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Afghanistan : L’espionnage version affaire.

Mercredi 7 avril 2010 // Le Monde

Détournant des fonds publics, un fonctionnaire US a créé un réseau de renseignement privé pour traquer les islamistes sur les territoires afghan et pakistanais.

Sous couvert d’un banal programme officiel de collecte de renseignements sur la société afghane, un fonctionnaire du ministère de la Défense a monté en Afghanistan et au Pakistan un réseau de sous-traitants du privé pour participer à l’élimination d’extrémistes présumés. Michael D. Furlong a ainsi engagé comme prestataires des entreprises de sécurité employant d’anciens agents de la CIA et des forces spéciales, les fameux bérets verts. L’emploi par l’armée de sous-traitants comme espions est généralement jugé illégal. De plus, au Pakistan, le recours clandestin à des prestataires privés risque d’être interprété comme un moyen de contourner les autorités d’Islamabad, qui ont interdit la présence de personnel militaire des USA dans le pays. Selon des sources officielles, les activités lancées par Michael Furlong auraient été suspendues et l’homme serait l’objet d’une enquête ouverte par le ministère de la Défense pour diverses infractions présumées, notamment pour contrat frauduleux. Ces accusations sont portées alors que la CIA est déjà mise en cause dans d’autres affaires de ce genre en Irak.

ON IGNORE SI L’ARMÉE AVAIT DONNÉ SON ACCORD

« Bien que cela n’ait pas porté préjudice aux opérations de renseignements légales, laisser des mercenaires jouer à James Bond dans une zone de guerre est généralement une mauvaise idée », reconnaît un fonctionnaire US. On ignore encore si Michael Furlong a reçu l’approbation d’officiers supérieurs ou s’il a monté l’opération en solitaire. L’individu, lui-même ancien officier de l’armée de l’air, est aujourd’hui employé à plein-temps par le ministère de la Défense sur la base aérienne de Lackland, à San Antonio (Texas). Il possède une longue expérience des « opérations psychologiques », terme par lequel l’armée désigne l’exploitation de l’information en temps de guerre. On ignore la date exacte du lancement de ces opérations, mais, selon certains fonctionnaires, elles se seraient accélérées à l’été 2009. Michael Furlong aurait détourné des fonds d’un programme conçu pour améliorer les connaissances de l’état-major américain sur les structures sociales et tribales de l’Afghanistan.

Selon Robert Pelton, spécialiste des zones de guerre, recruté par Washington pour collecter des informations sur la société afghane, des millions de dollars censés être affectés au site Internet dont il était chargé, ont été redistribués par Furlong pour collecter des renseignements. Ainsi, Robert Pelton raconte avoir appris de collègues afghans que des vidéos qu’il avait mises en ligne sur le site avaient été utilisées pour préparer une frappe de l’armée US au Sud-Waziristan, au Pakistan. Michael Furlong aurait entre autres fait appel à International Media Ventures, une entreprise de « communication en stratégie » dirigée par d’anciens agents des forces spéciales, mais aussi, American International Security Corporation, une société de Boston dirigée par Mike Taylor, un ex-béret vert lui aussi. Contacté par téléphone, ce dernier déclare avoir un temps employé Duane Clarridge, surnommé Dewey, un ancien membre éminent de la CIA impliqué dans de nombreuses affaires de l’Agence, dont le fameux scandale de l’Irangate [ventes secrètes d’armes américaines à l’Iran entre 1985 et 1987]. Interrogé à son tour, Duane Clarridge nie cependant avoir jamais travaillé avec Michael Furlong.

À la mi-2008, l’armée a confié à Michael Furlong la responsabilité d’un programme de collecte d’informations sur la culture politique et tribale afghane. Une partie des fonds publics alloués à ce programme, 22 millions de dollars au total [16 millions d’euros], va dans les caisses d’International Media Ventures. Son site montre par ailleurs que plusieurs de ses cadres dirigeants sont d’anciens membres des forces spéciales, notamment des commandos de la Delta Force, qui ont été très actifs dans la traque de terroristes présumés depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Dans un entretien, le contre-amiral Gregory Smith, porte-parole des forces de l’OTAN en Afghanistan (ISAF), a déclaré que l’armée des USA employait actuellement neufs civils membres du personnel d’International Media Ventures, dans le cadre de missions ordinaires de surveillance, de collecte et d’analyse d’informations. Quant aux autres employés d’International Media présents en Afghanistan, les responsables de l’armée des USA n’auraient aucune connaissance de leurs activités. À l’été 2009, Michael Furlong a déclaré à des collègues qu’il travaillait en collaboration avec Clarridge à la libération du soldat Bowe Bergdahl, kidnappé-en Afghanistan [le 30 juin 2009] et qui serait actuellement détenu au Pakistan. Entre décembre 2008 et mi-juin 2009, Taylor et Duane Clarridge ont été chargés d’œuvrer à la libération de David Rohde, journaliste du New York Times enlevé en Afghanistan et retenu prisonnier pendant sept mois dans les Zones tribales, au Pakistan. Le journaliste a finalement réussi à s’enfuir sans leur aide. C’est en 2008 que l’idée de créer un programme d’information gouvernemental est née dans l’esprit d’Eason Jordan, directeur de l’information de CNN, et de son partenaire Robert Pelton. Ils ont alors pris contact avec le général David McKiernan, qui allait bientôt devenir commandant des forces des USA en Afghanistan [il l’a été du 6 octobre 2008 au 15 juin 2009]. Leur projet consistait à mettre en place un système de collecte d’informations en Afghanistan et au Pakistan à destination de l’armée US et de clients privés ayant besoin de clés pour mieux comprendre cette région complexe, devenue cruciale pour la préservation des intérêts occidentaux.

DES FONDS QUI DISPARAISSENT MYSTÉRIEUSEMENT

Le site a été baptisé Afpax. D’après Eason Jordan, Michael Furlong était présent aux côtés du général McKiernan lorsqu’il lui a présenté le projet. Le général a donné son accord et Michael Furlong a assuré qu’il trouverait les financements nécessaires. Pourtant, chaque fois qu’Eason Jordan lui a demandé des fonds, Michael Furlong lui a répondu que l’argent était destiné à d’autres opérations et que son projet suscitait de moins en moins d’intérêt.

Le contre-amiral Smith déclare s’être opposé au financement d’Afpax dès son arrivée à Kaboul, en juin 2009. Il explique qu’il n’en avait nul besoin et qu’il craignait que ses activités ne flirtent de trop près avec celles du, renseignement, ce qui pouvait se traduire par le ciblage de certains individus. Il précise que la CIA s’était opposée au projet pour les mêmes raisons, mais que Michael Furlong a insisté. « J’ai finalement dû mettre les points sur les i  et lui dire que nous n’étions pas intéressés », poursuit-il. La suite des événements est assez confuse. Après le rejet du projet Alpax, Michael Furlong aurait cherché à utiliser l’argent restant pour d’autres activités. Il aurait ainsi accepté de proposer les services de certains employés d’International Media Ventures au bureau de communication stratégique du contre-amiral Smith. Reste que 15 millions de dollars (11 millions d’euros) se sont évaporés dans la nature. « Je ne sais absolument pas où est passé cet argent », affirme le contre-amiral Smith.

STRATÉGIE Les forces spéciales rentrent dans le rang

Le général Mc Chrystal, commandant en chef des forces internationales en Afghanistan (ISAF), reprend ses troupes en main. Les forces spéciales (Special Operations Forces), surnommées « bérets verts », devront désormais opérer sous son commandement, rapporte The New York Times. Ces unités spécialisées dans la guerre non conventionnelle sont engagées dans des actions de guérilla et des opérations commandos. Elles peuvent agir sans attendre les instructions militaires. La nouvelle directive oblige désormais ces unités à respecter les ordres du général McChrystal, inquiet de leur implication dans des bavures qui ont touché la population afghane ces derniers mois. « Les forces spéciales ne rendaient de comptes à personne. Pourtant, le général et moi-même portions la responsabilité des erreurs qu’ils commettaient », a indiqué le porte-parole du ministère de la Défense afghan, le général Zahir Azimi. Malgré la nouvelle directive, certaines unités comme la Delta Force, réputée pour le secret qui l’entoure, et la Navy SEAL, unité antiterroriste de nageurs de combat, bénéficient d’un régime d’exception et pourront continuer à opérer librement, précise le quotidien de New York.

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