AFFAIRE DES 103 ENFANTS TCHADIENS.

Deby Itno ou la honte bue de tout un continent.

Mardi 4 décembre 2007, par Paul Tedga. // L’Afrique

Je suis un homme très indépendant et quand il s’agit de l’intérêt du Tchad, je le défends. Il n’y a eu aucune pression sur le Tchad, moins encore sur le président Déby. Et même s’il y a eu des pressions, le président Déby ne les acceptera pas ». C’est sans se soucier des qu’en dira-t-on sur de telles contrevérités que le dictateur tchadien, dressé dimanche 4 novembre, aux côtés de son homologue français, Nicolas Sarkozy, s’est ainsi exprimé, pour justifier le total manque de courage dont il a fait preuve (et dont il continue de faire preuve) dans sa calamiteuse gestion du dossier des 103 enfants tchadiens. Le moins qu’on puisse dire, c’est que dans cette histoire où la France officielle (c’est-à-dire Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner et consorts) devrait se coucher, c’est plutôt Idriss Déby Itno et le Tchad qui ne cessent d’avaler les couleuvres. Alors qu’ils sont dans leur bon droit.

Idriss Déby Itno aura, en très peu de jours, montré à ceux qui ne le savaient pas encore, que son pays, comme l’a souvent écrit le bimensuel Afrique Education dont il a interdit la vente dans son pays depuis l’année dernière, n’est qu’une République bananière où il a droit sur tout. Il a lui-même montré que le pouvoir judiciaire qui est supposé être indépendant du pouvoir exécutif dont il est l’incarnation suprême, était totalement à ses ordres : le juge d’instruction près le tribunal de première instance de N’Djamena, chargé d’auditionner les détenus de l’Arche de Zoé, a eu des menaces de mort venant de l’entourage de Déby Itno pour signer l’acte libérant les 3 journalistes et les 4 hôtesses espagnoles, avant l’atterrissage de l’avion de Nicolas Sarkozy dimanche 4 à N’Djamena.

Déby Itno a obligé ce tribunal à travailler le dimanche, un jour de repos au Tchad, uniquement parce que Sarkozy avait décidé, à Paris, que c’est ce jour-là qu’il viendrait chercher les 7 personnes dont il avait demandé, quelques jours auparavant, la libération « immédiate ». Pauvre Idriss ! Pauvre Itno !

On ne dira pas que je suis excessif en comparant, dans cette affaire, la relation entre Sarkozy et Déby Itno, à celle entre le Maître et l’esclave. Le comportement du « très indépendant » Déby nous a fait honte, nous les intellectuels africains. Avec des individus comme lui à la tête de nos Etats, l’Africain ne parlera jamais d’égal à égal ni avec l’Européen, ni avec l’Américain, ni avec personne sur cette terre. Je n’imagine pas un seul instant que le président tchadien aurait obtenu quoi que ce soit si c’est lui qui avait demandé une telle faveur à Sarkozy. Ce dernier ne l’aurait même pas pris au téléphone. Il n’y a qu’à voir les souffrances que les Tchadiens de France endurent tous les jours sans que celui qui sait défendre leurs « intérêts » ne puisse lever le moindre petit doigt.

La population tchadienne a donc le droit de crier sa colère et d’en vouloir à celui qui dit être son chef d’Etat. Preuve que le Tchad est un Etat (très) mal tenu, Children Rescue (ou l’Arche de Zoe si l’on veut), a magouillé pendant plusieurs mois, allant et venant entre N’Djamena, Abéché et la frontière soudanaise, parfois à bord des avions militaires français, à la barbe des autorités du Tchad et de ses soi-disant services secrets de l’ANR (Agence nationale de renseignement). Si le Tchad (tout comme son président) ne marchait pas sur la tête, ce n’est pas au dernier moment qu’il aurait crié « Oh voleur » !

Avec des autocrates comme Déby Itno qui sont soutenus à bout de bras par Paris alors qu’ils sont littéralement honnis par leur peuple, on a toute l’explication trouvée des sentiments haineux que les Tchadiens vouent à l’égard de la France accusée, au travers de son armée stationnée sur place, de soutenir un régime illégitime, vomi par toute la population. L’épisode des 103 enfants tchadiens, va encore accroître ce sentiment inamical : les journalistes qui ont accompagné Sarkozy dans son épopée tchadienne, racontent que certains d’entre eux ont été vivement pris à partie par la population qui les a copieusement insultés, les enfants et (même) les femmes allant jusqu’à leur lancer les pierres.

On est loin de la légendaire et traditionnelle hospitalité africaine d’autant plus que ce peuple africain (sans voix) est très irrité que ce président français, donneur de leçon d’histoire africaine ; domaine où il n’a aucune compétence intellectuelle prouvée, et qui s’affiche avec fierté, en France, comme l’Anti-Africain primaire au point de faire du Noir son bouc émissaire favori, se comporte, de cette manière, dans un pays africain souverain, comme s’il était dans un département français d’Outre-Mer.

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