Afrique : Le roi de la forêt est nu.

Mardi 21 juin 2011 // L’Afrique

Le match de football des Lions indomptables du Cameroun contre les Lions de la Teranga (équipe nationale de football du Sénégal), à Yaoundé, samedi 4 juin, a livré son verdict. On sait désormais qui sont les véritables Lions en Afrique. En matière de football, le Cameroun, aujourd’hui, ressemble à l’Angleterre, après 1966 ou à la France, après 1998 et 2000. Après avoir atteint le sommet, Les Lions indomptables connaissent une chute libre qui n’a pas encore atteint le plancher.

Le Cameroun a dominé le football africain pendant les trois dernières décennies : Coupes d’Afrique des nations (CAN), Coupes d’Afrique des clubs champions, Coupes d’Afrique des clubs vainqueurs de coupe, le Cameroun a tout gagné. Le pays avait été aidé par son élimination, par le Congo-Brazzaville, en demi-finale de la CAN qui se jouait, à Yaoundé, en 1972, alors que son équipe nationale, à cette époque, produisait un jeu séduisant et efficace avec des éléments comme Ndongo, Ndoga, Mvé, etc. Cela dit, la suprématie du football en Afrique revenait jusqu’aux années 1980, aux Léopards du Zaïre, sous le règne du Maréchal Mobutu Sese Seko.

Au niveau des clubs, par contre, le Cameroun était le maître incontesté avec le Canon de Yaoundé, le Tonnerre de Yaoundé et, dans une moindre mesure, l’Union de Douala. Autrement dit, l’équipe nationale de football ne répondant pas encore aux attentes, était relayée par des équipes du championnat national de football très performantes où on comptait des individualités de très bonne facture comme Théophile Abéga, Jean Paul Akono, Mbida Arantès, Manga Onguéné, Bonaventure Djonkep, Ebongué dit Bouboul, Adalbert Man-gamba, Léa Eyoum Charles, Joseph Antoine Bell, Thomas Nkono, Doumbé Léa, Roger Milla, pour ne citer que ceux-là. A l’étranger, les meilleures valeurs camerounaises n’étaient guère légion : Les deux Yebga Maya et Jean Pierre Tokoto, étaient les plus cités.

Grâce à l’ossature du championnat national avec des clubs bien bâtis qui gagnèrent tout en Afrique, le Cameroun disposait d’une équipe nationale qui produisait du jeu, ce qui lui permit de bien représenter l’Afrique à la coupe du monde de 1982, sa première participation à cette compétition d’envergure. Naturellement, les Lions indomptables qui commençaient à devenir une valeur sûre du football continental gagnèrent la CAN 1984 à Abidjan, avant de briller de mille feux à la coupe du monde de 1990 où ils furent quart-finalistes contre l’Angleterre, bénéficiaire de deux pénaltys plutôt généreux. Conquérants sur le plan international, les Lions l’étaient surtout sur le plan continental où ils gagnèrent coup sur coup les CAN 2000 (Nigeria-Ghana) et 2002 au Mali. Depuis cette date, les Lions du Cameroun n’ont plus rien gagné. Leur performance a été déclinante jusqu’à l’humiliation suprême au Mondial sud-africain en 2010. Sa quasi-élimination de la CAN 2012 confirme que le mal qui les atteint est très profond.

Il ne faudra pas trouver un bouc émissaires en la personne de Samuel Eto’o qui a raté le pénalty qui aurait pu donner la victoire au Cameroun à la 92e minute du match. Le ministre des Sports, Michel Zoah, n’a pas non plus à perdre son sommeil, ni d’ailleurs le président de la Fédération camerounaise de football, Iya Mohamed. Ce n’est pas à eux de remplacer les joueurs sur le terrain. Sur le plan administratif et technique, ils ont mis les Lions dans les conditions de travail idéales. A mon avis, les entraîneurs Clemente, Omam Biyick et Song’o n’ont pas grand-chose non plus à se reprocher.

Je pense qu’il faut plutôt repenser tout l’ensemble du football camerounais de l’amont à l’aval. N’étant pas spécialiste en la matière, j’ai pu néanmoins remarquer que les Lions indomptables version 2011 n’ont qu’un seul joueur d’envergure, Sa muel Eto’o : l’arbre qui cache la forêt. Dans le temps, ils en comptaient au moins 4 ou 5 par qui le danger pouvait arriver à tout moment. Les Lions de la Teranga, par contre, ont une attaque qui compte trois ou quatre grands buteurs dont Mamadou Niang et Moussa Sow. N’importe qui dans cette attaque peut marquer des buts, remplaçants comme titulaires, alors que les Lions indomptables n’ont que Samuel Eto’o.

L’équipe du Cameroun est arrivée à la fin de son cycle avec des valeurs retraitées qui n’ont pas été valablement remplacées. Les Lions d’aujourd’hui ne sont pas d’un grand talent comme leurs prédécesseurs. C’est une équipe jeune, qui ne produit qu’un jeu moyen, même quand elle affiche une volonté de vaincre comme samedi 4 juin.

Que faire ? Le gouvernement devrait confier une mission de longue durée à Roger Milla sur le football camerounais. Il est, selon moi, le seul Camerounais qui bénéficie de la confiance du président du Cameroun, qui soit connu à l’étranger, et qui sache de quoi il parle quand il s’avance sur le football camerounais. Milla devrait conduire, seul, avec des personnes qu’il choisirait lui-même, une mission de réflexion et d’évaluation du football camerounais, en vue de déboucher sur un programme de relance de ce sport-roi au Cameroun. C’est la seule chose à faire si ce pays voudrait encore gagner un trophée continental à l’horizon 2010-2020.

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