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À quand la fin du feuilleton ?

Mercredi 25 janvier 2012, par Hilaire de Crémiers // Le Monde

Plus personne ne maîtrise rien. Les innombrables déclarations qui suivent les non moins innombrables sommets, tous de la dernière chance, ne changeront rien au déroulement implacable de la crise. L’illusion ne saurait durer.

Quelle différence de discours entre ce qui était dit, il y a encore un an, il y a même trois mois, et ce qui est dit aujourd’hui ! Ce n’est pas seulement la note triple A des États européens et donc de la France qui est remise en cause, c’est la zone euro elle-même. Ce qui était encore inconcevable dans le discours officiel il y a à peine quelques semaines, devient maintenant de l’ordre du possible. Les phrases tranchantes des responsables politiques et financiers, jusqu’à présent toujours sûrs d’eux, prennent du mou. Pour justifier que précisément la rigueur soit le maître-mot de leur décision, il leur faut bien admettre que les perspectives d’avenir ne sont plus celles qu’ils évoquaient dans leurs conventions et leurs prévisions passées. Aucun des espoirs projetés n’est au rendez-vous. Et, dès à présent, les esprits doivent s’habituer à ce qui apparaît dorénavant comme inéluctable : perte du triple A, dégradation des plus grandes institutions financières, même les plus sûres, qui furent chargées par décision politique de porter l’impossible fardeau des immenses erreurs de gestion accumulées sur des décennies par toute une classe politico-financière aussi folle qu’irresponsable, récession certaine avec toutes les conséquences qu’implique une perte d’activité, chômage, faillites, manque de recettes pour l’État et les collectivités publiques, pauvreté galopante, malaise social et tout ce qui s’ensuit.

LA CONFIANCE N’EXISTE PLUS

Comment n’y a-t-on pas pensé avant ? Qui pense dans cet État ? En dehors des raisonnements habituels, répétitifs, ressassés, qui tiennent lieu de pensée depuis des années dans la classe dirigeante et qui ne correspondent plus à rien ? Car voilà qu’il est même question sérieusement chez les esprits les plus avertis d’explosion de l’euro.

L’annonce n’est plus seulement le fait de quelques rares économistes, les Cotta, les Rosa, les Sapir, les Villin, les Gréau... et en premier le regretté Maurice Allais - sans oublier ici dans Politique magazine François Reloujac -, qui ont diagnostiqué depuis sa création sa malformation essentielle et donc prédit sa mort assurée. Aujourd’hui les spécialistes, les hommes de l’art, les conseillers techniques, les financiers professionnels, non seulement du monde anglo-saxon mais de la zone euro elle-même, le susurrent, le suggèrent. Ils manifestent leur inquiétude ; ils pressentent que la panique ne va pas tarder. Il faudrait se taire sur la réalité de peur que cette panique se déclenche. Comme les avalanches ! Quand on en est à redouter les prophéties « autoréalisatrices » pour parler le jargon, c’est que, de fait, ça va mal !

Voici des chefs d’entreprise qui anticipent la chute de la monnaie unique ; même parmi ceux qui défendaient l’euro à tout crin, il y a encore peu de temps, et qui ne juraient que sur son autel et sur son absolue pérennité ; beaucoup prennent, ont déjà pris leurs précautions, sans même le signifier. Même pratique discrète chez les très « gros » qui sont pourtant associés au système existant. Des trésoreries importantes sont mises à l’abri depuis quelques mois. Ce n’est pas dit, à peine dit, cela se fait. Les particuliers, les ménages, dans la gestion de leur patrimoine, malgré les discours officiels, intègrent cette donnée. Les banquiers, les professionnels des placements le savent bien. Les assureurs aussi qui en sont affectés ; en particulier ceux qui collectent des assurances-vie.

Les journalistes de radiotélévision et de la presse institutionnellement établie, eux aussi, ne veulent pas être pris au dépourvu. Jusqu’à ces derniers temps, il était déclaré péremptoirement inenvisageable d’émettre le moindre doute sur l’euro ni sur les combinaisons sans cesse renouvelées et de plus en plus emberlificotées qui étaient censées garantir son salut. Aujourd’hui, il s’entend, il s’écrit que le scénario d’une sortie de l’euro, voire d’un éclatement de l’euro est envisageable. À l’allure où vont les choses et selon les schémas habituels des retournements d’opinions, les ricanements ne s’adresseront plus aux sceptiques ; la crédulité obstinée des dévots de l’euro en fera bientôt les frais.

Comment, alors, réagira toute cette classe d’hommes et de femmes qui prétendaient diriger, comprendre mieux que les autres, voir, éclairer, décider et qui depuis plus de vingt ans ont mené, toutes tendances confondues et à tous les niveaux, politiques, économiques et financiers, à cet effroyable gâchis ? Pour ne prendre qu’un nom qui illustre à lui seul tant de mécomptes, où en seront demain les certitudes d’un Alain Minc ? Ce serait une illusion de s’imaginer que ces gens peuvent changer quoi que ce soit à leurs habitudes de pensée. Ils ont pour profession d’avoir toujours raison. Leur savoir justifie leur pouvoir ! Ces comportements humains, il est vrai, se retrouvent partout, dans quelque milieu que ce soit, y compris chez ceux qui se croient les meilleurs...

L’EUROPE ET LES NATIONS

Toutefois, là, les faits apportent les plus cinglants des démentis à des théories qui ne tiennent plus debout. Construire l’Europe des portefeuilles s’avère une absurdité. Une monnaie unique ne crée pas une nation. Des directives de plus en plus contraignantes émanées d’une technostructure sans âme ne façonnent pas un peuple. L’Europe est ailleurs, là où ces messieurs ne voulaient absolument pas la voir. Dans des politiques possibles qui auraient puisé dans l’immense tradition civilisatrice et chrétienne des nations européennes les principes de cohésion, d’alliance, de défense et de rayonnement dont les effets bienfaisants se seraient ressentis jusque dans les organisations communes. Ce sont ces principes que Jean-Paul II et Benoît XVI n’ont cessé de rappeler aux classes dirigeantes des nations de la vieille Europe. Si l’on veut un jour repartir sur des bases saines, il conviendra d’y revenir.

À cette heure, les politiques sont mal pris. Ceux des partis les plus officiellement établis ne pourront que s’empêtrer dans les noeuds de plus en plus compliqués d’une construction européenne dont la condition d’existence ne sera plus que la sanction. C’est ainsi que finissent les imaginations totalitaires, même celles qui se disent libérales ! Grande leçon politique, mais qui la comprendra ?

Dans le jeu politique français de la campagne présidentielle, ceux qu’avec mépris il est convenu d’appeler les petits candidats auront la partie belle. Même si leur course peut paraître inutile, leurs discours frapperont. Acheter français, produire français, fabriquer en France, tels sont dès maintenant les thèmes porteurs de la campagne électorale. Le label « France » devient gagnant. Cela en dit long sur la situation. Comme ... en 2007, c’est sur la défense de la nation, sur la cohésion nationale, sur l’avenir français que se jouera l’élection présidentielle... Toute la question est celle de la sincérité des grandes déclarations. La machine à tromper va à nouveau s’emballer.

Et pendant ce temps-là les experts refabriquent un nième traité européen qui devrait voir le }pur en mars prochain, fait de règles d’or budgétaires qui seront nécessairement à imposer alors qu’elles sont dans l’état actuel précisément inapplicables. Concrètement, dans la situation du moment, à bien entendre ce qui se passe, l’Allemagne désignera au bourreau européen le pécheur national qui sera à sanctionner : ne pouvant plus payer, le malheureux devra encore payer plus ! Belle logique assurément ! Propice à la contrition parfaite ! Que veut-on que les peuples comprennent de ces paquets de noeuds que dans l’urgence des technocrates insensés confectionnent comme autant de licous. Et « les marchés », ce qu’on appelle « les marchés », seraient rassurés par ces tas de licous ! Mais on prend les gens pour des sots...

UNE GAGEURE

Dans de telles conditions, avec des États surendettés, comme il a déjà été écrit dans ces colonnes, aucun fonds de garantie ne convaincra de sa capacité de résistance face à la vague de défiance soulevée par l’ébranlement du système général des dettes ; la vague, chacun le pressent, risque de tout submerger. Ni le FESF (Fonds européen de stabilité financière) ni le MES (Mécanisme européen de stabilité) prévu pour 2012, ne rassureront les créanciers, quels qu’ils soient. Certes, Chinois, Russes, Américains, sont tous liés par le jeu des devises. Personne n’a dans l’immédiat intérêt à ce que l’euro disparaisse, à commencer par les Européens. Mais penser que cette seule idée suffira à le maintenir, et que, de plus, il sera possible d’en profiter pour créer un effet de levier et ainsi soutenir un empilement de dettes insoutenables, c’est une gageure. Viendra un moment où le doute s’insinuera. C’est ce qui se passe régulièrement depuis que les crises financières se multiplient et s’accélèrent. Et personne ne peut dire jusqu’où l’ébranlement ira ! N’en déplaise aux puissants du jour, c’est un Montaldo dans sa Lettre ouverte aux bandits de la finance (Albin Michel, 2009) qui avait totalement raison.

ANALYSE en 2007

C’est sur la défense de la nation, sur la cohésion nationale, sur l’avenir français que se jouera l’élection présidentielle... Toute la question est celle de la sincérité des grandes déclarations. La machine à tromper va à nouveau s’emballer.
Et pendant ce temps-là les experts refabriquent un nième traité européen qui devrait voir le }pur en mars prochain, fait de règles d’or budgétaires qui seront nécessairement à imposer alors qu’elles sont dans l’état actuel précisément inapplicables. Concrètement, dans la situation du moment, à bien entendre ce qui se passe, l’Allemagne désignera au bourreau européen le pécheur national qui sera à sanctionner : ne pouvant plus payer, le malheureux devra encore payer plus ! Belle logique assurément ! Propice à la contrition parfaite ! Que veut-on que les peuples comprennent de ces paquets de noeuds que dans l’urgence des technocrates insensés confectionnent comme autant de licous. Et « les marchés », ce qu’on appelle « les marchés », seraient rassurés par ces tas de licous ! Mais on prend les gens pour des sots...

Aussi est-ce n’importe quoi plutôt que de voir la réalité. Passer par le FMI, comme les Européens de la zone euro le voudraient, pour abonder leurs caisses en liquidités dont ils ont besoin et que, d’ailleurs, ils tentent par tous les moyens de se procurer eux-mêmes, n’est encore qu’un tour de passe-passe ; les précédents ont peu à voir avec le cas d’aujourd’hui. Strauss-Kahn lui-même l’a dit ! Une crise de solvabilité n’est pas une crise de liquidité. Les Agences de notation, quoi qu’on pense d’ailleurs de ces dames qui n’ont rien vu venir et qui ont cautionné tous les antécédents de la crise actuelle, vont redoubler d’ardeur dans leur fulmination. Au moment précis où la zone euro va devoir se refinancer en 2012 à hauteur de 800 milliards d’euros ! Ce n’est pas la BCE qui réglera le problème, même en prêtant à outrance aux banques, même en monétisant les dettes d’État, alors que les balances commerciales sont en complet déséquilibre, la France battant des records de déficit, 75 milliards d’euros ! Et l’Allemagne d’excédents, plus de 150 milliards ! De telles divergences rendent caduques toutes les politiques.

L’euro, à la différence du dollar et de toutes les monnaies du monde, n’est pas une monnaie nationale. Son destin en est scellé.

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