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Jeudi 27 août 2009, par Gian Enrico Rus // L’Europe

LA STAMPA
Turin

Dans la presse européenne, on a assisté au cours des dernières semaines à une campagne d’accusations sans précédent sur le comportement privés (et publics) de Silvio Berlusconi. Mais le Cavaliere est sorti relativement indemne des élections européennes et locales [qui se déroulaient le même jour]. Les observateurs européens sont déconcertés ; à leurs yeux, l’anomalie italienne perdure. Incompréhensible.

Pourquoi un si grand nombre d’Italiens, se demandent-ils, acceptent dans l’indifférence le conflit d’intérêts de Berlusconi, ses affrontements continuels avec la justice, ses comportements privés discutables, ses intempérances verbales contre ses adversaires et les institutions ? Pourquoi acceptent-ils les explications qu’en donne l’intéressé lui-même, qui se présent en victime de la justice italienne, de la gauche et des journalistes étrangers ? Pourquoi ses opposants sont-ils, au fond, réduits à l’impuissance politique ?

Le berlusconisme donne la parole à une société civile profondément mécontente et épuisée, minée par les conflits et moralement dénuée de scrupules, qui n’a plus confiance en la gauche. Derrière le Cavaliere, une nouvelle classe politique est en train d’émerger, qui fait bloc autour de lui en s’efforçant d’orienter son action selon ses propres intérêts.

C’EST LE TRIOMPHE DU « POPULISME DEMOCRAITQUE »

La Ligue du Nord en particulier est en train de nouer une alliance politique stratégique sur le long terme. C’est le triomphe du « populisme démocratique », une véritable mutation de la démocratie italienne sont l’originalité mérite d’être étudiée.

Le « peuple » berlusconien est le « peuple de électeurs » en ce sens que la majorité électorale considère qu’elle incarne automatiquement le peuple souverain, qui peut modifier à sa guise la Constitution. Ce n’est plus ce peuple divisé selon les schémas de classe traditionnels et leurs projections conventionnelles à travers les partis politiques. Ce n’est pas un hasard si Berlusconi ne parle jamais de classe sociales, mais de citoyens « chanceux/malchanceux » ou « privilégiés/défavorisés », et les classes inférieures sont constituées de ceux « qui sont restés derrière ». Il promet à tous indistinctement une amélioration générale pourvu qu’on le laisse agir contre l’ordre institutionnel existant, qui freine toute innovation, et contre la gauche, qui le « déteste ». Le berlusconisme a réinventé toute la puissance politique de l’antithèse ami/ennemi.

L’EXPRESSION PREMIER DE LA SOCIETE CIVILE.

Certains à gauche pensent qu’il existe une société civile italienne qui s’opposerait au berlusconisme. C’est une erreur : le berlusconisme est l’expression première de la société civile. Ou, si l’on préfère, de s profondes désorientations. Nombre de pathologies sociales (absence généralisée de ses civique et de sens de l’Etat, collusion endémique de certains groupes sociaux avec la mafia, absence de solidarité et racisme latent) ne provient pas du dehors, mais au sein même de la société civile.

Enfin, le berlusconisme, avant d’être le symptôme d’une crise de représentation des partis politiques, incarne la demande d’un gouvernement qui décide ; c’est là-dessus que Berlusconi joue sa carte maîtresse. Dans le contexte d’une société profondément divisée, socialement désagrégée, fragmentée, il peut ainsi advenir qu’une très large part des citoyens regarde avec un détachement sceptique (voir amusé) les comportements inconvenants du président du Conseil, qui, à l’étranger, sont considérés comme intolérables. Voilà pourquoi, plus encore que d’un « phénomène Berlusconi », il s’agit bel et bien d’une « affaire Italie ».

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