13 mai 1958 - L’agonie de la IV° République.

Vendredi 19 janvier 2007, par Paul Vaurs // L’Histoire

C’est sur la fin de la IV° République que Michel Winock, après un premier
ouvrage sur le sujet, il y a presque trente ans, se penche dans cette Agonie
de la IV° République. Mais c’est pour décortiquer plus précisément un
certain 13 mai 1958...

Ce que l’auteur a voulu étudier, ce sont « les quelques heures qui créent une
rupture, un avant et un après, dans le continuum des saisons et des
jours », avec un double objectif : insérer l’événement dans la situation
historique qui lui a donné corps tout en préservant sa singularité, dans un
refus de toute « mécanique du passé », car le 13 mai 1958 aurait fort bien pu
n’être qu’une journée comme une autre,

Nul ne l’ignore : c’est bien « la tragédie algérienne » qui « a été la
malédiction de la IV République. C’est à Alger le 13 mai 1958 que s’enclenche
l’engrenage qui finira par emporter ce régime issu d’une guerre et défait
par une autre son agonie n’aura duré que trois semaines ». Trois semaines,
c’est également à peu près la durée de l’agonie, dix-huit ans plus tôt, de
la III°, toutes deux mourant d’une guerre qu’elles n’avaient pas su, ni
prévoir, ni préparer ni assumer. Toutes deux aussi peu regrettées des
Français.

Cependant, il existe un paradoxe de la 1V° République, caractérisée par
une « incurable vulnérabilité » et pourtant « créatrice en maints domaines, d’un
véritable miracle français. » Ce qui fait du 13-Mai « un événement
politique pur » : en effet, la « manifestation insurrectionnelle d’Alger
éclate au milieu d’une phase de prospérité exceptionnelle ». Sur les plans
économique, social - plein emploi - financier et démographique. On sait
que la V° en recueillit les fruits, de même que la IV° avait recueilli ceux,
de la période précédente - car rien n’est simple. C’est en 1942 que la
courbe démographique redémarre - en dépit de plus d’un million de
prisonniers - et, on sait qu’à Vichy comme à Londres, se mêle tout un
personnel hétérogène et perméable - composé notamment de non-conformistes,
personnalistes, pianistes ou « technocrates », dont certains membres
changeront progressivement de camp et qui aura sa part dans le redémarrage
de l’économie française, avant même la fin de la guerre.

Quoi qu’il en soit, la IV° qui aura provoqué, pour la première fois depuis
un siècle, l’intervention de l’armée dans la vie politique, meurt aussi et
peut-être avant tout - « en raison des tares intrinsèques d’un système
politique réduit à l’impuissance et, par la même, discrédité » devenue « 
République crépusculaire », elle n’est en effet qu’une « version à peine
améliorée de la III° ». De Gaulle, il ne fut pas le seul, avait prévu la
chose dès l’origine, d’où le discours de Bayeux en 1946. Ce qui relativise l’affirmation
selon laquelle la « journée du

13-Mai est fille d’une colonisation séculaire devenue impossible » - ô
divin sens de l’histoire tout en étant, plus contemporainement, « le fruit
de cette double logique, de la guerre d’indépendance et de la guerre de
résistance », celle des pieds-noirs, et d’une armée dont Michel Winock
reconnaît qu’elle croit en son rôle social auprès des populations
musulmanes. Aussi l’auteur l’avoue-t-il franchement : « La IV° République
périt de ses propres fautes. Ce régime disparaît parce qu’il n a pas su
résoudre les problèmes auxquels il était confronté »

Alors, coup d’État ou non ? Le rôle de De Gaulle, « acteur majeur », est
évidemment primordial, bien qu’en retrait... De Gaulle utilise La
conjuration militaire sans y participer, pour avoir la possibilité de se
retirer à tout moment « son souhait d’une issue légale s’accompagne d’une
menace insurrectionnelle qu’il ne désavoue aucun moment de la crise, ce qui
fait écrire à Michel Winock qu’il s’agit d’« un coup d’Etat al dente » -
jolie formule, c’est-à-dire d’une journée dont les suites seront d’une
« légalité douteuse » ou « forcée » mais dont la « légitimité est certaine »
et la « légitimation »sera « indiscutable » bientôt, dans les urnes.

Mais contrairement aux événements de 1799, 1851 ou 1940, il est vrai que « 
le 13-Mai n’a pas provoqué une rupture des valeurs démocratiques » : « La
République est morte, vive la République ! ». Toutefois il changea « en
profondeur un modèle républicain façonné à la fin du XIX°siècle », d’où le
soutien noté par l’auteur, d’un Pierre Boutang, pour lequel de Gaulle « est
la seule autorité historique individuellement présente » capable à la fois
de restaurer l’Etat et de sauver l’Algérie française. Pour Winock qui,
encore une fois, croit au sens de l’histoire « le réalisme de ces
nationalistes n’avait que le défaut de se méprendre sur la réalité »...
jugement sévère et injuste sur l’Algérie de De Gaulle ne manifesta que
progressivement ses intentions et quant à la restauration de l’Etat, c’est
lui qui décida de ne pas l’inscrire dans la durée et, se représentant en
1965, en, lieu et place du comte de Paris. On connaît la suite.

Du reste, c’est en se fondant sur deux catégories Maurrassiennes - que
paradoxalement Pierre Boutang reprenait rarement - et en reconnaissant le
bien-fondé de la démarche du directeur de La Nation française que l’auteur
peut écrire « face à ce « pays légal » - une Assemblée nationale en butte à
l’« antiparlementarisme latent de la métropole » que vient conforter « l’antiparlementarisme
ardent de l’Algérie ; Le peuple souverain » n’étant « pas prêt à défendre la
IV° République » -le général de Gaulle « peut prendre appui sur deux atouts
de poids ::l’adhésion à sa personne du « pays réel » et le soutien de l’armée.

La seconde s’en repentira bientôt. Quant au premier, il voit aujourd’hui
lentement mourir dans le discrédit de son personnel politique, coupé de la
Nation, une République revenue aux égarements de ses aînées.

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