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Albert Camus.

Le bouc émissaire…

Samedi 29 mai 2010, par Philippe Lamarque // L’Histoire

Gardien de but à l’adolescence.

Encore une attention de l’Archange !

Une vie trop courte à garder inflexible sa conscience, dénonçant tous les « bouchers de la vérité ».

Maître de la quête du sens, à l’égal de Perceval…

Albert Camus si mal « fêté » en cette année de nos temps difficiles…

Si mal « fêté » ? Le mal est réparé, effacé ! 

« Champs de bataille » en ouvrant ses pages à Philippe Lamarque permet de balayer l’horizon de bien de cadavres…

« Camus et le terrorisme », par Philippe Lamarque.

Une évocation qui ne craint pas de grands chemins de traverse…

Demeurent dans notre mémoire tous les morts innocents, des plus grands aux anonymes, tous ceux dont le regard a hanté Camus le « bouc émissaire »…

Un « bouc émissaire » baigné de grâces par les dieux. Les fées, distraites le jour de sa naissance, n’ont pas trouvé l’adresse de son berceau. La Providence veillait. Comment s’appelait l’Archange qui s’est détourné de ses combats célestes pour remettre dans les menottes de l’enfant, en guise de « hochet », cette main rayonnante de Justice ? Est-ce celui-là même qui avait forgé la lance de saint Georges et l’épée de saint Michel ?

Une main de Justice à la paume gravée d’un cœur orné d’une lettre en diamants : C. « C » comme Catherine…

Albert Camus que les faiseurs d’idées mortes fuient toujours…

Par le talent de Philippe Lamarque, l’enfant de Bab-el-Oued s’envole dans un biplan. Aux commandes ? Gabriele d’Annunzio !

Sur le plancher des « vaches », Malraux et Sartre mâchouillent leur mégot…

Et Albert Camus est plus que jamais présent.

Première partie

Camus face au terrorisme

« J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément dans les rues d’Alger par exemple, et qui peut un jour frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrais ma mère avant la justice » dixit Albert Camus.

En condamnant la terreur comme système politique et comme arme de guerre, Camus se place d’emblée hors-la-loi jacobine. Désormais, il devient le bouc émissaire de l’intelligentsia qui le renie pour le demi-siècle qui s’en suit. Est-il vraiment pardonné par ceux qui fondaient de grands espoirs sur lui ? Les récentes commémorations le laisseraient supposer. Il n’en est rien. La fameuse apostrophe par laquelle il honnit le terrorisme a été soigneusement escamotée des débats qui viennent d’avoir lieu. Elle restera inscrite à son front comme une marque d’infamie aux yeux de ceux qui sont autorisés à penser pour nous et nous dicter nos opinions.

Cette phrase, souvent déformée, lui est toujours reprochée. Il suffit pourtant de rappeler d’une part que Camus vénérait sa mère, d’autre part que celle-ci vivait alors en banlieue Est d’Alger, dans un quartier populaire particulièrement exposé aux risques d’attentats.

Prononcée lors de la cérémonie de remise du prix Nobel le 10 décembre 1957 à Stockholm, la réplique s’inscrit parfaitement dans « Le cycle de l’absurde ». Elle appartient même à la philosophie de la stratégie et de la polémologie : une phrase de trois lignes fait vaciller sur ses bases la doctrine de la guerre dite « du faible au fort ». Voici soudain un auteur prestigieux et d’envergure universelle qui ose prendre position sur le phénomène le plus grave de son époque. Il donne au terrorisme un relief tout à fait déroutant, alors même que sévit la guerre froide, les essais nucléaires se préparant au Sahara, l’expérience de la « Gerboise verte » devant avoir lieu le 25 avril 1961.

Il est aisé d’en déduire qu’aux yeux de Camus, c’est le terrorisme le véritable danger. Il tue quelques corps, mais broie toutes les âmes. Sa capacité anxiogène déclenche des pathologies et parfois s’avère létale, autant parmi les populations vulnérables que les soldats des armées régulières conventionnelles.

À une époque qui n’a qu’un faible écho du GOULAG et qui ignore Soljenitsyne, il n’existe pas d’écrivain de langue française capable de mesurer un cataclysme éthique. Avec cette seule phrase de Stockholm, Camus domine les deux autres écrivains célèbres de son époque : Sartre et Malraux. Or, ce dernier si soucieux de son image regarde avec les yeux de Chimène et depuis des années vers l’Italie des « Années Folles », dont la situation était aussi troublée que la guerre civile que connaît alors l’Algérie.

Camus ou Malraux ? Qui est le nouveau Gabriele d’Annunzio ?

Camus a failli devenir le D’Annunzio de Bab-el-Oued et le Rivarol de Belcourt.

Voilà qui est inacceptable pour Malraux qui aspire à réincarner quelques facettes du prince de Montenevoso, le fameux poète de l’irrédentisme décédé en 1938.

Un autre « commandante » devait surgir après la mort de Camus : Che Guevara.

Un bref rappel s’impose : Gabriele d’Annunzio fut en son temps une vedette incontournable des lettres. Un peu oublié aujourd’hui, il est omniprésent du temps de la jeunesse de Malraux et encore très lu et admiré dans la décennie 1950. Immense vedette italienne, idolâtré par la critique et plébiscité par le public français, auteur de « best-sellers », partenaire de Claude Debussy dans « Le martyre de saint Sébastien », héros de la Grande Guerre et célèbre à la suite du bombardement de Vienne avec des tracts imprimés de ses poèmes, grand invalide de guerre et borgne, Gabriele d’Annunzio défraye la chronique internationale lors de la crise de Fiume. L’Italie ayant été abusée et flouée par les Alliés, le poète veut lui rendre son honneur et s’empare de la ville qui a porté le nom de Raguse et actuellement celui de Rijeka.

La population de Fiume acclame Gabriele d’Annunzio et ses jeunes « vétérans »… À Fiume, avec une poignée de jeunes vétérans de la Grande Guerre prêts à mourir par bravade romantique, le poète défie les Alliés mais doit l’évacuer sous la menace de l’artillerie lourde navale.

Il se retire dans la plus belle maison d’écrivain de tous les temps, le « Vittoriale degli Italiani »dans le parc de laquelle a lieu tous les jours le lever des couleurs à la proue du navire « Puglia » montée sur des plots de béton, dominant les coteaux du lac de Garde.

Emblème vivant d’un nationalisme exacerbé, le poète accorde sa caution morale au jeune Duce. Paradoxalement, le nationalisme est mort à Fiume, avant de connaître son chant du cygne dans le carré des barricades d’Alger du 24 janvier 1960 (1). Cependant, aux yeux de Malraux qui joue aux aviateurs en Espagne, le raid de Vienne reste un modèle obsédant et la Gestalt (figure) du dandy italien décadent reste un sommet inaccessible.

Il lui faudrait un maintien de grand seigneur pour y arriver, une prestance de condottiere, et non ce négligé plébéien qui affecte même sa syntaxe (2), n’en déplaise à ses admirateurs impénitents. Rien de tout cela chez Camus, homme sincère et honnête sans une once de pose ni de cabotinage. C’est le rapport charnel à la terre natale qui l’anime et l’émeut. Dans son cœur, Fiume est en Alger. Avec une intelligence intuitive et prémonitoire, Camus devine déjà le drame de Bab-El-Oued survenant deux ans après sa mort, lorsque le général Ailleret fait encercler le quartier, l’affame, le bombarde, le traite comme l’armée stalinienne à Budapest. L’agonie de la république indépendante de Bab-el-Oued, tentative tragique de rester française, s’achève lors de la fusillade, rue d’Isly, le 26 mars 1962, lorsque l’armée régulière ouvre le feu sur des manifestants désarmés, brandissant des drapeaux tricolores, venus des autres quartiers d’Alger crier leur solidarité à leurs compatriotes du faubourg nord-ouest.

Camus disparu n’est pas témoin de cet holocauste. Cette volonté de vivre ensemble définie par Barrès, Maurras et Renan n’a désormais plus aucun sens.

« Olocausta », sacrifice par le feu : ainsi Gabriele d’Annunzio voulut rebaptiser Fiume. Cette équipée organisée sans espoir de succès avait rendu caduc l’État-nation et démontré l’absolue nécessité de l’Empire comme destin eschatologique. Justement, le programme futuriste de Marinetti se trouve déjà chez Aristote et s’applique à Fiume. Voilà pourquoi le nationalisme est mort au fond de l’Adriatique : c’est ce qu’auraient dû comprendre les militaires putschistes de 1961, mais en refusant la participation des civils, ils ont validé philosophiquement la version apparemment nationaliste du FLN. Nous n’en aurons jamais la preuve, mais il est pratiquement certain que Camus avait déjà mesuré la rupture métaphysique que représentait la guerre l’Algérie, laissant ultérieurement au Dr. Jean-Claude Pérez (3) le soin d’en tirer l’inévitable conséquence au portée incalculable pour le siècle à venir : la défaite d’une puissance occidentale de civilisation catholique (ou du moins ce qu’il en reste) face à l’islamisme universel du Mahdi avançant masqué derrière le FLN.


Manifestations populaires du 11 Décembre 1960 ayant conduit au soulèvement de toute la population d’Algérie, à l’appel du Front de Libération Nationale (FLN)

Ce dernier n’est national que pour la façade contingente, alors que le terrorisme s’intègre dans le jihad. À l’échelle d’une révolution comme instrument du chaos face à un ordre divin et transcendantal, ce serait une illusion d’imaginer qu’une nation prétendument française puisse intégrer ou assimiler une nation dite algérienne, comme si des particularismes identitaires pouvaient accepter un nivellement national : seul l’ « imperium » possède la souplesse juridique et religieuse capable de les confédérer.

L’intégration et les autres chimères caressées par Soustelle sont mortes nées, sorties du cerveau d’un remarquable savant et d’un théoricien de grande classe, mais qui contrairement à Camus, n’était pas un enfant du terroir, du bled de Mondovi en l’occurrence. Du point de vue du droit positif codifié, l’Algérien est citoyen français depuis les décrets fondant les départements algériens des 9 et 16 décembre 1849. Là aussi se glisse un abus de langage : à cette époque, l’indigène est français sous le statut de l’indigénat, tandis que l’Algérien est un Français de souche établi comme colon.


Bénédiction de colons en partance pour l’Algérie…

En vingt ou vingt-cinq jours, le convoi remontait la Seine, passait par le canal de Bourgogne, descendait le cours du Rhône, puis était remorqué jusqu’à Marseille ; de là, les navires de l’État allaient déposer les émigrants sur la terre algérienne. Une douzaine de convois de ce genre furent organisés et en 1850 on avait transporté environ 20 000 personnes.
http://pagesperso-orange.fr/VIVIER.DAMIANI/Lesemigr%E9sde1848.html

Camus, grâce à son extraordinaire sens de la synthèse, a immédiatement compris pourquoi il a fallu 19 ans, de 1830 à 1849, pour qu’une république brouillonne et verbeuse décante un droit incertain. À l’origine du droit personnel, sous l’Ancien Régime et encore dans l’esprit de Charles X, dernier frère de Louis XVI, seul existe de façon tangible le lien d’homme à homme, allant du roi par ses grands feudataires et leurs vassaux jusqu’au plus humble de ses sujets.

La nation n’existe pas, seule existe le lien de fidélité, la société féodo-vassalique ; Camus le sait. Il emprunte ses accents à Rivarol, Bonald et Chateaubriand.

Observons-le dans cet extrait : « Le 21 janvier, avec le meurtre du Roi-prêtre, s’achève ce qu’on a appelé significativement la passion de Louis XVI. Certes, c’est un répugnant scandale d’avoir présenté, comme un grand moment de notre histoire, l’assassinat public d’un homme faible et bon. Cet échafaud ne marque pas un sommet, il s’en faut. Il reste au moins que, par ses attendus et ses conséquences, le jugement du roi est à la charnière de notre histoire contemporaine.

Il symbolise la désacralisation de cette histoire et la désincarnation du Dieu Chrétien. Dieu, jusqu’ici, se mêlait à l’histoire par les Rois. Mais on tue son représentant historique, il n’y a plus de roi. Il n’y a donc plus qu’une apparence de Dieu relégué dans le ciel des principes.

Les révolutionnaires peuvent se réclamer de l’Évangile. En fait, ils portent au Christianisme un coup terrible, dont il ne s’est pas encore relevé. Il semble vraiment que l’exécution du Roi, suivie, on le sait, de scènes convulsives, de suicides ou de folie, s’est déroulée tout entière dans la conscience de ce qui s’accomplissait. Louis XVI semble avoir, parfois, douté de son droit divin, quoiqu’il ait refusé systématiquement tous les projets de loi qui portaient atteinte à sa foi. Mais à partir du moment où il soupçonne ou connaît son sort, il semble s’identifier, son langage le montre, à sa mission divine, pour qu’il soit bien dit que l’attentat contre sa personne vise le Roi-Christ, l’incarnation divine, et non la chair effrayée de l’homme. Son livre de chevet, au Temple, est « L’Imitation de Jésus-Christ ».

La douceur, la perfection que cet homme, de sensibilité pourtant moyenne, apporte à ses derniers moments, ses remarques indifférentes sur tout ce qui est du monde extérieur et, pour finir, sa brève défaillance sur l’échafaud solitaire, devant ce terrible tambour qui couvrait sa voix, si loin de ce peuple dont il espérait se faire entendre, tout cela laisse imaginer que ce n’est pas Capet qui meurt mais Louis de droit divin, et avec lui, d’une certaine manière, la Chrétienté temporelle. Pour mieux affirmer encore ce lien sacré, son confesseur le soutient dans sa défaillance, en lui rappelant sa « ressemblance » avec le Dieu de douleur. Et Louis XVI alors se reprend, en reprenant le langage de ce Dieu : « Je boirai, dit-il, le calice jusqu’à la lie ». Puis il se laisse aller, frémissant, aux mains ignobles du bourreau.

Albert Camus, « L’homme révolté », La Pléiade, p. 528-529.

Philippe Lamarque

Sire, Madame, Altesses Royales, Mesdames, Messieurs,

Allocution d’Albert Camus. Stockholm, 10 décembre 1957

http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech-f.html

http://www.net4war.com/champsdebataille/numeros-cdb/cdb33.htm

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