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A WASHINGTON AUSSI LA MESSE TRADITIONNELLE FAIT L’EVENEMENT.

Samedi 26 juin 2010 // Le Monde

Le samedi 24 avril, plus de 3500 personnes ont participé à la messe célébrée dans la Basilique de l’Immaculée Conception, à Washington, pour le cinquième anniversaire de l’élection au souverain pontificat de Benoît XVI. En présence du Cardinal Baum, archevêque émérite de Washington, Mgr Slattery, évêque de Tulsa, a célébré selon la forme extraordinaire du rite romain au maître-autel du sanctuaire.

L’événement, retransmis en direct sur la télévision par satellite et couvert par de nombreux médias, a été d’autant plus remarqué que Mgr Slattery y a prononcé un courageux sermon en défense du Saint Père et de la Sainte Église, rappelant qu’à l’image du Christ, le chemin de la souffrance est aussi celui de la sanctification personnelle. Parmi les nombreux articles et commentaires publiés à l’occasion de cette magnifique cérémonie, Paix Liturgique vous propose la traduction d’un texte publié sur le blog officiel de l’archidiocèse de Washington par le Père Charles Pope, curé diocésain de la capitale fédérale américaine.

A - L’article publié sur le blog de l’archidiocèse de Washington

Pourquoi célébrer la messe en latin ? Samedi 24 avril - Aujourd’hui, à 12h30, en la Basilique du Sanctuaire national de l’Immaculée Conception, une grand-messe pontificale solennelle sera célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain.

Que ceux qui ne sont pas familiers avec le jargon ecclésiastique de la phrase précédente me laissent le leur décoder. La "forme extraordinaire" de la messe est la forme de la messe telle qu’elle était célébrée jusqu’en 1965, quand les changements liturgiques survinrent pour aboutir à la messe comme on la connaît à présent.

Avant cette date, la messe était célébrée exclusivement en latin mis à part l’homélie (et parfois les lectures) en langue vernaculaire. Le célébrant était orienté comme l’assistance, ce que certains ont décrit de façon erronée comme "tournant le dos aux fidèles". Dire qu’il s’agit d’une "grand-messe solennelle" signifie que toutes les rubriques de la célébration sont observées. Il y a de l’encens, des porteurs de cierge en plus et la plupart des prières et des lectures sont chantées. Le célébrant est également assisté d’un diacre et d’un sous-diacre. Dire qu’il s’agit d’une messe pontificale signifie qu’elle est célébrée par un évêque et compte deux diacres supplémentaires et un prêtre assistant. Monseigneur Edward Slattery, de Tulsa, est le célébrant aujourd’hui.

Quelques questions sont souvent soulevées par ceux qui ne sont pas familiers des splendeurs de la liturgie latine ou n’en mesurent pas la valeur sous cette forme.

1 - Pourquoi prier en latin, dans un langage inhabituel pour les fidèles ?

En termes simples, prier en latin c’est prier dans le langage sacré de l’Église. C’est un trait commun de nombreuses cultures dans l’histoire que de prier dans une langue différente de celle de tous les jours. La prière liturgique nous rapproche du paradis, un monde à part de celui qui nous entoure. Dans de nombreuses cultures, l’usage d’une langue particulière ou plus ancienne est un moyen de souligner cet aspect.

À l’époque de Jésus, les servants de la synagogue et du Temple utilisaient l’hébreu ancien. Jésus et ses contemporains ne parlaient plus hébreu mais araméen dans leur vie quotidienne. Cependant, quand ils priaient, ils utilisaient spontanément les prières anciennes qui étaient en hébreu. Dans l’Église primitive, on constate l’emploi du grec pour la liturgie alors que de nombreuses personnes parlaient latin dans l’Empire. Pour beaucoup le latin n’était pas approprié pour la liturgie parce que selon eux celle-ci avait besoin d’une langue plus soutenue que celle parlée par le peuple. Au Vème siècle cependant, le latin fut introduit dans la liturgie en Occident au moment où il devenait une langue plus vénérable jusqu’à finalement remplacer le grec (à part quelques survivances comme le Kyrie). Il demeura la langue de l’adoration divine jusqu’en 1965 quand les langues locales furent autorisées. Cependant l’intention de l’Église n’était pas que le latin disparaisse entièrement comme cela a été grandement le cas. Le latin demeure pour l’Église le langage officiel du culte.

Pourquoi prier en latin ? Pourquoi pas ? C’est pour nous une langue sacrée qui répond à l’instinct qui nous fait considérer la liturgie comme un monde à part qui nous porte au Ciel. Prier en vernaculaire n’est pas une erreur mais, à dire la vérité, ce n’est pas l’habitude au regard de l’histoire.


2 - Pourquoi le célébrant n’est-il pas face à nous et « nous tourne-t-il le dos » ?

C’est une description totalement erronée que de dire que le prêtre nous tourne le dos. Ce qui se passe en réalité c’est que le célébrant et l’assistance regardent dans la même direction. Ils regardent Dieu. Au centre de chaque autel se trouve un crucifix. Le prêtre dit la messe face à lui. Les fidèles et lui sont tournés vers le Seigneur.

Dans l’Église antique, non seulement on était tourné vers la Croix mais aussi vers l’est pour prier. Un texte ancien écrit vers l’an 250, la Didascalie des Apôtres indique : « Vous devez prier vers l’est, parce que, comme vous savez, l’Écriture dit ’date laudem Deo qui ascendit in caelum caeli ad orientem’ (psaume 67, 34) ». Au fil des siècles, il ne fut pas toujours possible d’orienter (littéralement : « tourner vers l’est », NdT) les églises afin que tout le monde puisse prier face à l’est. Le crucifix sur l’autel représentait alors l’est et le Seigneur. Chacun était donc tourné vers le Seigneur pour prier. L’idée de se faire face les uns les autres pour prier est très moderne et est inconnue à l’Église avant 1965. La réponse est donc que le célébrant fait face au Seigneur pour prier et nous aussi.

3 - Pourquoi l’essentiel de la messe est-il murmuré ?

Tout n’est pas murmuré mais une grande part de la prière eucharistique l’est. Historiquement la récitation à voix basse de la prière eucharistique (ou Canon) s’est développée dans les milieux monastiques où il n’était pas rare que plus d’une liturgie à la fois soit célébrée en même temps sur différents autels. À cette époque les prêtres ne concélébraient pas comme c’est fréquent aujourd’hui. Chaque prêtre devait célébrer sa propre messe. Dans les monastères, où de nombreux prêtres pouvaient résider, de nombreuses célébrations pouvaient se dérouler simultanément. Afin de ne pas s’interrompre les uns les autres, les prêtres célébraient donc en silence avec un servant d’autel. Cette pratique s’est poursuivie à l’époque moderne.

Au fil du temps, ce silence monastique fut assimilé comme un silence sacré. Le chuchotement des prières a été considéré comme un signe du caractère sacré des prières qui « ne devraient pas » être proclamées à voix haute (d’autres considérations théologiques ont aussi influencés ce silence mais elles sont trop complexes pour être exposées rapidement). En fin de compte, le respect d’un silence sacré devint aussi la norme dans les églises paroissiales. Les fidèles savaient bien qu’il ne s’agissait pas de les ignorer ou de rendre leur participation plus difficile mais simplement d’observer un temps de silence sacré. Les gens s’agenouillaient et priaient tandis que le prêtre priait en leur nom.

Dans les siècles passés, à mesure que progressait l’alphabétisation, il devint habituel de fournir aux laïcs des missels et de les encourager à suivre la messe à leur aide. Dans les années 40 et 50, ces missels devinrent répandus parmi les fidèles. Dans les années 50 quelques expériences de micros ou de prêtres élevant la voix pour aider les fidèles à se repérer ont été tentées. Ces « messes dialoguées » étaient plus populaires dans certains endroits que dans d’autres. Le silence sacré restait prisé par beaucoup et l’adaptation aux nouvelles expériences n’était pas toujours accueillie avec ferveur selon les endroits.

Aujourd’hui, avec le retour à certains endroits de la célébration de la messe traditionnelle en latin (appelée officiellement « forme extraordinaire »), ce silence sacré est de nouveau mis en évidence et cela intrigue ceux qui n’y sont pas habitués. Heureusement, l’histoire peut aider à mieux en comprendre le sens. Une nouvelle fois se pose la question du ton sur lequel le prêtre devrait réciter le Canon (la prière eucharistique) lors de ces messes. Il y a différentes opinions mais un large consensus veut que le prêtre le prononce à voix très basse.

B - Les commentaires de Paix Liturgique

1) Le texte ci-dessus publié a en premier lieu une grande importance pédagogique - il répond clairement à trois des principales critiques ou interrogations soulevées par la liturgie traditionnelle. Ce texte a également une vraie portée symbolique. Il ne provient pas d’un site promouvant spécialement les richesses de la forme extraordinaire du rite romain mais est publié sur le blog lié au site officiel de l’archidiocèse de Washington et y est d’ailleurs toujours consultable (http://blog.adw.org/2010/04/why-pray-in-latin/). Son auteur, curé d’une très vivante paroisse de la capitale fédérale américaine n’est ni un original ni un électron libre. Il a été élevé au rang de Monsignor en 2005.

2) La célébration de cette messe traditionnelle pontificale dans une basilique devant les foules et les caméras de journalistes à l’occasion de l’anniversaire du Pontificat de Benoît XVI se passe… aux Etats Unis. Voilà une fois de plus la preuve que la question de la messe traditionnelle n’est pas franco-française et qu’elle suscite un immense intérêt aussi ailleurs dans le monde. Une fois encore, la comparaison avec la situation ecclésiale française est douloureuse. En dépit d’une demande très forte en France (1/3 des fidèles assisteraient à la messe traditionnelle si elle était célébrée dans leur propre paroisse), en dépit du pourcentage parlant que représentent les séminaristes français se destinant à la forme extraordinaire du rite romain (1 sur 5 tendant vers 1 sur 4), il ne nous a pas été donné l’occasion de voir en France cet exemple américain suivi par un seul évêque. Quel dommage quand on sait par exemple qu’à Paris, plus de trente groupes de demandeurs demandent en vain l’application du Motu Proprio de Benoît XVI… Quel dommage quand on sait qu’en France, il existe encore des diocèses ou aucune messe traditionnelle n’est célébrée avec l’accord de l’évêque…

3) Les trois éléments sur lesquels s’arrête l’auteur ont un caractère commun : la dimension sacrée de la forme traditionnelle de la liturgie. Dans la forme extraordinaire, tout nous rappelle que l’essence de la liturgie est de nous porter vers la Jérusalem céleste, de nous faire goûter "le ciel sur la terre". Dans une époque aussi sécularisée que la nôtre, ce caractère sacré de la forme extraordinaire du rite romain ne peut qu’être un atout pour attirer les âmes à Dieu. Le témoignage de ceux qui après avoir pratiqué des années dans la forme ordinaire du rite romain découvrent soudainement les merveilles liturgiques de l’ancien rite qu’on leur avait cachées jusque là confirme sans cesse cet aspect.

4) Tout au long de l’article, l’auteur s’attache à favoriser une meilleure compréhension de la liturgie ancienne. Ce faisant, il jette les bases de ce qui pourrait être vraiment le fameux « enrichissement mutuel » des deux formes liturgiques dont parle le Saint Père dans sa lettre aux évêques du 7 juillet 2007 accompagnant le Motu Proprio Summorum Pontiifcum.

5) Souhaitons qu’un jour en France, un curé d’une importante paroisse puisse également publier sur le site officiel de son diocèse un article bienveillant sur la forme extraordinaire du rite romain. Ce sera probablement le signe que les choses changent et que l’apartheid liturgique bien en vigueur encore dans la plupart des diocèses de France disparaît peu à peu.

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