ALI BONGO ONDIMBA

Sa plaidoirie au 21e Forum économique mondial sur l’Afrique.

Samedi 4 juin 2011, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

A l’invitation de son homologue sud-africain, Jacob Zuma, le président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, a pris part, du 4 au 6 mai 2011, à la 21e édition du Forum économique mondial sur l’Afrique, à Cape Town. Porte-parole de l’Afrique centrale sur les questions environnementales, il a axé son intervention sur la lancinante question des changements climatiques, à quelques mois de la tenue, à Durban, en Afrique du Sud, en décembre 2011, de la Conférence mondiale sur le climat.

Après soixante-douze heures de débats de haut niveau sur le thème central « L’Afrique : de la vision à l’action », le président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, a regagné Libreville via la Guinée équatoriale où il a participé, vendredi 6 mai, au côté de son aîné, le doyen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, à la première réunion de la commission ad hoc de la sécurité autour de la (CAN) 2012. Le Gabon et la Guinée équatoriale organiseront, conjointement, la 28e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) du 21 janvier au 12 février 2012.

A Cape Town en Afrique du Sud où il s’est retrouvé avec un millier de congressistes d’une soixantaine de pays dont plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, pour ce 21e Forum économique mondial, le chef de l’Etat gabonais a dignement présenté la vision du Gabon, mais aussi, de l’Afrique centrale sur les changements climatiques dont il est le porte-parole. Car hautement économique, c’est-à-dire, suprêmement politique, ce 21e forum offrait l’opportunité unique aux gouvernements, aux entreprises et à la société civile (jamais loin de ce genre d’instances de concertation), de répondre à une série de questions essentielles : comment l’Afrique peut jouer un rôle de leadership et se prémunir contre les risques émergents mondiaux et régionaux ? Comment peut-elle attirer davantage d’investissements mondiaux et régionaux, et soutenir sa croissance par la diversification industrielle accrue et l’innovation ? Comment peut-elle encourager la croissance inclusive grâce à des partenaires et assurer la promotion des petites et moyennes entreprises ?

Le 21e Forum économique mondial sur l’Afrique était, aussi, l’occasion pour les principaux dirigeants du continent noir, et au-delà, de comprendre comment cette confiance croissante dans le potentiel de l’Afrique peut se traduire en action et en résultats concrets. Pour les pays comme le Gabon (qui ont la chance d’avoir à leur tête un leader dynamique), le rendez-vous du Cap était également une occasion de confronter leurs connaissances sur l’environnement des affaires sur le plan international à celles de leurs collègues du reste du monde.

Parlant des changements climatiques dont Ali Bongo Ondimba est le porte-parole, il a invité ses pairs africains à parler d’une seule voix s’ils voulaient être entendus, lors de la prochaine conférence mondiale sur le climat qui doit se tenir, en décembre 2011, à Durban, en Afrique du Sud. D’où sa mise en garde contre toute initiative individuelle qui n’aurait d’ailleurs aucune chance d’aboutir : « L’Afrique n’a pas droit d’échouer chez elle (à Durban) sur une question aussi cruciale pour son avenir que celle des changements climatiques ». Cette démarche du président gabonais de remettre, lors de ce Sommet, sur la table des discussions, le problème du climat et ses implications sur le développement des pays du continent, a clairement obtenu le soutien du président sud-africain, Jacob Zuma, et du premier ministre kenyan, Railla Odinga, pour ne citer que ces deux leaders africains.

Une seule voix ne pouvant tenir tête aux grandes puissances, le chef de l’Etat gabonais a réussi à faire admettre l’idée de jouer en groupe, afin de maximiser les chances d’adoption d’une résolution dans le sens des intérêts du continent. Il fonde son espoir sur l’unité qui avait, en son temps, donné des résultats prometteurs à Nagoya, au Japon, où les Africains, après la rencontre très fructueuse organisée à Libreville, quelques mois avant le Sommet de Nagoya, avaient pu adopter une position commune sur la biodiversité, laquelle avait été défendue, comme un seul homme, par Ail Bongo Ondimba, au nom du continent tout entier.

Seule une position commune pourrait faire fléchir, à Durban, en décembre prochain, les grandes puissances et les amener à respecter leurs engagements, notamment, en ce qui concerne la réduction du gaz à effet de serre, mais aussi, à financer sérieusement les efforts des pays en voie de développement dans le combat mené face à l’avancée des changements climatiques et, en dépit des promesses pas toujours tenues.

Ce que Jacob Zuma et les autres leaders africains avec lesquels le président Ail Bongo Ondimba a eu à échanger, ne savent pas, c’est qu’au moment où il affichait une telle volonté d’obtenir un consensus du continent sur les questions climatiques avant le Sommet de Durban, son adversaire politique, Mba Obame André (MOA), sorti troisième, avec 25,33% des suffrages, à l’élection présidentielle anticipée du 30 août 2009, faisait l’objet d’une levée de son immunité de député à l’assemblée nationale. La procédure, sous la conduite du chef de cette institution, Guy Nzouba Ndama, a été approuvée par 79 députés, trois s’étant prononcés contre alors que trois autres s’abstenaient, lors d’un vote à bulletin secret organisé à cette occasion et auquel avaient refusé de prendre part sa dizaine d’amis députés de l’ex-UN (Union nationale), parti aujourd’hui dissous en février dernier, pour s’être mis en marge des lois du pays.

Il faut rappeler, pour ceux qui ne le savent pas encore, que le 25 janvier 2011, MOA s’était autoproclamé président de la République du Gabon (en lieu et place du président démocratiquement élu et reconnu par les institutions et la communauté internationale, Ali Bongo Ondimba), et formé un gouvernement parallèle de 18 membres. Cet acte d’une gravité extrême que certains considèrent comme un appel à la sédition, fut posé au moment des évènements qui eurent raison des pouvoirs du général Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie, et quelques jours plus tard, d’Hosni Moubarak en Egypte. Un calendrier qui affichait, clairement, sa volonté de déstabiliser Ali Bongo Ondimba, et de nuire à son action socio-économique dont l’adhésion au niveau des masses gabonaises ne fait plus l’ombre d’aucun doute. Ministre de l’Intérieur dans plusieurs gouvernement de feu le patriarche Ondimba, MOA qui a juré, au lendemain de l’éviction de Mamadou Tandja du pouvoir au Niger, en date du 18 février 2010, d’inscrire le Gabon sur la même lancée, n’avait donc pas agi au hasard. Juste après son serment de « président de la République » devant quelques centaines de badauds encadrés par une dizaine de militants, il a couru, conscient de la gravité de son acte, se réfugier, en toute lâcheté, dans les locaux du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD), avec les membres le son gouvernement et quelques cadres de son parti dissous, l’UN, dont il était le secrétaire exécutif. Le gouvernement gabonais qui n’a pas eu besoin de forcer le trait, l’acte de MOA n’ayant eu aucune portée sur le plan international, se borna à le qualifier « de haute trahison » en prononçant la dissolution de l’UN et en rayant des effectifs de la fonction publique, les agents de l’Etat qui furent nommés dans ce gouverne ment fantoche par MOA.

Le député (président autoproclamé chef de l’Etat du Gabon) est finalement sorti des locaux du PNUD vers la fin du mois de février, après une médiation des Nations-Unies, le secrétaire général, Ban Ki-Moon, ayant prêché l’indulgence du chef de l’Etat, après avoir lui-même constaté et désapprouvé la bêtise de l’opposant gabonais. Cela dit, l’intervention de Ban Ki-Moon qui relevait du volet politique, n’a pas soustrait MOA à une levée de son immunité de député à l’assemblée nationale. A la demande de la ministre de la Justice, Ida Reténot Assonouet, il doit répondre de ses actes sur le plan pénal, en tant que citoyen gabonais. Le gouvernement entend ainsi (logiquement) engager des poursuites judiciaires en bonne et due forme contre le député de Medouneu parce qu’il est accusé d’avoir porté atteinte à l’ordre publique, à la sécurité des biens et des personnes, et à l’autorité de l’Etat.

Après avoir posé un tel acte, le fait qu’il soit en liberté, montre à suffisance que le Gabon est un véritable Etat de droit. Sous d’autres cieux, il respirerait dans une cellule de 4 m2. On ne sait pas si MOA compte de véritables amis au Gabon qui soient capables de lui faire entendre raison. Car depuis son acte maladroit posé à la Clinique Quiron en Espagne, en juin 2009, jusqu’à aujourd’hui, il n’a fait que multiplier des maladresses, sinon, des fautes politiques graves. Y aurait-il, à l’heure actuelle, quelqu’un au Gabon, en Afrique ou en France, pour dire à MOA d’arrêter de faire du mal à sa propre personne ? Car le Gabon façonné par le patriarche Ondimba est un pays blindé qu’il n’arrivera jamais à détruire : Ah i (qu’il cherche nuit et jour) est hors d’atteinte.

Jeudi 5 mai, jour de la levée de son immunité de parlementaire, MOA a accusé le pouvoir de vouloir le tuer. Comment devait se dérouler cette scène macabre ? Selon sa version digne d’un compte de fée du Cap d’Esterias, la police, soutient-il, devait l’arrêter la veille, à l’issue du débat sur la levée de son immunité : « On devait m’emmener dans une voiture banalisée dans les sous-sols du palais (de l’assemblée nationale). Pendant le trajet, on devait m’endormir avec du chloroforme et me faire une piqûre (?) qui ne laisse pas de traces. Après moult hésitations et beaucoup d’interventions extérieurs et tout, j’aurais été relâché mais le propre de cette piqûre c’est le poison lent. Au bout de deux, trois, quatre mois, vous mourrez d’une crise cardiaque. Petit effort, je fais du sport, je m’écroule. Personne n’est au courant et je suis parti : » (fin de citation). Voilà la dernière élucubration de MOA qui affirme que le pouvoir veut le tuer alors même qu’il est - il le sait bien - l’un des Gabonais les plus protégés du Gabon, pour la simple raison que si quelque chose lui arrivait, par les temps qui courent, ses partisans ne chercheraient pas de midi à quatorze heures avant d’accuser le pouvoir. Tous diraient qu’Ali l’a tué alors que c’est le dernier souci du président du Gabon. D’où la question de savoir si MOA dispose encore de toutes ses capacités intellectuelles et de jugement ? Son cas ne relève-t-il pas maintenant de la psychiatrie ?

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