérie sur le plan économique. Si ce pays reçoit 1% seulement des exportations françaises, l’excédent réalisé par Paris en Algérie, en 1995, s’élève à 6,7 milliards de francs, soit le sixième meilleur solde positif bilatéral. La France est tout particulièrement exportatrice de produits automobiles et pharmaceutiques, et Paris reste, de loin, le premier fournisseur d’Alger, alors que le pays n’est que le vingt-sixième fournisseur de la France. Surtout, l’Algérie reste un des plus grands pays francophones au monde ; sa façade méditerranéenne, immense (1 200 km), est une large « frontière » avec l’Europe ; son potentiel humain (30 millions d’habitants en 1999), son dynamisme démographique (65% de ses habitants ont moins de trente ans), ses richesses énergétiques (pétrole et surtout gaz), sa position centrale dans la Méditerranée occidentale, l’importance de la communauté algérienne en France (un million de personnes officiellement) : tous ces éléments, pour ne rien dire de l’histoire, se conjuguent pour rendre le problème algérien passionnel et décisif.

De plus, les accords sur le gaz algérien, avec la construction des gazoducs transméditerranéens (vers l’Italie via la Tunisie, et vers l’Espagne et le Maroc), ont d’ores et déjà établi un lien à long terme (quel que soit l’avenir politique de l’Algérie) d’interdépendance économique et sociale, entre l’Algérie et l’Europe du Sud. Dans cette situation, la France est confrontée à un dilemme : ou s’en tenir à un statu quo (neutralité), position de plus en plus délicate dans la terrible guerre qui se livre en Algérie, et donc être perçue comme soutenant le régime en place ; ou s’efforcer de favoriser un processus de dialogue entre toutes les formations politiques algériennes sans paraître se rendre coupable d’ingérence dans les affaires du pays. Il lui est donc difficile de se désengager vis-à-vis de l’Algérie. D’autant qu’à la menace terroriste et aux troubles identitaires que traverse ce pays s’ajoutent des turbulences sociales. Le 7 juillet 1996, le Premier ministre Ahmed Ouyahia indique que le pays compte deux millions de chômeurs sur une population de vingt-huit millions d’habitants. Il estime que l’Algérie « traverse actuellement une phase critique » sur le plan économique. Selon une étude de l’Office national des statistiques (O.N.S.), publiée en septembre 1996, le chômage atteint près de 30% de la population active.

Les derniers actes du conflit (1997-1999)

En 1997, l’armée algérienne lance de grandes opérations de « nettoyage » contre les maquis islamistes. Elle s’appuie dans son entreprise sur des dizaines de milliers de civils en armes (« patriotes » et groupes villageois d’autodéfense) et bénéficie d’un armement très sophistiqué livré par les puissances occidentales. Sur le plan politique, toutes les formations algériennes (à l’exception du F.I.S. dissous) acceptent de participer aux élections législatives du 5 juin 1997. Le Rassemblement national démocratique (R.N.D., parti présidentiel créé en février), allié au Front de libération nationale (F.L.N.), obtient 219 sièges sur 380 (155 pour le R.N.D., 64 pour le F.L.N.). L’opposition démocrate dénonce de nombreuses fraudes et tente d’organiser des manifestations de protestation dans les rues de la capitale, qui sont fermement réprimées. Mais les « accords de Rome » volent en éclat, puisque le F.L.N. et le F.F.S. vont désormais siéger à l’Assemblée nationale algérienne, qui ne dispose que de pouvoirs très réduits. Le 25 décembre, les élections sénatoriales (Conseil de la nation) donnent 80 sièges sur 96 au R.N.D. Après le vide créé par l’interruption du processus électoral en janvier 1992, l’Algérie possède à nouveau des institutions représentatives et le régime y trouve des arguments face aux critiques venues de l’étranger qui exigent une plus grande démocratisation du pays.

Isolé politiquement, le F.I.S. appelle ses hommes organisés dans les maquis de l’A.I.S. à déposer les armes. La trêve, considérée comme une reddition par le pouvoir, est proclamée le 1er octobre 1997 par l’A.I.S. C’est pendant cette phase de négociations entre le F.I.S. et l’armée que se produisent les plus épouvantables massacres de la « seconde guerre d’Algérie ». Le summum de l’horreur est atteint lorsque trois cents villageois (cinq cents selon un bilan officieux) sont assassinés dans la nuit du 28 au 29 août dans le village de Raïs, à moins de 20 kilomètres d’Alger. Des femmes, enfants, vieillards sont égorgés, brûlés vifs, découpés en morceaux. À la fin de l’année, les tueries vont se poursuivre et se déplacer vers l’ouest. Dans plusieurs cas, des garnisons militaires proches des endroits où ont lieu les boucheries restent sans réaction, alimentant la polémique sur les raisons réelles de leur passivité. Était-ce parce qu’elles ne pouvaient intervenir sans ordre ou était-ce une manière terrible de punir des populations qui avaient longtemps fourni un soutien aux islamistes armés ? D’autres questions se posent, induisant des doutes sur l’identité des tueurs. Ainsi, comment se fait-il que jamais aucun corps d’islamiste armé ayant participé à une tuerie et ayant été abattu par les villageois n’ait été officiellement identifié ? Des organisations humanitaires, comme Amnesty International, ont demandé une commission d’enquête pour identifier les auteurs de ces massacres.

En 1998, le pays connaît un relatif retour au calme dans les grandes villes, tandis que les massacres se poursuivent dans les campagnes. Après plusieurs années de refus, Alger accepte, non sans réticences, la visite de délégations étrangères destinée à enquêter sur les violences. Neuf députés du Parlement européen se rendent ainsi à Alger en février, suivis en juillet par six personnalités internationales conduites par l’ancien président portugais Mário Soares. Les conclusions de ces deux missions restent très mitigées quant aux responsabilités du pouvoir dans les violences, mais condamnent sans aucune ambiguïté les islamistes armés (Amnesty International et plusieurs O.N.G. de défense des droits de la personne humaine accuseront la mission Soares d’indulgence à l’égard du régime algérien). En fait, c’est de l’intérieur du régime que viendront les plus fortes secousses. Sur fond de violences terroristes, les luttes de clans s’exacerbent au sommet de l’État. Durant l’été, une violente campagne de presse est lancée contre Mohamed Betchine, conseiller personnel de Liamine Zeroual, qui sera amené à démissionner en octobre. À la surprise générale, le 11 septembre 1998, Zeroual annonce dans une allocution télévisée qu’il écourte son mandat (qui devait expirer en novembre 2000) et qu’il ne se représentera pas à la présidence de la République. Une élection présidentielle est donc prévue pour avril 1999.

L’élection d’Abdelaziz Bouteflika.

Le 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, ancien ministre des Affaires étrangères de Boumediene, présenté comme le « candidat du pouvoir », est élu à la présidence de la République avec 73,8% des suffrages exprimés, alors que ses six adversaires se sont retirés la veille du scrutin pour protester contre les fraudes. Le 6 juin 1999, l’Armée islamique du salut annonce sa reddition définitive et un accord secret est signé entre ses chefs et le régime algérien. Un mois plus tard, à l’occasion du trente-septième anniversaire de l’indépendance, le président algérien gracie plusieurs centaines d’islamistes condamnés pour crimes et délits mineurs tout en soumettant au Parlement un projet de loi sur la « concorde civile ». Adopté par l’Assemblée nationale le 8 juillet 1999 (228 voix pour, 16 abstentions, aucune voix contre) et par le Sénat le 11 juillet (131 voix pour, 5 abstentions, aucune voix contre), ce projet de loi sera soumis le 16 septembre 1999 au peuple algérien par le biais d’un référendum. La loi sur la « concorde civile » prévoit l’amnistie de tous ceux qui ont été impliqués dans les réseaux de soutien aux groupes armés, sans commettre de crimes de sang ou de viol, ainsi que de ceux qui se sont rendus coupables de destructions de biens et d’équipements. Elle permet aussi une atténuation des peines infligées aux auteurs de meurtres et de massacres, à condition qu’ils se rendent aux autorités dans un délai de six mois après la promulgation de la loi, qui écarte la peine capitale et la perpétuité. Abdelaziz Bouteflika compte sur l’appui du F.L.N., du R.N.D., du Mouvement de la société pour la paix (M.S.P., ex-Hamas) et du Mouvement Nahda pour faire campagne en faveur de son projet. En revanche, les partis de l’opposition, embarrassés par l’idée d’appeler à voter « contre la paix », ne donnent pas de consignes à leurs militants et sympathisants. Le F.F.S. critique le référendum, estimant qu’il « servira surtout à laver l’affront du 15 avril et à combler le déficit chronique de légitimité » d’Abdelaziz Bouteflika, élu dans des conditions controversées.

Durant la campagne électorale pour ce référendum, Abdelaziz Bouteflika prononce des discours tonitruants et prend des mesures spectaculaires. Ainsi, dans un discours prononcé en français à Rimini (Italie), le 23 août, le chef d’État algérien souligne que « l’État doit pardonner », et donne « une chance à ceux qui veulent la saisir », mais il exclut toute amnistie générale. Dans un autre discours, il explique que « la violence se confond dans un magma de brigandage, de mafiosi, de gens véreux », en assurant que la reprise « prévisible » des tueries enregistrées à la fin du mois de juillet 1999 ne compromettrait « en aucune manière » le projet de réconciliation. Il réaffirme sa volonté de libérer son pays de « l’emprise du fanatisme et de l’exclusion ». Abdelaziz Bouteflika plaide également pour « un vaste plan de paix, de concorde et de stabilité » dans le monde « maghrébin, africain, arabe et méditerranéen ». « Le Maghreb a perdu beaucoup de temps dans un nationalisme tatillon [...] et des révisions profondes s’imposent pour lancer au plus vite les fondements d’une union maghrébine où sera garantie la libre circulation des personnes et des biens. » Dans un autre discours public prononcé le 24 août, évoquant la corruption en Algérie, il se déclare « prêt à mourir debout » pour que l’État algérien « retrouve toute sa crédibilité et sa pureté ». « Depuis que je suis au pouvoir, je suis arrivé à la conclusion que l’État algérien était bien pourri », assène-t-il lors d’une conférence de presse, le 25 août.

À la mi-août, le président Bouteflika, désirant restaurer « la confiance entre les gouvernants et les gouvernés », limoge une vingtaine de préfets (walis), soit près de la moitié des gouverneurs de province et engage un combat contre la corruption, qualifiée par lui de « pire que le terrorisme ». Mesurant l’ampleur de la tâche présidentielle, le quotidien Le Matin estime que « Bouteflika n’ignore pas que sa croisade contre la corruption lui vaudra d’importantes amitiés populaires et de solides inimitiés rentières ».

Effectivement, avant même le référendum du 16 septembre, l’élan réformateur est freiné. Certains cercles militaires n’admettent pas une trop grande autonomie du nouveau président. Ils le font savoir à propos des tentatives de rapprochement avec le Maroc, sur le règlement du dossier du Sahara occidental. Le terrorisme reprend sur le territoire algérien dès la mi-août, avec un terrible massacre à Béchar. Si le projet de loi pour « la concorde civile » est massivement approuvé le 16 septembre par plus de 98% des votants en Algérie, Abdelaziz Bouteflika peine à constituer son gouvernement. Il se heurte au veto des militaires sur le poste du ministre de la Défense. Finalement, huit mois après son élection, le président algérien nomme Ahmed Benbitour Premier ministre, le 24 décembre 1999. Celui-ci forme un gouvernement qui comprend 31 ministres appartenant pour la plupart aux formations traditionnelles soutenant le pouvoir depuis plusieurs années (le R.N.D., le F.L.N. et les islamistes modérés du Hamas). Si elle s’est atténuée, la violence ne cesse pas, et les faux barrages routiers restent la hantise des Algériens. En décembre, durant le mois du ramadan commencé le 9, les attentats et massacres attribués aux groupes islamistes armés ont fait plus de cent morts, une cinquantaine de blessés et une dizaine de personnes ont été enlevées.

Malgré les attentats, les hommes d’affaires étrangers reviennent en Algérie car le pays, qui a rééchelonné sa dette extérieure, dispose désormais d’une réserve en devises de près de 5 milliards de dollars. La libéralisation du commerce extérieur à partir de 1996-1997, avec la suppression des monopoles publics, favorise l’apparition de centaines de petites sociétés d’import-export qui sont autant de clients potentiels pour les exportateurs occidentaux. Nommées sociétés d’import-export alors qu’elles ne font qu’importer des produits étrangers, l’Algérie ne pouvant exporter que des hydrocarbures, ces petites entreprises contribuent à réduire les pénuries et à proposer aux Algériens une offre relativement variée en matière de produits alimentaires et de biens d’équipement. Mais, petit à petit, ces sociétés se trouvent face à de nouveaux monopoles constitués par des concurrents privés, le plus souvent liés à des dignitaires du régime. Près de quarante ans après son accession à l’indépendance, dans le passage au XXIe siècle, l’Algérie se trouve à la croisée des chemins. Il lui faut, avant tout, relever le défi de la crise économique, du poids écrasant de sa dette, de l’instauration d’une paix civile, et opérer une diversification de son économie, trop dépendante des hydrocarbures.

À partir de 1991-1992, l’Algérie s’est trouvée plongée dans une terrible guerre civile. Dans ce pays se joue avec une extrême âpreté le combat entre tradition et modernisme, islamisme politique et républicanisme musulman. Le dilemme qui se pose au pays est de savoir comment vivre son identité arabo-musulmane sans pour autant basculer dans l’obscurantisme. La crise algérienne est donc cruciale, puisque son issue risque de provoquer des réactions en chaîne dans les États voisins. La blessure algérienne traverse le cœur du Maghreb et rend hypothétique la construction de son avenir.

Cette crise puise ses racines dans le vertige identitaire que vit le pays en raison du non achèvement du travail de construction nationale. Le projet sans cesse avorté de l’État-nation a engendré une accumulation de frustrations historiques, politiques, culturelles et sociales. Celles-ci renvoient à des strates de violence comprimées pendant de longues années (de 1962 à octobre 1988) par un État autoritaire, et qui ont fini par imploser tout au long des sanglantes années 1990, faute d’une mémoire historique pouvant offrir un consensus national. La mémoire collective, brimée et bafouée, n’a pas fonctionné sauf pour nourrir une possible fragmentation identitaire. La violence actuelle, prise dans les filets de l’histoire, vient dire la carte géographique des vengeances familiales, des ruminations et des ressentiments. À travers les régions qui composent l’espace algérien, et à travers les différentes appartenances culturelles, exprimées notamment par l’importante question berbère, avec la Kabylie comme point d’ancrage principal, resurgit tout le non-dit des mémoires historiques. Quarante ans après l’indépendance, comment cet immense pays pourra-t-il se retrouver enfin réconcilié, dans sa diversité et sa pluralité, avec lui-même. ?

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