Innovation démocratie

L’énergie ou plutôt les énergies, font partie de notre quotidien, à tel

point que nous en oublions très souvent d’en mesurer toute l’importance

:: domestique, elle nous permet de nous mouvoir, de nous chauffer et de

nous éclairer :: industrielle, elle conditionne le bon fonctionnement de

nos activités économiques et leur possible expansion. Sa maîtrise

technique a fait d’incomparables progrès au cours de ces trois dernières

décennies, sous la double prise de conscience d’une utilisation plus

rationnelle et d’un plus grand respect de l’environnement.

Pas de gabegie, titre l’un des nombreux ouvrages paru récemment pour

aider à prendre toute la mesure des enjeux énergétiques mondiaux ::

question toujours d’actualité, tant l’énergie est une source de tensions

permanentes, qui sont liées à la fois à l’inégale répartition des

consommations et des réserves et à l’état de développement économique

dans le monde.

Irrésistible croissance des émissions de gaz à effet de serre, pollution

marine accidentelle par les hydrocarbures, stockage des déchets

nucléaires à longue durée de vie, déforestation du sud, pollution de

l’air dans nos villes, anniversaire annuel de l’accident de la centrale

de Tchernobyl et de ses impacts sur la santé publique, risques liés au

fonctionnement des centrales de certains pays d’Europe centrale et

orientale « en Bulgarie » etc.. autant de préoccupations légitimes

largement médiatisées et pas toujours exemptes de désinformation.

La politique énergétique de la France, repose d’abord sur un système

électrique performant. Mais à la veille du prochain Conseil des

Ministres de l’Energie, notre réflexion doit être aussi prospective ::

quelle libéralisation du marché européen de électricité ?? et demain du

gaz ??. Elle doit être également ouverte sur les évolutions mondiales

contradictoires :: va-t-on vers un écart mondial grandissant entre la

surconsommation des pays développés et la pénurie criante des économies

dites en développement ?? ou peut-on penser, à l’instar du dernier

Conseil mondial de l’énergie, qu’à horizon 2015, la demande mondiale en

énergie devrait croître de 30 à 100% essentiellement en raison du

développement démographique et industriel de l’Asie du Sud-Est et de

Amérique Latine ??.

Avant d’ouvrir quelques pistes de réflexion à partir de ces thèmes

rapidement évoqués, il faudrait brosser à grands traits, en un tour

d’horizon qui ne prétend nullement à être exhaustif, le panorama des

énergies primaires en France.

L’exploitation du bois

L’une des toutes premières, le bois, a fait l’objet d’une exploitation

massive, à la faveur d’affouages ou de ventes de coupes de bois par des

communes qui y ont trouvé une source parfois non négligeable de recettes

complémentaires. Mais peut-être a-t-on trop coupé sans se préoccuper

réellement de renouveler nos forêts en replantant suffisamment les

chênes, vieux jadis de 200 ans, n’ont pas tous été destinés aux

charpentes de nos toitures, aux tonneaux de nos vignerons ou aux meubles

de nos salons,. Aujourd’hui, utilisé souvent dans des cheminées inserts

pour doubler une installation de chauffage électrique dans les

constructions neuves, le bois garde encore la faveur du public, et

particulièrement en milieu rural. L’augmentation du parc de chaufferies

collectives au bois (sous forme de granulés ou de plaquettes) est

encouragée depuis le lancement début 1998, du plan bois-énergie par

L’ADEME là où l’industrie du bois est fortement implantée, le

combustible étant moins cher que le fioul.

L’usage du bois a représenté en 1998 neuf millions de tonnes équivalent

pétrole, soit entre 4 et 5% de notre approvisionnement global. ce qui

nous situe dans la moyenne européenne mais nos efforts de recherche sont

sensiblement inférieurs.

L’état de nos forêts appelle de notre part une vigilance constante, tant

sur le plan de l’environnement , pluies acides, incendies dévastateurs

:: :: que sur le plan d’une nécessaire régénération, investissement

d’aujourd’hui pour les décennies à venir.

Le charbon a-t-il un avenir

Le charbon, à qui nous devons d’avoir été pour une large part à

l’origine de notre révolution industrielle du XlX siècle, est

aujourd’hui marginal, avec la fermeture des mines nationales à moyen

terme, bien que l’on se soit doté de techniques performantes pour

l’extraire dans des conditions de plus en plus difficiles. Son coût

d’extraction, qui avoisine les 92 ? la tonne, ne peut rivaliser avec la

concurrence de l’ExtrêmeOrient, capable de produire un charbon bon

marché et une désaffection certaine de nos industries et des

particuliers qui l’ont ainsi condamné au déclin, n’ayant plus pour

utilité que d’alimenter quelques centrales thermiques (en 1997, nous

avons consommé 23 millions de tonnes de charbon, soit 6 % de nos besoins

en ( énergie primaire). L’Allemagne offre un contraste saisissant à cet

égard. lorsque l’on mesure les efforts très importants qu’elle engage

pour soutenir le charbon et le lignite de la Ruhr, et certains pays

comme le Vietnam, l’Indonésie, l’Afrique du Sud (que on dit assise sur

un tas de charbon) ou la Chine et en Amérique du Sud, le Vénézuéla ou la

Colombie, croient en son, avenir, avec espoir de multiplier par six ou

sept leur production d’ici dix ans.

Certains spécialistes pensent que le charbon bon marché peut, malgré ses

handicaps environnementaux. être la grande énergie de l’avenir en

fonction des progrès technologiques sur les lieux d’utilisation.

Aujourd’hui, en Europe, la bataille est intense avec le gaz naturel, et

le combat est plutôt en faveur de ce dernier. pace que chacun considère

comme normal le repli des charbonnages ouest-européens. Son avenir y est

très lié à électricité, à condition que de nouvelles technologies

permettent de l’utiliser dans des conditions respectueuses de

l’environnement,

La force de l’eau, d’usage millénaire, a été domestiquée par les

moulins, les forges, les roues aubes, qui se sont transformées en

moteurs hydrauliques puis en turbines, pour fournir de plus en plus

d’énergie avec une efficacité croissante. De grands barrages réservoirs

Tignes, Serre-Ponçon, Bort-lesOrgues ou Sainte-Croix, ont donné à la

production hydraulique d’électricité ses lettres de noblesse en

fournissant à notre pays l’énergie nationale de la reconstruction (56 %

des besoins en électricité en 1960). Le frein principal, outre la rareté

des bons sites et le durcissement des contraintes d’insertion des

ouvrages dans l’environnement, réside dans les tarifs d’achat consentis

par EDF, peu incitatifs et inférieurs de moitié à ceux pratiqués en

Allemagne. en Espagne ou au Portugal.

Pauvreté en gaz naturel

Le gaz naturel, dont la France est pauvre en réserves, en dépit de

l’importance historique du gisement de Lacq (nous ne produisons

qu’environ 8 % de notre consommation de gaz), représente 13% de notre

consommation privée d’énergie, pour une moyenne de 20 % en Europe.

Élément important du confort moderne, son coût de transport est beaucoup

plus élevé que celui du pétrole, de telle sorte qu’il n’est pas possible

de s’approvisionner à partir de sources trop lointaines. D’où la

nécessaire recherche d’une sécurité optimale, et pour pallier au mieux

les risques de défaillance d’un approvisionnement la France est de tous

les pays d’Europe, celui dont la diversification est la plus grande,

compte-tenu de l’état actuel de ses réseaux, préoccupation non

négligeable dans la mesure où la plupart des observateurs s’accordent

pour estimer que la consommation de gaz naturel est appelée à augmenter.

En 1997, nos approvisionnements ont frôlé le niveau sans précédent de

400 milliards de kwh soit 35,2 milliards de mètres cubes, en provenance

de Norvège. Russie et Algérie.

D’autre part, le réseau d’alimentation de la clientèle innerve

l’ensemble du marché français et il est connecté depuis l’origine aux

réseaux européens. Le gaz que nous consommons et qui vient de Norvège ou

de Russie transite par les réseaux d’autres pays européens. Si toutefois

nous avions à faire face à un problème d’alimentation, notre capacité de

stockage souterrain correspond à un tiers de notre consommation annuelle

et certains gros clients industriels sont en mesure de suspendre leur

consommation de gaz et de se reporter vers d’autres sources d’énergie.

Le marché unique du gaz européen, que l’Europe n’abordera qu’après avoir

adopté celui de l’électricité, aura pour objectif d’assurer au gaz sa

compétitivité on tant que source énergétique, et de maintenir avec les

pays fournisseurs des relations qui apportent la stabilité et la

sécurisation des investissements considérables qui seront nécessaires.

Et en pétrole

Comme cela a été souligné lors d’un récent colloque, face à une demande

soutenue, le phénomène majeur qui caractérise l’offre pétrolière est

incontestablement le retour des non-OPEP en 1994 et 1995, qui ont

capitalisé à leur profit l’essentiel du supplément de la demande

pétrolière mondiale (2,5 millions de barils par jour sur 31), ce qui

modifie la scène pétrolière mondiale. Entre 1985 et 1993, l’OPEP avait

accru sa production de près de 10 Mb/j, et les non-OPEP 2,5 millions de

barils par jour seulement.

De nouveaux gisements récemment découverts seront mis en exploitation

dès la fin du siècle en mer du Nord, aussi bien dans le secteur

norvégien que dans le secteur britannique, sans compter la découverte de

nouveaux gisements géants, accessibles à grande profondeur, au-delà de

200 mètres. grâce aux progrès de la technique, dans le Golfe du Mexique

et à l’ouest des Shetland.

Situation du nucléaire

L’énergie nucléaire, qui a soulevé des débats parfois passionnés, est,

elle seule l’histoire de la conquête de notre indépendance énergétique.

Depuis 1957, avec la construction de la centrale de Chinon, aux débuts

émaillés de difficultés liées à la filière à l’uranium nature dite

graphite-gaz-, jusqu’à aujourd’hui où plus de 80 % de l’électricité

française est d’origine nucléaire (à hase d’uranium enrichi, avec

Eurodif), c’est elle qui nous a permis d’amortir les chocs pétroliers

consécutifs à la guerre du Kippour en 1973, et qui, depuis cette date, a

fait passer notre taux d’indépendance énergétique de 23 % à 80 %, avec

un prix du Kwh très compétitif, le moins cher d’Europe à l’exception du

Danemark.

Le plan Messmer arrêté le 5 mars 1974. sous le Président Pompidou. va

nous faire passer d’un stade expérimental à un programme nucléaire très

ambitieux, rendu nécessaire par l’embargo et la hausse brutale des prix

du pétrole, qui sera poursuivi par paliers successifs jusqu’en 1981-1982

(aujourd’hui, 70 tranches nucléaires sont en fonctionnement). La

prochaine étape sera le renouvellement des centrales nucléaires arrivées

en fin de vie, vers 2010-2015. Une nouvelle génération de réacteurs est

à l’étude, selon un cahier de spécifications définissant des critères et

des règles de sécurité harmonisées sur le plan européen, Siemens et

Framatome ayant décidé, en 1989. de mettre en commun leur expérience et

leurs connaissances.

D’autre part, notre pays ne peut rester indifférent au grand marché

commercial actuellement en développement dans le monde. l’Asie, où le

Japon, la Corée et Formose, ont des projets de construction de centrales

nucléaires.

En Europe, la situation est contrastée. Pour y avoir effectué une

mission à la tète du Groupe d’Etudes de l’Energie au Sénat en septembre

1994, il paraît que l’Allemagne s’oriente vers un repli de

l’exploitation nucléaire, en raison d’obstacles reposant principalement

sur des motivations politiques et juridique, et de l’alternative

charbonnière, qui bénéficie d’un fort compromis national. Le poids

politique du Land de Nord-Rhénanie-Westphalie où sont concentrées les

mines de charbon et de lignite, fait du Kohlenpfennig la véritable

constante de la politique énergétique (il existe en effet depuis

longtemps des contrats entre les charbonnages allemands et les

producteurs d’électricité, qui assurent, avec la sidérurgie, les

débouchés du charbon allemand).

La Suède pour sa part, dont les formidables ressources hydroélectriques

subissent la pression des écologistes au même titre que les centrales

thermiques au charbon, est en train de reconsidérer son option

antinucléaire.

En Italie, après un moratoire de cinq ans, conséquence directe du

référendum de novembre 1987, la voie du nucléaire est réouverte pour ce

pays dont le taux de dépendance énergétique s’élevait à 81,4 % en 1994.

Malgré une tradition scientifique remarquable en matière nucléaire,

l’absence d’un réseau industriel rapidement mobilisable et la faiblesse

de l’administration centrale, malgré un plan national de 1975 qui

prévoyait une capacité installée supérieure au plan Messmer en France,

expliquent la lenteur du démarrage du programme nucléaire.

Énergies renouvelables

Les énergies renouvelables (éolienne, photovoltaïque, hydroélectrique,

géothermique, bois-énergie, biocarburants et valorisation énergétique

des déchets ménagers) contribuent aujourd’hui pour 15 millions de

tonnes-équivalent pétrole au bilan énergétique mondial, hors grande

hydroélectricité. Elles constituent un substitut intéressant aux

énergies fossiles, même si elles ne sont pas toujours un gage

d’économies d’énergie ; le photovoltaïque coûte cher mais peut s’avérer

rentable pour l’alimentation électrique des sites isolés. l’éolien,

faute de sites continuellement exposés à des vents soutenus, a un prix

du Kwh relativement élevé, quoiqu’en baisse sensible, puisqu’il a baissé

considérablement depuis 1980.

Les petites centrales hydroélectriques ; On en recense environ 1500 en

France, qui aujourd’hui ne produisent guère plus de 1% de notre

production électrique nationale qui peuvent s’avérer très rentables, ne

répondent plus. dans leur grande majorité, aux normes d’insertion dans

l’environnement La géothermie. essentiellement en Aquitaine et dans le

Bassin Parisien, bénéficie d’une technologie française en pointe, mais

l’amortissement des investissements pèse sur de nombreuses collectivités

locales qui se sont lancées dans des montages ( financiers rendus

hasardeux aujourd’hui par la baisse sensible du cours des énergies

fossiles. L’utilisation du bois énergie superpose la création de

filières structurées, depuis l’approvisionnement en bois jusqu’à la

maintenance des installations.

Actuellement, le surcoût de l’éthanol par rapport à essence est

d’environ 2 francs par litre du même ordre que celui de l’ester par

rapport au gazole grâce aux efforts de recherche développement menés

dans le cadre du groupement scientifique (Agriculture pour la Chimie et

l’Energie), et aux effets d’échelle industriels, la compétitivité

pourrait être améliorée d’ici 2005. D’autre part, le régime fiscal

dérogatoire dont bénéficie en France l’éthanol (exonération fiscale

large) et l’esther méthylique de colza (exonération totale) soulève les

interrogations de la commission européenne. concernant la comptabilité

de ces exonérations avec l’article 92 du Traité de Rome interdisant les

aides publiques et avec article 95, renvoyant aux taxes discriminatoires

à l’égard des produits importés.

Enfin. La valorisation énergétique des ordures ménagères permet. soit

d’atténuer le coût élevé du traitement des déchets, soit de

subventionner les factures de chauffage des administrés, valorisation

thermique ou électrique, ou bien encore, produire de la chaleur et de

l’électricité afin de revendre la première en hiver et la seconde on

été. Les choix existent, si l’on sait que sur les dix millions de tonnes

d’ordures ménagères qui. chaque année sont incinérées, 75 % font l’objet

d’une valorisation énergétique.

Prévisions et interrogations

Depuis le lancement de la politique de maîtrise de énergie en France en

1975, I’efficacité énergétique s’est améliorée de 21 %, aussi bien grâce

à l’apport de nouvelles technologies qu’aux changements de comportements

(investissements pour l’économie d’énergie, promotion des énergies

nouvelles) même si le renversement des cours du pétrole détermine un

plus ou un moins grand engagement des pouvoirs publics en faveur d’une

politique d’économie d’énergie

En vingt ans, la politique énergétique française a eu pour objectifs de

privilégier l’électricité d’origine nucléaire, indispensable pour

s’affranchir de la dépendance extérieure des énergies fossiles,

d’assurer la sécurité de nos approvisionnements en gaz en diversifiant

nos sources, et de sensibiliser l’opinion et les acteurs économiques à

une nécessaire maîtrise de l’énergie, doublée d’un encouragement pour

les énergies renouvelables et d’une meilleure prise on compte des

contraintes liées à notre environnement (composition des carburants,

exigences supplémentaires imposées à l’industrie du raffinage, nouvelles

technologies etc. autant de sujets qui sont matière à débat

aujourd’hui.). Sur le plan mondial, la question de l’énergie suscite

prévisions et interrogations, tant elle conditionne le développement

durable.

Dune façon générale, les réserves énergétiques connues sont suffisantes

pour satisfaire les besoins mondiaux des cinquante prochaines années,

mais, concentrées au Moyen-Orient et en Sibérie notamment, elles sont de

plus en plus éloignées des zones actuelles et surtout futures de

consommation.

Les gisements d’hydrocarbures de la mer du Nord ont été découverts : qui

aurait imaginé il y a trente ans qu’il serait possible de réaliser des

forages en grande profondeur en mer du Nord, alors que dix ans

auparavant on ne savait même pas qu’il existait de pareilles étendues de

terrains sédimentaires sous les océans ?. En outre, plusieurs provinces

pétrolières se sont développées (Brésil, Egypte, Afrique de l’Ouest),

les routes d’importation du pétrole se trouvant considérablement modifiées.

Progrès technologiques

On peut penser que les progrès considérables en matière d’exploration et

de production d’hydrocarbures réalisés aujourd’hui continueront demain,

permettant de faire passer le taux de récupération de 45 % à 60 % d’ici

20 ans, ce qui pourrait alors permettre de faire face à l’accroissement

des besoins et au maintien des prix.

Quant au gaz naturel, dont le prix reflète pour la plus grande part le

coût de son transport, il devrait continuer à être relativement

pénalisé, sauf progrès spectaculaires difficiles à entrevoir

aujourd’hui. Sans doute en raison de environnement et de l’effet de

serre, il bénéficie d’un avantage certain, et avec la prise de

conscience des pics de pollution atmosphérique que la plupart de nos

grandes agglomérations ont atteint durant les canicules, le marché du

GPL carburant pourrait commencer à se développer en France, à l’instar

de l’Italie ou des Pays-Bas, du Japon, de la Corée. de l’Australie ou du

Canada. Le rapport Souviron, publié en 1995, souhaite très explicitement

un réaménagement de la fiscalité sur les carburants et un encouragement

à la création de flottes au GPL/C, seul carburant propre capable de

réduire d’au moins 50 % les émissions polluantes des véhicules, et

utilisable par tous.

Le nucléaire devrait profiter des progrès technologiques qui lui

permettront un allongement des cycles, un raccourcissement des

recharges. une réduction des frais d’entretien, etc. La question

délicate du stockage et du retraitement des déchets nucléaires

radioactifs fait l’objet d’études très poussées, aussi bien en France

qu’en Suède.

Pour le stockage final du combustible irradié, la loi suédoise de 1984 a

fixé le début des opérations en 2010, et en l’état actuel des

recherches, le combustible est isolé dans des conteneurs en cuivre

scellés, à réceptacle en acier et entourés de bentonite fortement

compactée dans la roche, à 500 mètres de profondeur, dans le sous-sol

primaire rocheux. Le laboratoire d’Aspo, qui comprend un tunnel de 4

kilomètres de long descendant à une profondeur de 150 mètres, a pour

finalité d’effectuer des essais sur le terrain, à une grande échelle ::

l’emplacement du dépôt profond sera décidé vers l’an 2003.

Aucune pénurie d’approvisionnement en combustible n’est envisageable

actuellement et si les problèmes de sécurité que connaissent certaines

centrales nucléaires des pays d’Europe centrale et orientale trouvent

rapidement leurs solutions, (de tentatives de désinformation), la

perception du risque nucléaire, aujourd’hui exclusivement subjective

comme le fut en son temps le risque du grisou ou celui des catastrophes

ferroviaires, sera ramenée à ses justes proportions devrait rester comme

l’une des grandes conquêtes de cette fin de siècle.

Enfin, demain verra peut-être l’apparition significative des énergies

nouvelles ; avec en particulier la biomasse issue de la transformation

de l’énergie solaire, car s’il y a une science qui progresse vite en ce

moment, c’est bien la biologie :: biologie végétale pour modifier les

capteurs solaires que sont les plantes, biotechnologies pour en assurer

la transformation et le raffinage :: les conséquences géopolitiques

peuvent-être considérables, car les zones favorables à la production de

la biomasse ne sont pas les mêmes que celles qui produisent les énergies

traditionnelles.

Le progrès technique aidant, les besoins énergétiques de l’humanité

devraient être globalement satisfaits.

Sur le plan de la consommation mondiale. en prenant pour hypothèses

l’augmentation de plus de la moitié de la population mondiale d’ici 2030

et le décollage économique de Asie du Sud-Est, les experts tablent sur

un accroissement de l’ordre de 75 %, dont plus de la moitié serait dû à

l’Asie du Sud-Est, 15% à Asie du Sud et Amérique latine, et 15 % à

Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

En France, EDF accepte d’abandonner son monopole d’importation et

d’exportation et de mettre en place une concurrence à la production.

L’organisation d’un marché intérieur de l’électricité en Europe consiste

moins, dans la mise en place d’une concurrence généralisée, que dans la

recherche des moyens d’une plus grande efficacité des systèmes, en

respectant les spécificités et les politiques nationales.

Bernard Barbier conseiller du ministre de l’Economie, et des finances de

l993 à 1995 et auteur d’une dizaine d’ouvrages portant sur les questions

économiques et géopolitiques, a été directeur des études économiques

d’un grand groupe pétrolier. Il répond à une questions d’une Revue de

Politique économique.

On parte beaucoup de grands projets au niveau européen. Quelle est leur

origine ??

Dans son livre blanc sur la croissance la compétitivité et l’emploi paru

en 1993 l’ancien Président de la Commission européenne Jacques Delors

avait suggéré la mise en oeuvre d’importants travaux d’infrastructures

dans des domaines aussi cruciaux que les transports et les réseaux

d’énergie, destinés participer à une relance de l’activité économique au

sein de l’Union. en même temps qu’à un renforcement de la cohésion de

cette dernière. Le Conseil européen réuni, à Bruxelles en décembre 1993

entérina cette proposition. Il décida également la création d’un Groupe

de travail afin d’identifier les projets prioritaires. Un premier

rapport du Groupe présidé par Henning Christophersen fut rendu public

lors du sommet de Corfou en juin 1994. La version définitive intégrant

également des projets dans le domaine de l’environnement, fut délivrée

lors du sommet d’Essen fin 1994.

Un rôle essentiel

Quels sont les objectifs assignés à la politique de réseaux dans le

domaine de l’énergie ?

Classiquement. ils peuvent être regroupés sous trois axes principaux.

Tout d’abord, il s’agit de favoriser la réalisation d’un véritable

marché de l’énergie, libre et exempt de barrières dans toute l’Union.

Celui-ci devrait offrir d’autant plus facilement un approvisionnement

stable et bon marché aux entreprises et particuliers que les échanges

seront rendus possibles par l’abolition des contraintes réglementaire et

qu’un minimum de rationalité sera introduit.

Ensuite, l’objectif est également de contribuer à un développement plus

équilibré entre les différentes régions de Union. notamment en réduisant

les retards sur le pan des infrastructures qui handicapent en

particulier les régions périphériques, isolées ou défavorisées (en

apportant des sources d’énergie là où elles font défaut).

Enfin, il s’agit de renforcer la sécurité générale des

approvisionnements en énergie de l’Union, y compris par la

diversification des sources de la gamme des combustibles disponibles, et

par le renforcement des liens énergétiques, notamment avec les pays tiers.

Au total, la mise en place concrète de réseaux trans-européens d’énergie

devrait donc constituer une contribution significative à la création

d’un marché intérieur de l’énergie et un renforcement de la cohésion

économique et sociale de l’union dans son ensemble. Telle est en tout

cas la philosophie du projet..

Difficultés. Quelle est la place de l’Europe centrale dans cette

stratégie ??

Les réseaux transeuropéens d’énergie n’ont pas pour vocation exclusive

le renforcement des liens au sein de l’union européenne, il s’agit aussi

de permettre un rapprochement accru avec les pays d’Europe centrale et

orientale. Dans cet esprit, plusieurs axes prioritaires ont été retenus

comme, par exemple, l’interconnexion électrique entre l’Allemagne, la

Pologne, les États Baltes et la Finlande. Outre la ligne budgétaire «

réseaux trans-européens » le financement de tels projets peut s’appuyer

sur les programmes « Synergy, Phare » ou encore bénéficier des concours

de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement

(BERD). Des budgets ont déjà pu être mobilisés, comme par exemple pour

la jonction intervenue en octobre 1995 entre les réseaux électriques

UCPTE et CENTREL.

On a toutefois l’impression que les projets patinent…

Ce n’est pas faux- Car, au-delà de l’intérêt manifeste que peut

constituer le renforcement des liens et réseaux en matière d’énergie à

l’échelle de l’Union, il n’en demeure pas moins que leur réalisation

fait face à des difficultés.

Que sont-elles ?

Elles sont tout d’abord d’ordre technique. Contrairement aux entreprises

industrielles. les entreprises de réseaux sont demeurées encore très

largement nationales, orientées vers la satisfaction du marché

intérieur. Il n’est qu’à observer la polarisation des infrastructures

autour de conceptions purement nationales. Ensuite, harmoniser les

systèmes et relier les réseaux signifie rendre compatibles les

structures. Or les entreprises d’énergie répondent le plus souvent à des

statuts juridiques particularistes ancrés dans les spécificités

nationales, et toucher aux statuts particuliers du travail et de la

gestion dans ces entreprises n’est pas chose aisée. L’âpreté des

négociations quant à la définition d’une directive européenne dans le

domaine de l’électricité (prélude à une suivante relative au secteur du

gaz) par exemple, atteste des difficultés qui ne sont pas seulement

techniques. Elles sont aussi… culturelles

Et côté finances ?

La réalisation de ces réseaux trans-européens de l’énergie bute

également en effet sur des contraintes financières. Dans esprit de leurs

promoteurs, ces projets devaient être financés par le secteur privé.

cependant compte tenu de leur rentabilité médiocre, une contribution des

pouvoirs publics nationaux et communautaires s’avérait indispensable.

Les ressources prévues par le budget européen pour les principaux

réseaux sur la période 1995-2000 ont été limitées à 1.8 milliard d’écus,

ce qui est bien faible face aux besoins. Et il est quasi certain que les

ministres des Finances européens s’opposent à tout accroissement

budgétaire. Bien sûr. au nom de l’orthodoxie budgétaire. Mais aussi

peut-être parce que le budget communautaire devrait vraisemblablement

prendre à sa charge une partie importante du coût de l’abattage du

cheptel britannique contaminé par la maladie dite de la vache folle.

Mis à part la politique de l’Union européenne et. matière de réseaux

transeuropéens d’énergie. quels sont aujourd’hui les grands défis dans

ce domaine ?

A l’échelle de notre continent, plusieurs évolutions méritent d’être

soulignées. En particulier, comment ne pas mentionner la multiplicité

des projets d’oléoducs ou de gazoducs partant de Russie, d’Asie centrale

ou du Moyen-orient et se dirigeant vers Europe occidentale. De ce point

de vue, les enjeux stratégiques sont clairs. Pour l’Europe, le mot

d’ordre est la sécurité des approvisionnements. Celle-ci passe par la

diversification de ses fournisseurs ; Pour les pays producteurs,

l’objectif est de rendre à moindre coût et le plus facilement possible

leurs cargaisons sur le marché solvable le plus proche » l’Europe ».

Mais à ce jeu, les paramètres politiques sont étroitement imbriqués aux

aspects économiques. Certes, les coûts sont élevés et. à cause de cela.

de nombreux projets ne verront pas le jour de sitôt. Mais le jeu des

acteurs brouille souvent la visibilité des projets. L’exemple le plus

évident concerne le cas de la Caspienne. Cette mer fermée et ses

pourtours s’affirment jour après jour comme un nouvel Eldorado

pétrolier. Mais une fois produites, comment écouler les quantités de

pétrole ??

Des projets d’oléoducs partant d’Azerbaïdjan vers la Turquie existent

bien, mais Moscou s’y oppose. utilisant notamment l’argument de

l’incertitude du statut juridique international de la mer Caspienne.

Moscou privilégie en fait un tracé passant sur son territoire (notamment

à travers la Tchéchénie jusqu’au port de Novorossirsk) qui lui

donnerait. de fait, outre des revenus liés au droit de passage, un

formidable moyen de pression sur une région Caspienne il y a peu de

temps encore soviétique…